09 décembre 2020

Archives et traces. Figures visibles et invisibles du passé

Journée d'étude | Mercredi 9 décembre 2020

Pouvoir entendre les « sans-voix », donner de la voix à celles et ceux qui sont rendus inaudibles au sein de systèmes sociaux dont le fonctionnement repose précisément sur le pouvoir de « faire taire » et de rendre silencieuses les figures pourtant si présentes dans les vies sociales, est une question à laquelle les chercheurs du temps présent s’adressent non sans difficulté, recourant au « terrain », à la « relation » pour tenter de mettre en lumière les « si petits destins » de la violence subie. Quand elle s’adresse aux figures anonymes du passé, cette difficulté est redoublée par l’absence du vivant, l’absence du « maintenant » et du possible de cette rencontre de « terrain ». Car tenter de recouvrer le passé, c’est toujours avoir affaire à la perte définitive.

Cette rencontre est l’occasion d’élargir le plus possible notre réflexion hors du champ des sociétés (post)esclavagistes de la Caraïbe et des Amériques. Si ces dernières confrontent aux voix imperceptibles et inaudibles des esclaves, puis de leurs descendants, elles mettent à jour bien plus largement la question des sources possibles à explorer pour tenter de restaurer des présences effacées et même anéanties par le poids des appareils de pouvoir. Parmi ceux-ci, l’archive a pu être considérée comme le lieu par excellence du déploiement de l’autorité coloniale, et plus généralement de celle des nations occidentales. Cette perspective qui voit dans l’archive l’un des piliers majeurs de l’exercice du pouvoir s’est vue âprement discutée et remise en cause au cours des deux dernières décennies à la faveur d’un des nombreux tournants qui animent le monde académique. L’archival turn (le tournant archival/archivistique) a fait naître une profusion d’interprétations où fleurissent les notions de « contre-archives » ; « d’archives alternatives » ; « d’archives non officielles » tout en réclamant que l’institution elle-même soit revisitée pour le potentiel qu’elle offre malgré tout d’emplir la froideur des documents par des émotions, de l’agentivité, de l’esthétique, et des pratiques tout simplement vivantes.

Ramené à notre double préoccupation, celle de l’altération des figures devenues inconnues ou méconnaissables et celle du passé irrémédiablement perdu, que vient nous apporter ce débat ? Existe-t-il dans l’archive ou hors de l’archive des voies de traverse qui laissent entrevoir ces destins fragiles qui nous préoccupent et nous hantent, ceux-là mêmes si enclins à être transfigurés par les documents officiels où l’écrit élimine déjà la trace d’une parole audible ? Ce que l’on pourrait désigner par le mot « trace » à la manière des écrivains martiniquais Édouard Glissant ou Patrick Chamoiseau, ne serait-il pas ce lieu d’une alternative où pourraient se manifester des manières d’échapper à la scripturalité de l’archive ou d’être insérées accidentellement ou discrètement dans ses interstices ?

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Programme

Mardi 9 décembre 2020

9h45 - 10h15 Introduction à la journée d’étude
Christine Chivallon (CNRS-MCTM)
Nora Philippe (Columbia Institute for Ideas & Imagination et MCTM)
 

10h15 - 10h45 Archives de « La plage noire »
Philippe Artières, Historien, CNRS

10h45 - 11h15 Décoloniser l'archive: sur les traces de Cheikh Ahmadou Bamba
Ferdinand de Jong, historien, sociologue, University of East Anglia.

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Pause

11h30 - 12h Entre archives et mémoires familiales : reconstruire des récits autour des « engagés » africains en Martinique aujourd’hui
| Céline Flory, historienne, CNRS

12h - 13h Discussion avec les intervenants de la matinée

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Pause

14h30 - 15h L’archive : entre régulation et émotion. Témoignage d’une expérience d’archiviste
Magalie Claveau, archiviste, Archives municipales de Cannes (ex-archives départementales de Martinique).

15h - 15h30 Réflexions sur les matérialités affectives du papier en histoire de l’Afrique 
|  Didier Nativel, historien, Université Paris-Diderot

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Pause

16h - 16h30 Reconstituer les archives africaines à partir des archives coloniales
Catarina Madeira-Santos, historienne, EHESS

16h30- 17h Raconter à travers les archives filmiques et photographiques les dépossessions patrimoniales dans l'Afrique colonisée, les résistances, et les demandes de restitution. A propos d'un film en cours. (avec extraits de film)
Nora Philippe, documentariste-chercheur (Columbia Institute for Ideas & Imagination et MCTM) 

Pause

17h15 - 18h15 Discussion générale avec l’ensemble des intervenants

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Soirée de clôture

Rencontre autour du film de Sylvaine Dampierre
Le Pays à l’envers (Atlan Film, 2009)

Pour regarder le film, cliquez ici

Avec la réalisatrice Sylvaine Dampierre, Rencontre animée par Nora Philippe (Institute for Ideas and Imagination et MCTM-FMSH) et Christine Chivallon (CNRS et MCTM-FMSH)

20h - 20h15 Présentation de la soirée

20h15 - 21h45 Le Pays à l’envers

21h45 - 22h15 (ou plus…) : débat avec Sylvaine Dampierre

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Détails

Journée d'étude

Mercredi 9 décembre 2020
9h30 - 17h30

Suivez la journée en live sur Facebook sur le compte Dix Milliard d'Humains et Civic City

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