Beautés arbitraires

Parution de l'ouvrage d'Isabelle Tillerot

Les beautés arbitraires ont une histoire qui précède la question esthétique du beau et la dépasse. Fortes d’un je ne sais quoi qui les fonde à l’écart des systèmes théoriques, elles renversent au XVIIIe siècle la construction sociale du goût. Il se peut que cette conquête soit le plus grand effort de la pensée moderne. Distinguer, du point de vue de l’histoire de l’art, ce que la notion d’arbitraire recouvre, telle est la vaste énigme dénouée dans ce livre.

La reconnaissance des beautés arbitraires se heurte à l’absolu d’un modèle antique qu’il est temps de contredire. Car il n’est rien de fixe, ni d’immuable dans l’arbitraire de la beauté, tout entier laissé à l’imagination du peintre, du poète, de l’architecte ou du musicien... Beauté chimérique opposée à la beauté véritable, elle revêt soudain valeur de rareté et de distinction et se transforme en beauté nécessaire, liée à l’invention de formes nouvelles qui peuvent plaire et toucher universellement. Entre caprice et convention, non-sens et vraisemblance, raison et sentiment, beautés essentielles et arbitraires échangent leurs rôles pour représenter différemment le monde et ses figures.

Pour la rédaction de cet ouvrage, Isabelle Tillerot a bénéficié d’une bourse aux auteurs du CNL

 

  • Beautés arbitraires. Essai sur l’imagination à l’époque moderne, Isabelle Tillerot
  • Collection Passages
  • Parution 6 mai
  • 30 €
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Au sein des critères complexes du beau qui se mettent en place au XVIIIe siècle, le paradoxe de la beauté arbitraire réside dans son articulation à la beauté positive. Beauté chimérique opposée à la beauté véritable, elle requiert la parfaite maîtrise des règles et revêt valeur de rareté et de distinc-tion. Elle se transforme en beauté nécessaire, liée à l’expression du génie. Le rôle qu’elle joue dans la métamorphose du regard porté sur l’art lui permet de prendre part à l’émergence de formes nouvelles et à leur réception. La beauté arbitraire déliée du sublime n’entre a priori dans aucun système de critique d’art ou d’esthétique, mais elle fonde en revanche le renouvellement de toute la construction sociale du goût au XVIIIe siècle. [...] La beauté arbitraire est le motif de l’invention et son effet, la variété et l’écart à la règle, une figure irréelle et nécessaire à toute œuvre de génie. Elle relève de la merveille par l’admiration ou l’étonnement qu’elle provoque. Elle est aussi ce qui demeure comme fragment quand le temps fait choir les beautés antiques ou monumen-tales. La beauté des choses qu’elle désigne revêt une autre signification, dans laquelle l’arbitraire attaché au beau relatif prend le caractère essentiel du beau absolu. Elle peut être ainsi l’irruption d’un ailleurs qui fragilise, ce changement de paradigme qui ébranle le socle des canons et des règles. Elle modifie la manière de concevoir la beauté et d’en rendre compte. Contre l’innéisme des idées, la philosophie sensualiste des Lumières confère à la beauté arbitraire une raison d’être comme fondement et conséquence de la sensation qu’elle suscite. En ce sens, elle recouvre ce qui unit l’œuvre donnée à voir et le regard qui se pose sur elle. Née du caprice étrange et singulier de l’homme, elle conçoit les paysages de l’imagination qui peuvent plaire et toucher universellement.

Extrait de la conclusion

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