Mondes caraïbes et transatlantiques en mouvement

Observer les dynamiques sociales dans les espaces post-esclavagistes et postcoloniaux

Fondé lors de la conférence « Perspectives croisées sur la Caraïbe. Institutions, États, cultures, concepts » à l’université des West Indies (Jamaïque) en 2014, le groupe de recherche met en rapport les dynamiques sociales observables dans les espaces post-esclavagistes et postcoloniaux. La Caraïbe y est considérée comme un paradigme permettant de décliner la diversité des expériences issues du rapport entre modernité et esclavage.

L’activité de « Mondes caraïbes et transatlantiques en mouvement » s’appuie sur l’organisation de journées d’études (2 à 3 par an) et encourage toutes les initiatives de recherche que suscite le partenariat large que le groupe mobilise

Historique : un dispositif né d’un programme d’enseignement adossé à la recherche selon un partenariat international

« Mondes caraïbes et transatlantiques en mouvement » a été fondé originellement au sein du laboratoire LAM (Les Afriques dans le Monde) à Sciences Po Bordeaux pour former la composante « recherche » du « Pôle Caraïbe-Amériques » de cette UMR. S’appuyant sur une formation LMD binationale franco-jamaïcaine appelée PFC (« Programme France Caraïbe ») puis FIFCA (« Filière Internationale France Caraïbe ») ce pôle réunit trois partenaires institutionnels (University of the West Indies, UWI, Jamaïque ; Université des Antilles-Guyane, UAG, Martinique ; Sciences Po Bordeaux). Le principe de cette formation repose sur le recrutement d’étudiants venus des trois sites qui suivent ensemble leur formation selon une rotation effectuée tout au long du cursus dans chacune des universités.

Cette formation démarrée en 2007 a été accompagnée dès le départ par la Fondation Maison des Sciences de l’Homme dans le cadre du PREFALC (Programme régional France - Amérique latine – Caraïbe) en lien avec la Direction des relations européennes et internationales et de la coopération (DREIC, Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche). C’est grâce au soutien de la FMSH qu’ont pu se développer les activités de recherche de ce dispositif, particulièrement au travers de la création du groupe « Mondes caraïbes et transatlantiques en mouvement » rendu opérationnel à partir de 2014.

Toujours lié aux activités de la FIFCA et à Sciences Po Bordeaux, « Mondes caraïbes et transatlantiques en mouvement » (MCTM) est devenue aujourd’hui une composante de l’UMR « Passages » (UMR 5319) avec l’affectation, depuis le 1er janvier 2016, de Christine Chivallon, responsable scientifique de MCTM, au sein de ce laboratoire CNRS.

Un groupe de recherche doublé d’un partenariat solide et diversifié

Le groupe « « Mondes caraïbes et transatlantiques en mouvement » développe ses activités selon des partenariats riches issus de son histoire et des nouvelles collaborations établies au fur et à mesure de son développement. Il se compose d’un consortium de base qui prend en charge la responsabilité de diverses activités scientifiques à partir de trois laboratoires : l’UMR « Passages », Université Bordeaux Montaigne (resp. Christine Chivallon) ; l’UMR CESSMA, Université Paris-Diderot (resp. Didier Nativel) et le LLCP, Université Paris 8 (resp. Matthieu Renault).

À cette composition inscrite dans le milieu universitaire et de la recherche, s’ajoute la structuration fortement soutenue et encouragée par la FMSH grâce à une convention tripartite établie entre la FMSH (dir. scientifique, Jean-Pierre Dozon), l’UMR « Passages » (dir. Béatrice Collignon) et l’Institut du Tout-Monde (dir. Sylvie Glissant). Ce cadre participe au décloisonnement de l’activité scientifique et à la création d’une interface avec la société civile tout en oeuvrant à la mise en dialogue d’approches artistiques, culturelles et scientifiques issues d’horizons divers. Grâce au pôle numérique de l’ITM, une grande partie des activités de MCTM sont mises à disposition d’un large public, le directeur de ce pôle (Loïc Céry) ayant créé un espace spécialement dévolu à cette valorisation au sein du MOOC « Connaître les esclavages » (http://www.lesmemoiresdesesclavages.com/moocmctm.html), de même qu’il a rendu systématique la mise en ligne des activités marquantes de MCTM (par exemple : http://tout-monde.com/cycleplc.stuarthall.html) et contribué activement à la visibilité de la FIFCA (par exemple : http://tout-monde.com/cycleplc.fifca.html). Ce partenariat se manifeste également au sein du cycle de l’ITM « Penser la Caraïbe, Penser le monde » (http://www.tout-monde.com/cycleplc.html) où sont partagées certaines des opérations conduites conjointement entre l’ITM et MCTM.

