Global South(s)

Créée en septembre 2014, la chaire Global South(s) aborde les Sud(s) comme des espaces et des temporalités qui se croisent et interagissent. Le « Sud », n’est pas ici une notion géographique mais un processus qui se déploie à partir de différents régimes : colonialité du pouvoir, formes de colonisation, de racialisation et de prédation, replis identitaires, configurations idéologiques d’un universalisme abstrait et stratégies contre-hégémoniques. Cette chaire bénéficie du soutien pluriannuel du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et du ministère de l’Outremer.
 

L’approche méthodologique est celle de la pensée décoloniale, d’une « dénationalisation  » des récits et des périodisations, d’une révision de la cartographie élaborée à partir de l’Occident et par rapport à lui – vision qui a marginalisé d’autres routes d’échanges et de rencontres et sous-évalué la création dynamique d’autres centres et d’autres périphéries. Le racisme sera ici analysé comme un problème constitutif de relations sociales spécifiques, comme structurant les sociétés et non comme un problème moral. On s’intéressera à la manière dont l’idéologie racialisante s’insinue dans la culture et les arts, soit en masquant les effets soit en les exhibant. 
 

Nous nous appuierons sur les travaux de chercheurs  qui ont démontré que l’histoire occidentale ne peut prétendre incarner « l’histoire universelle » et ont encouragé à s’émanciper du modèle, limité et exclusif, de l’accession progressive de tous à une conception de la « modernité ». Il s’agit de dépasser une histoire mutilée qui fabrique des territoires invisibles, des temporalités absentes et des personnes jetables, retracer les croisements transcontinentaux, les emprunts, les zones de contact. 

 

Pour dessiner une cartographie « post-empire », la géographie du récit historique doit s’étendre au-delà des territoires nationaux, pour faire apparaître les échanges et les rencontres. En partant des marges, des récits « d’en bas » en sortant d’une vision qui réduit des peuples et des groupes à des exemples de manque et d’incomplétude, d’autres manières d’être au monde surgissent.

 

La colonisation est ici conçue comme la vision moderne d’un monde guidé par la possibilité d’un progrès infini. En interrogeant la matrice d’une vision utilitaire du monde, de ses ressources naturelles et de ses habitants, il s’agira d’analyser la force d’attraction de cette vision et ses liens avec une pensée prométhéenne ; de comprendre pourquoi, malgré un consensus assez large sur les conséquences inévitables de toute forme de colonisation - politiques de dépossession, de discrimination, de racialisation, de destruction de l’environnement -, cette conception demeure largement partagée. 

 

Il sera donc moins question de faire de l’histoire que de croiser les regards, d’étudier la colonialité du pouvoir et les expressions inattendues, imprévisibles, qui résultent des frictions, des échanges et des rencontres. Ainsi, on s’intéressera aux expressions culturelles et artistiques dont la circulation est démultipliée par les nouvelles technologies de communication, notamment autour des « mémoires » qui sont aujourd’hui au cœur des débats dans les Sud(s).

 

Tel est le programme de la Chaire dont les activités sont conçues sous la forme de journées d’études et d’ateliers, rassemblant des intervenants de plusieurs disciplines, des artistes et des activistes dans une approche collaborative.

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