Vivre : exister ou subsister ?

Séminaire sous la direction de Philippe Ratte à partir du travail de François Jullien

Le printemps 2020 a contraint des centaines de millions de gens à faire l’épreuve du vivre, comme on fait celle d’une monnaie. Quel en est l’aloi ?

S’agit-il de demeurer en vie face au danger de mort latent ? Jusqu’à quel point de contrition et de claustration est-il préférable de sacrifier le sel de la vie pour assurer chacun sa survie et/ou concourir à celle d’autres personnes ? «sauver» des vies condamnées à demeurer végétatives, « à n’importe quel prix » (payé par d’autres sous diverses formes, de financières à psychiques), est-il éthique ? Et après cette ordalie confuse, qu’entendre par « retour à la vie normale» dont cette longue césure a altéré l’évidence habituelle ? Que nous dit de notre être-au-monde la manière dont un épisode épidémique après tant d’autres vient d’être traité et vécu de manière si extraordinaire ? Où gît donc l’essentiel pour nos sociétés ? Comment et pourquoi se décident les priorités, et les dérogations qu’on y consent sous l’empire de « l’émotion » jusqu’à bafouer les lois depuis le ministère de l’Intérieur lui-même ?

Mille questions se posent, en désordre et confusément. Nous sortons de trois mois de lessivage cérébral collectif qui a délité les assises de la pensée. Plus personne ne sait exactement où l’on en est, et de toutes parts fleurissent les idées au logis, c’est-à-dire les vues générales ourdies chacun chez soi, s’épanchant par coulées soudaines et aberrantes en flux d’outrances, d’outrages et d’outre-cuidance. ...outre ! aurait dit le père Ubu.

L’idée du séminaire proposé ci-dessous est de revenir sur ces questions, dont on pressent qu’elles porteront de longues ombres sur les temps à venir, en s’écartant du flot des controverses pour décliner de séance en séance une problématique, en choisissant de prendre appui sur le travail de François Jullien, un de ses livres servant chaque fois de ressource liminaire pour cadrer le débat. Au lieu de traverser à la nage le cours boueux et tumultueux des commentaires, construisons un pont dont sept livres seront les piliers, la tâche étant de jeter des arches entre eux afin de soutenir le tablier d’une pensée carossable pour notre temps.

La problématique est simple : c’est quoi au juste, vivre ? Le titre retenu explicite l’enjeu : exister ou subsister ? De toute évidence, le logiciel ambiant a opté sans ambages pour le second terme. Cela arrange tout le monde, sauf qu’il étouffe tout souffle d’existence : or que valent des cendres sans plus de braise ? Le but recherché sera donc de construire un viatique pour l’existence, à force de décoïncidence. À partir d’un refus de la Gleischschaltung sournoise dans laquelle nous versons à l’insu de notre plein gré.

En première esquisse, les huit séances prévues pourraient s’ordonner comme ceci, l’ouvrage d’appui suggéré étant indiqué en italique :

  • 20/09 : Ouverture, discussion générale, cadrage
  • 15/10 : À quelle enseigne parlons-nous ?
    Philosophie du vivre, 2011
  • 26/11 : IRM liminaire de l’impensé de notre pensée
    De l’être au vivre, lexique franco chinois de la pensée, Gallimard, 2015
  • 17/12 : De quoi vivre est-il le nom ? Une seconde vie, Grasset 2017
  • 21/01 : Créer un espace d’espacement L’écart et l’entre, Galilée, 2012 De l’écart à l’inouï, Carnets de L’Herne, 2019
  • 25/03 : Se fonder comme altérité De l’intime, loin du bruyant amour, Grasset 2013 L’inouï, Grasset, 2019
  • 15/04 : Agir Traité de l’efficacité, Grasset, 1997
  • 20/05 : Vitam impendere vitae De la vraie vie, Ed de l’Observatoire, 2020

 

Lieu prévu du séminaire : Fmsh, 54, Boulevard Raspail, 75006 Paris
Un jeudi par mois de 18 heures à 20 heures

Sur inscription : fjullien@msh-paris.fr

Chaque séance sera ouverte par un exposé qui donnera lieu à une discussion