Le féminisme critique de Pasolini. Avec un commentaire de Stefania Tarantino

Papier préparé pour le séminaire « Genre, politique, sexualité(s) », du 5 mai 2011.

Si Pasolini se reconnaissait un allié des féministes, il précisait pourtant aussitôt que sa proximité à leur égard était de nature critique. Par là il voulait signifier qu’il considérait avoir à batailler fréquemment contre elles, non pas contre le féminisme en tant que tel, mais contre les choix qu’elles pouvaient effectuer et qui lui paraissaient destructeurs pour l’idée d’une libération réelle (et pas seulement nominale) des femmes. Pour le dire de façon rapide, Pasolini voulait éviter aux valeurs du féminisme de se résorber dans celles de la modernité entendue comme triomphe du consumérisme. Or, selon lui, c’est bien un tel danger qui menace, si l’on confond l’émancipation féminine avec l’idéologie progressiste de l’histoire. En effet, si notre époque consumériste tend à récupérer les mouvements de libération en leur faisant adopter son idéologie (par exemple à travers l’adoption d’une démarche consistant en une demande de droits supplémentaires, quel qu’en soit le contenu), une résistance effective ne peut que s’originer dans une résistance au présent – au nom, précisément, de la « scandaleuse force révolutionnaire du passé ». Sous ce rapport, ce sont les débats très contemporains relatifs à l’attitude des mouvements féministes à propos du port du voile, ou de la burqa, qui demanderaient à être interrogés.

Suit un commentaire de Stefanio Tarantino, qui souligne combien la clairvoyance de Pasolini peut faire écho avec la pensée radicale des femmes philosophes du XXe siècle : Simone Weil, Maria Zambrano, Jeanne Hersch et Hannah Arendt.

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