Une sociohistoire des représentations démocratiques du populisme

Une approche globale et connectée

Le projet Une sociohistoire des représentations démocratiques du populisme : une approche globale et connectée est lauréat 2021 de la thématique "Populisme et démocratie" de l'appel à projets Recherches émergentes.

Le débat scientifique sur le populisme tend, dans les dernières années, à se polariser autour de deux positions antagonistes : l’une fait du populisme la manifestation de toutes les pathologies qui guettent nos démocraties représentatives, l'autre voit dans le populisme la principale dynamique vertueuse qui traverse nos démocraties asservies à la rationalité politique néolibérale. Cette polarisation du débat scientifique est le point de départ de ce projet. Il se propose, tout d’abord, de l’interroger d’un point de vue épistémologique : comment expliquer un tel affrontement binaire ? Le décryptage épistémologique permettra de montrer que, en dépit de leur affrontement binaire, les tenants de la « pathologie démocratique » populiste et de l’  « ultra-démocratisme » populiste partagent paradoxalement la même catégorisation empirique du phénomène.

Afin de dépasser cet écueil, notre projet propose un retour à l’historicité. Le principal point commun des recherches contemporaines sur le populisme est leur « présentisme » revendiqué : l’idée que le populisme de notre temps serait une nouveauté radicale des systèmes démocratiques des années 1980. Afin de comprendre les rapports entre populisme et démocratie, ce projet propose de prendre du recul par rapport à notre actualité, et de revenir aux manifestations fondatrices de l’idéologie populiste, jamais conviées au débat contemporain : le populisme russe (narodnischestvo) entre 1840 et 1880, le People’s Party états-unien à la fin du XIXe siècle, et les régimes nationaux-populaires en Amérique latine (1930-60). À ces manifestations pourront s’en ajouter d’autres, mais à la condition de construire, à travers l’histoire sociale, le caractère « populiste » de l’objet, ou de montrer des circulations évidentes d’idéologies contestataires, d’imaginaires politiques, de répertoires militantes, à partir de ces expériences fondatrices. On s'attachera également à montrer que la recherche d’un contrôle des régimes de représentation politique est née avec leur surgissement même, comme conséquence de la souveraineté du peuple. Il s’agira alors dans ce projet de revenir aux projets et aux pratiques qui ont pensé l’intervention du peuple non comme une corruption, une dégénérescence des systèmes démocratiques, mais comme un ensemble de demandes venues d’en bas et visant au contraire à éviter les dérives oligarchiques

Porteurs du projet

Federico Tarragoni

  • Institut Humanités, Sciences et Sociétés-Université de Paris
  • Domaine scientifique :
    Sociologie des processus révolutionnaires et des conflits sociaux (Europe/Amérique latine)
    Mouvements populaires, populisme et démocratie (Europe/Amérique latine)

Thèse de recherche

Théories sociologiques de l’individu
Sociologie historique des idées politiques
Sociologie et philosophie politique

Production scientifique

Federico Tarragoni, L'esprit démocratique du populisme. Une nouvelle analyse sociologique, Paris, La Découverte, coll. "L'horizon des possibles", 2019, 372 p.
Federico Tarragoni, Sociologies de l'individu, Paris, La Découverte, coll. Repères, 2018, 124 p.
Federico Tarragoni, L'Enigme révolutionnaire, Paris, Les Prairies ordinaires, coll. L'histoire rejouée, 2015, 320 p.

Activités scientifiques

Membre du comité d'experts du Fonds de la Recherche Scientifique belge
Membre du comité d'experts de l'ANR
Membre du comité d'experts de l'HCERES
Evaluateur pour Oxford University Press, Presses Universitaires de Rennes et Presses universitaires de Strasbourg
Membre des comités de rédaction de 4 revues (Tracés, Participations, Ecrire l'histoire, Tumultes).

Déborah Cohen

  • Institution : Université de Rouen
  • Domaine scientifique :
    Histoire des représentations du populaire (XVIIIe siècle et Révolution française)
    Histoire de la surveillance démocratique

Production scientifique

Déborah Cohen, La nature du peuple. Les formes de l’imaginaire social, éditions Champ Vallon, collec. La chose publique, Seyssel, 2010
Déborah Cohen, Peuple, Anamosa, 2019
Déborah Cohen, La politique hétérogène du peuple in Chloé Gaboriaux et Arnault Skornicki, Vers une histoire sociale des idées politiques, Presses universitaires du Septentrion, 2017, p. 295-306.

Activités scientifiques

Membre du comité de lecture de La Révolution française. Cahiers de l’Institut d’histoire de la Révolution française.
Membre du comité scientifique de la revue Sensibilités et fonction d’expertise.

Membres de l’équipe

Arthur BORRIELLO

Chargé de recherches FNRS (Fonds de la recherche scientifique) - Centre d'étude de la vie politique (Cevipol) – Université libre de Bruxelles

Antoine CHOLLET

Maître d'enseignement et de recherche - Centre Walras Pareto d’études interdisciplinaires de la pensée économique et politique (CWP) – Université de Lausanne

Etienne FERRER

Doctorant, Université de Paris

German Rodrigo AGUIRRE


Populisme et démocratie

Au-delà de ses avatars historiques et géographiques, la notion de populisme est généralement définie à partir du triptyque anti-élitisme, croyance en un peuple homogène et préférence pour une souveraineté populaire qui s’exerce sans médiation (Akkerman, Mudde et Zaslove 2014 ; Schulz et al. 2017).

Les partis répondant à ces critères se sont aujourd’hui installés aussi bien dans les jeunes démocraties que dans les démocraties consolidées. En 2019, ils participaient aux gouvernements de onze pays d’Europe, avec un électeur sur quatre ayant voté pour un parti populiste lors de la dernière grande élection nationale (Timbro Authoritarian Populism Index, 2019). Les partis populistes prospèrent à mesure que l’écart se creuse entre les aspirations démocratiques et le fonctionnement souvent déceptif des démocraties libérales (Rooduijn, van der Brug et de Lange 2016 ; Rosanvallon 2000). En mettant en avant une exigence radicale de souveraineté populaire, les partis populistes s’adressent d’abord à un électorat insatisfait de la démocratie représentative, voire qui remet en cause le principe même de la représentation comme moyen efficace pour traduire la volonté du peuple en décisions politiques.

Le populisme peut ainsi être vu à la fois comme une menace et une opportunité pour la démocratie. Le populisme exclusif - souvent associé à la droite radicale puisqu’il limite le peuple aux natif.ves et se conjugue volontiers avec des éléments xénophobes - peut fragiliser la démocratie et conduire à des régimes démocratiques illibéraux du fait de sa composante anti-pluraliste, en privilégiant une conception organique du peuple qui conduit à rejeter l’Etat de droit, les droits des minorités ou la séparation des pouvoirs (Urbinati 1998).   

À l’inverse, un populisme plus inclusif - volontiers associé à la gauche radicale puisqu’il combine des marqueurs populistes avec des marqueurs idéologiques de gauche comme la meilleure répartition des richesses - peut approfondir la démocratie en poussant les élites politiques à mieux tenir compte des revendications populaires. Il peut aussi armer les partis sociaux-démocrates et les organisations associatives avec des narratifs consensuels, susceptibles d’augmenter la participation électorale des milieux populaires, voire d’unifier leurs doléances (Mudde et Kaltwasser 2013) en construisant le peuple comme un sujet politique (Laclau 2002).

 

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