Qu’est-ce qui voyage lorsque les hommes ne voyagent pas ?

7 octobre | Séminaire d'Arezou Azad
Mercredi
07
octobre
2026
19:00
20:00
Séminaire A. Azad
© Arezou Azad
Qu’est-ce qui voyage lorsque les hommes ne voyagent pas ? Repenser les Routes de la soie

Ce séminaire sera animé par Arezou Azad, qui nous offrira un regard original sur les Routes de la soie à travers l’étude des Papiers de Bamiyan. En s’intéressant aux documents de la vie quotidienne plutôt qu’aux seuls voyageurs et aux marchandises, elle mettra en lumière les pratiques, les institutions et les réseaux qui permettaient les échanges et les circulations dans le monde islamique médiéval.

Le séminaire se tiendra en anglais.

Le thème du projet de recherche

« Que signifie pour une société le fait d’être connectée à un monde plus vaste ? Les histoires des échanges à longue distance ont tendance à suivre les objets et les personnes en mouvement : marchands, pèlerins, objets précieux et manuscrits. Cette communication part d’un sujet moins prestigieux : les dettes, les reçus, les requêtes, les comptes et les lettres. S’appuyant sur plusieurs centaines de documents médiévaux provenant du centre de l’Afghanistan, connus sous le nom de « Bamiyan Papers », elle explore les mécanismes quotidiens de la connectivité à travers le monde islamique médiéval. Rédigés en persan, en arabe, en judéo-persan et en hébreu, ces documents révèlent l’activité de personnes opérant au-delà des frontières linguistiques, religieuses et institutionnelles. En les comparant aux pratiques documentaires du Caire à l’Asie centrale, je m’interroge sur la manière dont les modes d’écriture eux-mêmes ont voyagé : comment les formules juridiques, les conventions comptables et les techniques de copisterie ont franchi les frontières linguistiques et survécu aux États qui les avaient produites. Dans le même temps, ces documents révèlent un paradoxe : la mobilité dépendait de personnes qui restaient sur place. Cet article plaide en faveur d’une histoire de la connectivité articulée non seulement autour des routes et des voyageurs, mais aussi autour des pratiques documentaires, des institutions et des relations quotidiennes qui rendaient ces déplacements possibles.

Le programme Invisible East est une initiative de recherche de l’Université d’Oxford consacrée à la reconstitution de l’histoire sociale, culturelle, économique et linguistique de l’Orient islamique médiéval, en particulier de l’Iran, de l’Afghanistan et de l’Asie centrale. S’appuyant sur des sources documentaires telles que des archives juridiques et administratives, des correspondances, des livres de comptes, des reçus et des fragments littéraires rédigés en persan moderne, judéo-persan, arabe, bactrien, khotanais, moyen-perse et dans d’autres langues régionales, le programme cherche à mettre en lumière la vie quotidienne, les communautés et les institutions qui demeurent souvent absentes des récits historiques traditionnels. L’équipe du programme transcrit, traduit et analyse ces documents, puis les met à disposition au sein d’un corpus numérique multilingue. Cette plateforme permet d’étudier conjointement des documents dispersés et d’enrichir notre compréhension des sociétés de l’Orient islamique médiéval.

Invisible East bénéficie du soutien de plusieurs organismes financeurs et donateurs, notamment grâce à d’importantes subventions du Conseil européen de la recherche (ERC) et de l’Arts and Humanities Research Council (AHRC). Ces financements ont permis de soutenir les activités de recherche, les publications scientifiques, le développement de ressources numériques ainsi que des actions de diffusion auprès du grand public et des milieux éducatifs. »

Les intervenantes
  • Arezou Azad est historienne spécialiste de l'Orient islamique prémoderne (Iran, Afghanistan et Asie centrale), plus particulièrement de la période allant de l'avènement de l'islam au VIIe siècle à l'empire mongol au XIIIe siècle. Elle est membre du Centre de recherche sur le monde iranien, et titulaire de la chaire des arts et du patrimoine afghans à l'Institut national des langues et civilisations orientales à Paris. Elle dirige également le programme Invisible East.
  • Discutante : Mahya Tooranpoor est doctorante en architecture islamique à l'université d'art islamique de Tabriz, en Iran. Ses recherches portent sur l'histoire de l'architecture iranienne et sur des questions fondamentales dans les manuscrits historiques. En tant que chercheuse invitée à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle explore la transmission du savoir architectural dans les contextes islamiques. Elle est également passionnée de photographie et a participé à des expositions collectives à Téhéran, en Iran.
Publié le 17 septembre 2026