Autochtonisation des représentations de l’Île de la Tortue

24 septembre | Séminaire de Nicole Perry
Jeudi
24
septembre
2026
18:00
19:30
Jeudis de Suger-N. Perry
© morane
Autochtonisation des représentations de l’Île de la Tortue : réponses artistiques

Présentation d'une recherche en cours dans le cadre des « Jeudis de la Maison Suger », séminaire de recherche des résidents.

Cette séance sera présentée par Nicole Perry, qui nous proposera une réflexion sur les représentations des peuples autochtones d’Amérique du Nord dans l’imaginaire culturel allemand. À travers l’étude du phénomène de l’Indianthusiasm et des interventions d’artistes autochtones contemporains, sa conférence explorera les enjeux de représentation, de réappropriation culturelle et de dialogue interculturel.

Le séminaire se tiendra en anglais.

Le thème du projet de recherche

« Cette communication examine la fascination ancienne de l’Allemagne pour les peuples autochtones d’Amérique du Nord, phénomène que le chercheur Hartmut Lutz désigne sous le terme d’Indianthusiasm. Ce concept, largement fondé sur l’œuvre de l’écrivain allemand de la fin du XIXᵉ siècle Karl May et sur ses romans d’aventures mettant en scène le personnage de Winnetou (1893), a donné naissance à une figure puissante mais essentiellement imaginaire : celle de l’« Indien » (Indianer). Loin de représenter les réalités des peuples autochtones, cette figure constitue une construction culturelle allemande façonnée par le romantisme, le nationalisme et l’imaginaire collectif. À travers une lecture historico-culturelle du phénomène Indianer, je soutiens que les représentations allemandes des peuples autochtones révèlent davantage les aspirations et les inquiétudes culturelles de la société allemande que les réalités autochtones, passées ou présentes. La figure de l’« Indien » est ainsi devenue un symbole permettant aux Allemands de projeter des idéaux de liberté, d’authenticité, de proximité avec la nature et de résistance à la modernité. Cette fascination s’est développée en grande partie indépendamment d’expériences coloniales directes et s’est profondément inscrite dans la littérature, le cinéma, les festivals et la culture populaire allemands. Mon intérêt porte plus particulièrement sur les interventions contemporaines d’artistes autochtones qui ont transformé cette fascination allemande durable pour l’« Indien » en un espace fécond de critique et de dialogue. Plutôt que de rejeter simplement les représentations allemandes des peuples autochtones, ces artistes les mobilisent comme des occasions de mettre en œuvre ce que Gerald Vizenor désigne par le concept de survivance autochtone (Native survivance) : une affirmation active de la présence autochtone, de la résistance culturelle et de l’autoréprésentation. »

L'intervenante

Nicole Perry est maître de conférences en littérature comparée à l’Université d’Auckland. Avant de rejoindre cette institution, elle a travaillé pendant cinq ans à l’Université de Vienne, où ses recherches portaient sur les représentations allemandes de l’Amérique du Nord autochtone ainsi que sur les réinterprétations autochtones de ces représentations. Au fil des années, ses travaux se sont élargis à d’autres champs d’étude, notamment la traduction, les récits de voyage féminins, les interactions et les imbrications germano-européennes dans le Pacifique Sud, ainsi que l’art contemporain, principalement dans une perspective postcoloniale. 

Publié le 18 août 2026