Salvador Alfredo Alvarez Suarez

Chercheur en résidence à la Maison Suger en février 2026
Salvador Alvarez Suarez

Salvador Alfredo Alvarez Suarez est anthropologue social à ENAH au Mexique et docteur en Histoire et Civilisations à l'EHESS. Il est spécialiste de l’expansion européenne dans le Nouveau Monde et de l’histoire agraire du nord du Mexique (XVIe–XXe siècles). Ses recherches portent aussi sur la cartographie historique et les dynamiques territoriales de longue durée.

Le projet

Titre : Quel type de modernité agraire est envisageable aujourd’hui pour le milieu du nord du Mexique ?

« Cette étude propose une réflexion sur la modernité agraire dans le nord du Mexique. Elle examine les processus historiques, sociaux et environnementaux qui ont façonné ce territoire depuis la colonisation espagnole jusqu’au XXe siècle, et remet en cause la vision traditionnelle du latifundium nord-mexicain, souvent considéré comme marginal et peu productif. Après la conquête des régions densément peuplées, les Espagnols se tournent vers le nord, une zone aride et peu peuplée. Confrontés à la résistance des peuples autochtones et à la rareté des ressources, les colons doivent rechercher l’autosuffisance. L’introduction des bovins européens, qui se multiplient rapidement dans un environnement dépourvu de prédateurs, transforme profondément le paysage et facilite l’adaptation des colons. Les premiers établissements s’installent près des rivières et des ciénegas, profitant des meilleurs pâturages pour le bétail.

Les haciendas deviennent l’unité dominante de production et de propriété, intégrant agriculture et élevage extensif. Les progrès techniques se concentrent sur l’adaptation à l’environnement, la gestion de l’eau et du bétail, tandis que la productivité agricole intensive reste secondaire. Le système d’« irrigation ancienne » par inondation caractérise les grandes haciendas : l’eau des rivières est distribuée par des acequias pour créer des pâturages humides dans les ciénegas, essentiels pour le bétail. La gestion des troupeaux repose sur des techniques ancestrales, et les vaqueros jouent un rôle central dans le contrôle des animaux.

Les haciendas fonctionnent comme de véritables domaines territoriaux, contrôlant les ressources clés : eau, terres agricoles, pâturages et grands troupeaux de bovins. Cette étude éclaire ainsi la complexité de la modernité agraire nord-mexicaine et propose une lecture renouvelée du latifundium, en soulignant l’interaction entre adaptation environnementale, techniques agricoles et organisation sociale. »

Institution d'accueil : École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS)

Bibliographie sélective

  • Salvador Alvarez et Alejandro Tortolero, « Expansion de la propriété foncière, conflit rural et réforme agraire au Mexique (1856-1940) » dans: Pablo Luna & Niccolo Mignemi (dir.), Prédateurs et résistants. Appropriation et réappropriation de la terre et des ressources naturelles (16è-20e siècles), Paris, Editions Syllepse, 2016
  • Salvador Alvarez, "La estructura básica de una forma de dominio territorial: la hacienda colonial en el norte central mexicano", dans: Carlos González Herrera, ed., La hacienda en Chihuahua. Su evolución histórica, Chihuahua, Grupo Cementos de Chihuahua, pp. 23-80.
  • Salvador Alvarez, "Los señores de la tierra: latifundio, frontera agrícola y coyuntura económica en Chihuahua durante el siglo XIX", dans: Salvador Alvarez, Alejandro Tortolero, Margarita Menegus, comp., Derechos de propiedad y crecimiento económico, contribuciones para una perspectiva comparada en América y Europa, Santa Marta, Colombia, Editorial Unimagdalena, Universidad del Magdalena, 2018
  • Salvador Alvarez, Las ciencias sociales y el territorio en México del Porfiriato a la posrevolución: paradigmas, interpretaciones, utopías, dans: Oscar F. Contreras, Cristina Puga, coords., Las ciencias sociales y el Estado nacional en México, México, Fondo de Cultura Económica, 2018, pp. 58-83.
Publié le 10 février 2026