Entretien avec Priya Ange | Lauréate du Fonds Dumont 2015

La circulation des bijoux dans la parentèle tamoule

Le Fonds Louis Dumont pour la recherche en anthropologie sociale sélectionne chaque année un ou deux projets d’étudiant·e·s pour une aide au terrain. En 2015, le dossier de Priya Ange, La circulation des bijoux dans la parentèle tamoule : Migration, genre, parenté et personne a été sélectionné. 

Dans cet entretien, Priya Ange évoque ses recherches sur les migrations franco-indiennes et notamment son projet récompensé par le Fonds Dumont, la circulation des bijoux dans la parentèle tamoule.

 

Le coffret d’une femme franco-pondichérienne contenant les bijoux hérités de sa mère | ©  Priya Ange

 

  • Pouvez-vous nous présenter votre parcours et votre institution de rattachement ? 

Je suis doctorante en anthropologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris depuis 2014, et ATER à l’Université Paris-Nanterre pour l’année 2019-2020. J’ai commencé mon parcours académique à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté, où j’ai obtenu une licence et un master en sociologie. Je suis actuellement rattachée à l’Institut Interdisciplinaire de l’Anthropologie du Contemporain (IIAC-Laios), et au Centre des Etudes de l’Inde et de l’Asie du Sud (CEIAS), et sous la direction de Mme Véronique Bénéï (IIAC-Laios, CNRS-EHESS). Je dépends également de l’école doctorale 286 mention « Anthropologie sociale et ethnologie ».
Depuis 2012, je m’intéresse à l’expérience transnationale de la parenté au sein de la population franco-pondichérienne et en contexte migratoire franco-indien. Dans de mon premier mémoire, soutenu en 2013 (Master 1), j’ai étudié la dimension de genre dans la production des généalogies et des récits de parenté des migrants en France. Puis, j’ai poursuivi mes recherches (Master 2 et doctorat) en me focalisant sur la circulation des bijoux en parenté tamoule. 
Entre 2014 et 2017, j’ai réalisé plusieurs terrains en Inde, notamment dans la ville de Pondichéry, et en France, plus spécifiquement à Dijon et à Paris, en y déployant une ethnographie multi-situées des réseaux de parenté. 

Une future mariée parée et maquillée par une esthéticienne, et entourée de sa parentèle maternelle | © Priya Ange

 

  • Pouvez-vous nous présenter brièvement votre thèse/projet de recherche récompensé, « La circulation des bijoux dans la parentèle tamoule : Migration, genre, parenté et personne » ?

Il convient avant toute chose de préciser que la population franco-pondichérienne que j’étudie, est dans sa très grande majorité, de culture tamoule, originaire de Pondichéry, et de nationalité française. Elle est donc un produit des dispositifs politico-juridiques mis en place pendant la période coloniale et de décolonisation de l’Inde française. L’enjeu de mon travail est de produire une analyse sociologique de leurs pratiques à l’époque contemporaine afin de comprendre leur double culture franco-tamoule. Pour cela, j’ai choisi de questionner l’étroite imbrication entre parenté franco-pondichérienne, pratiques d’ornementations du corps et mémoire de l’histoire coloniale cristallisée dans leurs parures. 
En m'intéressant à la circulation des bijoux, j’ai d’abord considéré la production sociale de la personne tamoule parmi sa parentèle. J’ai donc étudié les normes esthétiques de la parure et de la féminité en Inde du Sud ainsi que leurs transformations au fil des générations en contexte migratoire. Leur apprentissage passe par le corps, la mobilisation des sens, des affects et d’une mémoire gestuelle transmise en parenté maternelle. Cela m’a permis de cartographier les relations de parenté telles qu’elles sont vécues en migration, tant au quotidien, qu’en contexte rituel. Mon travail met en avant le rôle actif des femmes franco-pondichériennes quant à la gestion et production des liens de parenté en diaspora, en les situant au cœur des relations conjugales, avec leur belle-famille et leur famille natale. Ici, mon approche biographique et par la culture matérielle revisite les principes structurant du système de parenté tamoule tels que l’alliance de mariage ou les cycles d'échanges frère-soeur, théorisés entre-autre par Louis Dumont. 

Vers la fin de mon premier terrain, j’ai été amenée à enquêter auprès des orfèvres pondichériens pour approfondir la production matérielle des bijoux, notamment en mobilisant une approche filmique. Dans leur atelier, j’ai été initiée à l’artisanat joaillier et aux différentes techniques de fabrication, tout en recueillant les récits liés à l’histoire des bijoux.

J’ai notamment découvert que les questions du politique et de la mémoire étaient inhérentes aux pratiques d’ornementations des Franco-Pondichérien·ne·s. Aussi ai-je poursuivi mes enquêtes en documentant la fabrication et la transmission de bijoux tels que la bague « Bleu-Blanc-Rouge » datant de 1950. Je me suis aussi intéressée à la manière dont ces récits de parenté liés à l’histoire coloniale de l’Inde française, sont matérialisés dans ces joyaux. La production incorporée de sentiments d’appartenance, ainsi que des identités (trans-)nationales, citoyennes, ethniques et territoriales, qui résultent du phénomène d’acculturation de cette population depuis la période coloniale sont également à prendre en compte pour comprendre comment se vivent les relations de parenté parmi les Franco-Pondichérien·ne·s en migration.

Ateliers des orfèvres à Pondichéry | © Priya Ange

 

  • Dans quel contexte avez-vous décidé de poser votre candidature pour ce prix ? 

En 2015, j’ai eu connaissance de ce prix qui soutient les recherches ethnographiques alors que j’envisageais de partir en Inde, notamment à Pondichéry pour réaliser mon premier long terrain de thèse. Cela m’a donc paru être le bon moment pour candidater.

 

  • Que vous a permis le Fonds Louis Dumont ? 

Le prix Louis Dumont m’a aidé à financer mon premier terrain de thèse et a ouvert la voie aux suivants en inscrivant mon étude de la parenté dans une perspective multi-située et de l’anthropologie politique et historique. Grâce à ce prix, j’ai pu poursuivre mon projet doctoral, qui arrivera très prochainement à terme. Ma thèse permet, par la culture matérielle, une relecture des études de parenté tamoule, notamment dans le prolongement des travaux de Louis Dumont, fondateur de ce prix. C’est donc un privilège d’avoir reçu un prix décerné par la FMSH, et qui s’avère être un soutien précieux pour tout étudiant voulant se former par l’ethnographie.

Bague « Bleu-Blanc-Rouge », produite en 1950 après l’Indépendance de l’Inde et transmise par voie paternelle chez une partie des Franco-Pondichérien·ne·s et en voie maternelle pour l’autre | © Priya Ange

 

Priya ANGE 

ATER à l'Université Paris Nanterre
Doctorante en anthropologie sociale (EHESS)
Institut Interdisciplinaire de l'Anthropologie du Contemporain (IIAC - équipe LAIOS)
Centre des Etudes de l'Inde et de l'Asie du Sud (CEIAS)

https://www.researchgate.net/profile/Priya_Ange
http://ceias.ehess.fr/index.php?3994

 

 

Partager
Récompense

Voir aussi