Les sakhī : alternative ascétique pour femmes « transgenres »

10 décembre | Séminaire de Mathieu Boisvert
Jeudi
10
décembre
2026
18:00
19:30
Jeudis de Suger M. Boisvert
© ibid
Les sakhī : alternative ascétique pour femmes « transgenres » en Inde du nord.

Présentation d'une recherche en cours dans le cadre des « Jeudis de la Maison Suger », séminaire de recherche des résidents.

Cette séance accueillera Mathieu Boisvert, pour une présentation de ses recherches sur les sakhī, une communauté issue d’une tradition dévotionnelle hindoue où spiritualité, ascétisme et identité de genre s’entrecroisent. Il apportera un éclairage original sur les formes de fluidité de genre et les pratiques religieuses en Inde du Nord.

Le séminaire se tiendra en français.

Le thème du projet de recherche

« L’hindouisme du XVIe siècle connait une transformation majeure via le développement d’une tradition dévotionnelle bien particulière (rasik sampradāya) au sein de laquelle dans un homme cultive le sentiment d’être femme afin de nouer soit une amitié (sakhī bhāva) très étroite avec une divinité féminine – l’homosocialité exige que les deux amis (adultes) soient du même sexe –, soit un lien érotique avec la divinité masculine – hétéronormativité exige. Bien que la plupart des textes de cette tradition mentionnent explicitement que cet état est un bhāva, c’est-à-dire une émotion, un sentiment, certains ascètes des XVIe et XVIIe siècles ont en réalité vécu (en s’habillant et en se comportant) comme une femme. Cette présentation s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche plus vaste, financé par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada et intitulé « Identités, sexualités et spiritualités multiples : La communauté et les imaginaires sakhī en Inde », projet auquel collaborent également F. Pasche Guignard (ULaval) et D. Dimitrova (UMontréal). Les objectifs de cet article sont de présenter les résultats de 21 mois de terrain (répartis sur une période de cinq ans) dans le nord de l’Inde, consacrés à la « recherche des sakhī contemporaines » dans divers lieux stratégiques tels que Vrindavan, Barsane, Ayodhya, Chitrakoot, Bhopal et lors du dernier Kumbha melā.  Cinq sakhī ont été longuement interviewées, et j’ai accompagné deux d’entre elles au Kumbh Melā d’Allahabad en 2025. Les discussions et les observations nous permettent de dégager des caractéristiques distinctives de la « communauté sakhī » et de conclure que l’une de leurs caractéristiques est la fluidité, tant au niveau du genre que du statut de pureté. »

L'intervenant

Mathieu Boisvert est professeur titulaire au Département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal et directeur fondateur du Centre d’études et de recherches sur l’Inde, l’Asie du Sud et sa diaspora. Il détient un doctorat (McGill) en philologie sud-asiatique (sanskrit, pali) et s’intéresse principalement à l’articulation du religieux avec les sphères politiques et sociales en Inde contemporaine. Il a également mené plusieurs recherches de terrain en Inde, au Sri Lanka, au Myanmar, au Népal et au Bhoutan, s’intéressant aux pratiques religieuses contemporaines telles le pèlerinage et l’ascétisme, mais travaillant également auprès de différentes communautés marginalisées. Depuis 2012, il travaille sur les communautés hijras (« transgenres ») indiennes. Il a publié en 2018 « Les Hijras : portrait socioreligieux d’une communauté transgenre sud-asitatique ».

Publié le 20 août 2026