Philosophie et genre : Réflexions et questions sur la production philosophique féminine en Europe du Sud au XX e siècle (Espagne, Italie)

Les deux textes sont issus de la séance du séminaire « Genre, Politique, Sexualité(s). Orient/Occident » qui s’est tenue le 12 avril 2012 à la Fondation Maison des sciences de l’homme, sous le titre général « Philosophie et genre: Réflexions et questions sur la production philosophique féminine en Europe du Sud au XXe siècle (Espagne, Italie) ».

María Zambrano (Vélez-Málaga 1904-Madrid 1991). Manières d’affronter l’exil. Réflexions sur la joie et la douleur.

J’ai choisi, pour réfléchir dans notre séminaire, la « philosophie vivante » de María Zambrano, l’une des très rares femmes philosophes espagnoles de la première moitié du XXe siècle. Zambrano quitta l’Espagne en 1939 quand la guerre civile s’acheva par la défaite des républicains et l’établissement de la dictature de Francisco Franco. Ayant participé activement à la lutte contre le géneral Franco, Zambrano restera hors de son pays de 1939 à 1984. Elle rentrera en Espagne le 20 novembre 1984, soit exactement neuf ans après la mort du dictateur. Paris, (Morelia) Mexico, La Havane, Porto Rico, Paris encore, La Havane de nouveau, Rome, Le Jura français, Genève... seront ses lieux de pérégrination. Dans sa pensée, le long exil instaure un axe incontournable en tant que forme de création et d’éveil de la conscience. Pendant près d’un demi-siècle, la philosophe n’a pas cessé de décrire le « pas de l’exil ». La description de ce passage en clé zambranienne porte à réfléchir sur l’expérience de la perte, de la douleur, mais aussi de la joie. « La joie et la douleur –écrit María Zambrano– sont des situations de fond ». « La douleur et la joie sont créatrices et transformatrices ; elles transforment la personne et c’est là un moyen extrême de dire qu’ils la forment ». Nous essaierons de réfléchir « à plusieurs voix » sur la force (et peut-être la faiblesse ?) de ses arguments.

Créativité et politique chez trois femmes napolitaines du XXe siècle : Lina Mangiacapre, Lucia Mastrodomenico et Angela Putino.

Dans une ville qui connaît et vit depuis longtemps les contradictions extrêmes, difficilement conciliables, de la beauté et de la laideur, du bien et du mal, du respect et de la violence, de la douleur et de la joie, les « figures » de L. Mangiacapre, L. Mastrodomenico et A. Putino sont autant de « phares » donnant la possibilité d’éclairer le sens de la politique et de la liberté à partir de la différence sexuelle. Ces philosophes ont une liaison profonde avec leur ville et leur terre d’origine, en même temps qu’une pleine conscience de ce que Naples représente la pointe de l’iceberg des contradictions de la culture occidentale. Elles voient la douleur imprimée dans le corps de la ville ; par ailleurs elles savent que vivre dans un tel contexte n’est pas indifférent et qu’il faut avancer une nouvelle manière de voir, à partir d’une modification de la pensée et de l’affectivité. Appartenant à la même génération, elles ont eu la possibilité de se connaître et d’expérimenter une pratique de relation politique à travers laquelle elles ont tenté de donner épaisseur et complexité à l’énorme écart séparant ce qui existe de ce qui devrait être, ce qui est imposé de l’extérieur et ce qui est imposé de l’intérieur - grâce à une expérience de relation et de différence.

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