Plage à vendre. Le commun en procès
À qui appartiennent les plages ? De l’avis général, à tout le monde ou, plutôt, à personne en particulier. Elles sont censées se prêter à des usages collectifs, qu’il s’agisse d’y pratiquer des loisirs de plein air gratuits ou d’y trouver un ultime refuge face aux vagues de chaleur qui s’intensifient. Pourtant, force est de constater qu’elles ne sont pas toujours des espaces ouverts et accueillants, des « choses communes ».
De la Californie à la Nouvelle-Zélande, en passant par l’Afrique du Sud, l’Italie, la France ou le Brésil, les entreprises de privatisation des rivages se multiplient et exacerbent les conflits dans un contexte où, sous l’effet de l’élévation du niveau marin et de la compression côtière, ces espaces naturels déjà très convoités se raréfient encore.
L’affaire Martin’s Beach est emblématique de ces phénomènes. Après un siècle de fréquentation par des pêcheurs, surfeurs et familles de la région, cette plage située dans la péninsule de San Francisco a été fermée au public par le nouveau propriétaire des lieux, un riche investisseur en capital-risque de la Silicon Valley toute proche. Depuis plus de quinze ans, les tenants de la propriété privée s’opposent aux défenseurs du libre accès à un bien commun. Et à mesure que l’eau monte, le problème se déplace. À la question « à qui appartient la plage ? », vient s’en substituer une autre : une plage est-elle appropriable ?
C’est à cette double énigme que s’attaque ce livre. En plongeant dans l’histoire coloniale et la construction de l’État californien, il retrace le développement d’un « capitalisme côtier » en examinant, sur la longue durée, par qui et comment les rivages ont été constitués en ressources appropriables, non sans susciter des résistances à la fois sociales et biophysiques. Et si les plages nous ouvraient un horizon de possibles pour imaginer un rapport au monde affranchi de la propriété ?
Isabelle Bruno est professeure de science politique à l’université de Lille, où elle dirige le Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (Céraps, CNRS/UdL). Docteure en sociologie des relations internationales de Sciences Po Paris (2006), elle a été membre de l’Institut universitaire de France (promotion 2020) et a reçu une habilitation à diriger des recherches (HDR) à l’École nationale supérieure Paris-Saclay (2024).
Après avoir consacré ses travaux à la sociologie de la quantification, dont sont issus deux ouvrages (l’un avec E. Didier, Benchmarking. L’État sous pression statistique, Paris, La Découverte/Zones, 2013, et l’autre codirigé avec E. Didier et J. Prévieux, Statactivisme. Comment lutter avec des nombres, Paris, La Découverte/Zones, 2014), elle a ouvert en 2016 un nouveau cycle de recherche au croisement des études environnementales et des sciences sociales de la propriété. Depuis dix ans, elle explore ainsi les processus d’appropriation des plages et les conflits d’usage qui en résultent dans une perspective à la fois socio-historique et comparative.
Après avoir étudié les inégalités d’accès à la côte française méditerranéenne à partir du cas de la baie de Pampelonne, c’est en tant que Fulbright Visiting Scholar au sein de l’université de Californie à Berkeley qu’elle a mené l’enquête sur l’affaire Martin’s Beach, une affaire ouverte en 2009, qui a défrayé la chronique dans les années 2010 et qui n’est toujours pas tranché en 2026. Depuis 2024, elle coordonne le réseau international BEACH ACCESS réunissant des chercheuses et chercheurs du Brésil, de Californie et de France autour d’un projet intitulé « Le “désir de rivage” sous contrainte écologique : l’accès aux plages entre inégalités environnementales et protection du littoral ». Soutenues par la Fondation Maison des sciences de l’homme (FMSH) et le programme FORESEE (AMI SHS France 2030), les activités de ce réseau sont présentées sur le carnet de recherche électronique « Des lignes sur le sable ».
Parution 19 novembre 2026
Collection « 54 »
Éditions de la MSH
En zouglou, ça réussit toujours ! Anthropologie politique d'un mouvement culturel en Côte d'Ivoire
Prêter attention. Care, science, psychanalyse
Matières, couleurs, supports
