Déclaration commune EFEO, EHESS, EPHE, FMSH

Suite à leur sortie d'heSam Université

L’EFEO, l’EHESS, l’EPHE et la FMSH ont soigneusement pesé leur décision de quitter prochainement heSam Université et l’ont  expliquée, y compris dans la presse, sans esprit polémique, malgré certains commentaires peu amènes qu’elle a pu susciter. Elles ont conscience des difficultés que cette décision provoque pour les autres membres d’heSam avec lesquels elles entendent maintenir leurs coopérations scientifiques.

L’EFEO, l’EHESS, l’EPHE et la FMSH ont été pleinement engagées dans heSam et dans le programme Idex Paris Nouveaux Mondes, et elles en restent membres aussi longtemps que leur départ n’a pas été acté par les instances concernées. Elles y ont largement contribué et à ce jour continuent d’y contribuer par l’engagement de leurs enseignants et chercheurs comme de leurs personnels administratifs.

Elles savent ce qu’est l’exigence en matière de production et de diffusion des connaissances et elles veilleront à ce que l’histoire d’heSam, jusqu’à leur départ soit l’objet d’un récit rigoureux, attentif à la réalité des faits, et non de réécritures fallacieuses et orientées, commandées par l’émotion ou le ressentiment.

Elles entendent donc rappeler les principaux événements qui les ont conduites à faire le constat d’une divergence devenue insurmontable entre le projet initial d’heSam, construit sur un consensus, et la vision que les établissements se considérant comme devant être les plus puissants au sein de la ComUE prétendaient imposer.

Le ralentissement de la mise en place de la ComUE provoqué par la maladie du président Colliard, dont nous avons eu connaissance il y a deux ans, a été vécu de manière solidaire au sein d’heSam, et dans ce contexte, la création d’une commission de travail sur les statuts fut décidée unanimement, sans qu’un mandat impératif fût donné par nos établissements aux collègues que nous y avions désignés.

L’élément initiateur de la discorde a été la décision de l’université Paris 1 de refuser de discuter les statuts proposés par cette commission (à laquelle l’une de ses vice-présidentes participait pourtant) et de prétendre imposer dès lors une série de conditions que nos quatre établissements, et d’autres aussi très certainement, ont perçue comme une manière de manifester la prééminence symbolique et juridique de cette université – la seule du PRES heSam – sur les autres partenaires. Ce refus et ces conditions posées sont également apparus comme dictés par l’idée de soumettre heSam à un modèle universitaire disciplinaire et centralisé, à l’encontre du modèle d’“université d’un type nouveau”, décentralisé et donnant toute leur place aux études interdisciplinaires et internationales, qui constituait le projet initial, scientifique plus encore qu’institutionnel.

Cette position a entraîné un blocage qui culmina dans un vote à l’unanimité des autres membres pour imposer de reprendre la discussion à partir du texte proposé par la commission. Le recours à une médiation a alors été imposé par l’université Paris 1. Il a débouché sur le constat d’une perte de confiance et sur quelques pistes de solutions statutaires. Une tentative eut lieu en juillet, dans laquelle plusieurs établissements, en particulier le CNRS, tentèrent d’aider à aboutir à une solution sur les statuts, en entérinant nombre des exigences de l’université Paris 1. En contrepartie, nos établissements demandèrent une clarification du projet et de la trajectoire scientifique d’heSam, et sa traduction tangible dans la reconnaissance de missions explicites aux différents établissements dans le contrat quinquennal en cours de discussion. Ils n’obtinrent pas de réponse susceptible de les rassurer. Au contraire, leurs tentatives pour alerter sur la gravité de la situation, tant lors d’entretiens bilatéraux informels qu’à travers des interventions en bureau d’heSam, se heurtèrent à une fin de non-recevoir.

Il apparut clairement qu’après avoir occupé une place importante au cœur du dispositif heSam, les orientations scientifiques communes qu’incarnent nos établissements, au-delà de leurs différences, se trouvaient délibérément rejetées à la périphérie d’un projet qui dénaturait le projet initial.

La situation empira du fait de la communication unilatérale de certains membres et de leur pratique répétée d’actes de déstabilisation à l’encontre  du président par intérim, Denis Pelletier, l’empêchant de travailler à rétablir  la confiance. Le climat qui régnait dès lors au sein d’heSam lors des réunions de Bureau était devenu pesant, au plus loin de la confiance cordiale qui régnait au départ.

Dans ces conditions, la décision de quitter heSam s’est imposée comme inévitable, et nous avons veillé à l’annoncer clairement et simultanément à toutes les parties concernées. Si le moment a pu constituer une surprise pour certains, la possibilité, voire la probabilité de cette décision était bien connue des principaux acteurs depuis longtemps, même s’ils ont pu préférer se voiler la face ou penser que nulle autre solution ne pouvait être préférable pour nos établissements que celle qui consistait à rester dans heSam.

L’annonce que nous avons faite le 18 septembre se transformera en sortie effective dès que nos instances en auront décidé (l’assemblée des enseignants de l’EHESS l’a d’ores et déjà approuvée à l’unanimité le 27 septembre). Néanmoins, nos établissements entendent évidemment maintenir leurs engagements dans les opérations scientifiques initiées par le programme Paris Nouveaux Mondes, ainsi que leurs coopérations avec leurs partenaires d’heSam comme avec les établissements d’autres ComUEs, notamment à travers les unités mixtes de recherche dont ils exercent la tutelle et les LabEx et EquipEx auxquels ils participent. Le bon règlement du devenir des  opérations en cours dans heSam, la réussite des projets lancés dans PNM impliquent des discussions auxquelles nos établissements sont prêts, avec les autres membres d’heSam comme avec le ministère et le Commissariat général à l’investissement.

Leur objectif est de nous permettre de nous retirer formellement d’heSam en induisant le minimum d’effets négatifs sur les communautés scientifiques, puis  de trouver chacun place dans une nouvelle ComUE dans les meilleurs délais (le cas de la FMSH est ici particulier, car elle n’entre pas dans le périmètre de la loi Fioraso). Les décisions relatives à ces évolutions seront soumises à nos conseils d’administration dès leurs prochaines réunions.

Yves Goudineau, directeur de l’EFEO
Pierre-Cyrille Hautcœur, président de l’EHESS
Hubert Bost, président de l’EPHE
Michel Wieviorka, administrateur de la FMSH

Le 30 septembre 2014
 

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Communiqué