Ce partenariat déjà riche implique également de manière régulière d’autres liens institutionnels, notamment ceux liés à la FIFCA, avec le Centre de Recherche sur les Pouvoirs Locaux dans la Caraïbe (CRPLC, UMR 8053, dir. Justin Daniel) basée à la Martinique et au sein duquel est coordonnée l’ANR « Alter » (resp. Dimitri Béchacq) à laquelle est lié MCTM. Parmi les autres collaborations principales de MTCM, figure le réseau collaboratif institué entre MCTM et le programme d’enseignement post-master « Rebuilding the world » de l’École supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux. Ce réseau organise à partir de la rentrée 2016 le séminaire « Constructions transculturelles, violences et résistances » qui intègre la focale « Médiations » du projet de recherche de l’UMR « Passages ».
Mondes caraïbes et transatlantiques en mouvement : la Caraïbe comme paradigme pour explorer l’ici et l’ailleurs (post)colonial et (post)esclavagiste

L’activité de « Mondes caraïbes et transatlantiques en mouvement » s’appuie en priorité sur l’organisation de journées d’études (2 à 3 par an) mais se destine aussi à encourager toutes les initiatives de recherche que suscite le partenariat large que le groupe mobilise.
Les lignes de réflexion qui structurent les activités s’accordent autour d’une approche générale où la Caraïbe est considérée comme un paradigme qui se prête à la mise en relation avec un ensemble de situations que le projet de la modernité occidentale a contribué à infléchir. Lieu de condensation de dynamiques sociales extrêmement composites, prototype d’une globalisation précoce, la Caraïbe interroge le soubassement historique de notre contemporanéité en rappelant sans cesse le rapport de violence fondateur qui irrigue les démocraties occidentales au moment où celles-ci élaborent leurs premières constitutions et leurs idéologies universalistes sur le socle de l’esclavage aux Amériques. Elle invite cependant à l’ouverture aux autres régions du monde, dans un mouvement tout autant comparatiste que « trans-aréal ». On peut en effet considérer que la Caraïbe forme un ensemble dont la diversité et l’hétérogénéité des dynamiques sociales, politiques, culturelles interrogent avec une acuité particulière de nombreux phénomènes au fondement de la modernité occidentale et de son devenir, dans le rapport intrinsèque que celle-ci entretient avec l’esclavage et la colonisation et dans la manière dont le sujet colonial et postcolonial en est venu à reconfigurer le projet moderne. Mais cette spécificité qui appelle une focale resserrée sur la Caraïbe, n’atténue cependant pas les résonances, en d’autres lieux, de l’expérience si particulière de l’esclavage transatlantique et de ses prolongements, au cœur de ce qu’Achille Mbembe a pu nommer les « démocraties esclavagistes » [Mbembe A., 2013, ‘L’esclave, figure de l’anti-musée ?’, Africultures, 91, pp. 37-40.]. C’est ici que les Nations modernes expérimentent leurs premières constitutions basées sur les droits du citoyen sans pour autant dire le soubassement profond qui est le leur, à savoir la matrice esclavagiste. Les espaces transatlantiques sont tout à la fois ceux du choc des cultures, de la rencontre des contraires, de l’explosion des prétentions de la modernité, de la critique ininterrompue des faux universalismes. Ce sont des espaces de connexion et de circulation rompus à une confrontation intime avec l’exercice de pouvoirs les plus déshumanisants.

Depuis le chaos originel de la conquête, de nouveaux modes de pensée ont émergé tels que les a abordés Serge Gruzinski pour le Nouveau Monde, en tant qu’ensembles animés par une aptitude à transformer et critiquer les héritages de la colonisation, selon « des capacités d’invention et d’improvisation qu’exige la survie dans un contexte extrêmement perturbé, composite (indo-afro-européen) et sans précédent » [Gruzinski S., 1999, La pensée métisse, Paris, Fayard.]. Le groupe « Mondes caraïbes et transatlantiques en mouvement » se donne ainsi pour objectifs d’interroger la longévité et le renouvellement de ces dynamiques au sein des espaces transatlantiques dans leur acception la plus large possible et dont la Caraïbe sert ici de paradigme pour questionner les autres contextes où l’esclavage intervient dans les strates cumulées de l’histoire. Autant la production des savoirs informés par une telle condition historique que leur circulation et leurs espaces de référence entre Afrique, Amérique et Europe retiennent l’attention. Tout thème, tout questionnement – qu’il s’inscrive dans le champ des études littéraires, artistiques, musicologiques, sociologiques, politiques, anthropologiques, philosophiques, géographiques… – est privilégié à partir du moment où il offre les matériaux permettant de décrypter les formes sociales qui médiatisent un rapport au monde dans le contexte (post)esclavagiste et (post)colonial). Dans la perspective comparatiste et « trans-aréale » que le groupe vise, ce questionnement est élargi aux strates sociales qui se sont surajoutées au socle historique fondateur (notamment au travers des migrations successives) et s’applique, par-delà même l’espace transatlantique, à d’autres formations sociales, notamment aux sociétés de l’Océan indien, à la faveur de voisinages historiques trop souvent délaissés.

 


Programme de conférences-débat

  • 18 avril 2016 : Roger Toumson, Problématiques de l'identité culturelle dans les champs historico-anthropologiques, en savoir +
  • 12 mai 2016 : Yves Chemla, Littérature haïtienne 1980-2015 :rupture et effervescence, en savoir +
  • 12 mai 2016 : Christine Chivallon, Les expressions mémorielles de l'esclavage à la Martinique -Période contemporaine, en savoir +

► 16 février 2016 : Matthieu Renault, CLR James. La vie révolutionnaire d'un "Platon noir", consulter l'enregistrement ici

► 10 décembre 2015 : Christine Chivallon, Aborder les sociétés antillaises à travers le souvenir de l'esclavage, consulter l'enregistrement ici