Quelle place pour le « beau travail » en entreprise ?

16 décembre | Séminaire du GRETS
Mardi
16
décembre
2025
09:30
12:30
Séminaire du GRETS

La Maison Suger a le plaisir d’accueillir la quatrième séance du séminaire organisé par le GRETS, Pouvoir faire un beau travail. Une revendication professionnelle, en présence de Jean-Philippe Bouilloud, ESCP Business School. La séance sera introduite par Jérome Cihuelo - EDF R&D.

Au programme de cette séance

 On sait tous ce qu’est un beau travail. Dans le plus profond de notre mémoire, nous retrouvons ces notions apprises très tôt de travail bien fait ou de « beau travail », depuis l’école primaire jusqu’à la vie professionnelle, de nos premiers essais d’écriture jusqu’à l’acquisition de compétences plus complexes dans le monde professionnel. La notion de travail bien réalisé, fait donc partie de notre expérience du travail, et tout métier produit ses propres normes sur ce que doit être un « beau travail ». 

Pourtant, cette préoccupation apparaît peu, que ce soit dans les études sur le travail ou les revendications syndicales. Or, le « beau » est une des dimensions du travail, négligée et peu abordée dans la recherche, mais réelle : de l’artisan à l’infirmière, du maçon au cadre, la notion de beau travail, de travail bien fait, de belles relations de travail ou de beaux lieux de travail affleure dans tous les récits. Souvent, le travail bien fait est un support d’identité, car il constitue un motif de fierté et une source de satisfactions sociales. Pouvoir faire un beau travail est donc important pour l’estime de soi, quelle que soit la nature de notre travail. Plus encore, de nombreux travaux montrent qu’une des principales revendications dans le travail n’est pas tant de travailler moins, que d’avoir la possibilité de « pouvoir faire » ce beau travail.

Cette aspiration, profondément ancrée dans toutes les professions, traduit un besoin de pouvoir réaliser un travail bien fait, qui donne du sens et reflète les compétences et l'engagement de celui ou celle qui le réalise. Cette dimension esthétique du travail contribue à donner sens au travail. Inversement, ceux qui ne peuvent faire un « beau travail » peuvent se trouver dans une situation de « souffrance esthétique », quand ils sont obligés, malgré eux, de travailler de façon insatisfaisante pour des raisons d’économie ou de pression du temps. La revendication de « Pouvoir faire un beau travail » peut ainsi s’avérer un lieu de résistance face à la pression organisationnelle, et une revendication professionnelle qui irrigue l’ensemble du monde du travail, des opérationnels aux cadres et aux dirigeants. A partir de l’analyse de situations de travail et d’une approche pluridisciplinaire, Jean-Philippe Bouilloud apportera un éclairage sur les formes prises par le beau travail, le rôle qu’il joue dans les modes d’engagement professionnel et l’enjeu qu’il représente pour le management des entreprises en termes de performance durable. 

L'intervenant
  • Jean-Philippe Bouilloud est professeur à ESCP Business School, et chargé de cours à l’Université de Paris Cité. Il est vice-président du Réseau International de Sociologie Clinique (RISC) et membre du Laboratoire de Changement Social et Politique (LCSP-UPC). 
    Dans le champ du travail et des organisations, il conduit depuis une trentaine d’années des travaux à la croisée de plusieurs disciplines en SHS sur la condition des cadres en entreprise, la notion de créativité au travail et les dimensions esthétique et sensorielle de l’activité. 
Références
  • Bouilloud, J.-P., Deslandes, G., Business Aest/hetics, a dialogical perspective, New York, Springer, à paraître décembre 2025. 
  • Bouilloud, J.-P., 2025. Les illusions perdues de l’exemplarité en gestion, dans L’exemplarité en pratique, approches pluridisciplinaires, Polo de Beaulieu, M.A. Eds, Classiques Garnier.
  • Bouilloud, J.-P., 2023. Pouvoir faire un beau travail, Une revendication professionnelle, Toulouse, Eres.
  • Bouilloud, J.-.P., Deslandes, G., 2015, The Aesthetics of Leadership: Beau Geste as Critical Behaviour, Organization Studies, 36(8), 1095–1114.
Publié le 30 octobre 2025