13 juin 2019

Comment les citoyens ordinaires construisent des opinions sur le problème public de l’énergie ?

Séminaire du GRETS - Jeudi 13 juin

Intervention de Jérémy Bouillet (PACTE - Sciences Po Grenoble).

La séance sera introduite par Mathieu Brugidou - EDF R&D.

La question, large, de l’énergie est principalement appréhendée comme un « problème », une série d’enjeux dont le traitement appelle des solutions en termes de politiques publiques, d’encadrements réglementaires, où la place des individus ordinaires est restreinte. Dans les faits, il s’agit tout autant d’un problème « public », dans la mesure où elle est en partie discutée dans des espaces publics par des autorités légitimes, mais aussi par des individus ordinaires, alors appelés à se prononcer dans les débats publics ou à travers la mesure de l’opinion publique. Il existe un très grand nombre de mises en forme du problème de l’énergie, et les récits construits autour mobilisent des arguments nombreux et même parfois contradictoires dont les citoyens s’emparent ou non.

Une des questions qui peut alors se poser est de savoir comment les individus ordinaires, non spécialistes du problème, construisent et alimentent leurs opinions vis-à- vis du problème de l’énergie.

Le séminaire s’appuiera principalement sur un travail de thèse consacré à la manière dont la légitimité de certains récits s’élabore et se normalise montrant que sur le problème public de l’énergie, des consensus peuvent être progressivement façonnés, acceptés ou rejetés, partagés et repris par le plus grand nombre, participant ainsi à la diffusion de la perception normative du problème.

Deux approches ont été mobilisées. D’une part, deux terrains quantitatifs menés en région PACA en 2009 et en 2013, permettant de suivre l’évolution de groupes aux opinions différenciées sur le problème de l’énergie. D’autre part, deux terrains qualitatifs, des Bulletin Board Online, forum sur internet, ouverts lors de la campagne présidentielle de 2012 et du Débat National sur la Transition Energétique de 2013 et permettant d’observer simultanément l’effet de résonance de grands moments démocratiques et celui de discussions tantôt « publiques » et tantôt « privées ».

Dans leur vie quotidienne, les individus ordinaires construisent ainsi une perception du problème de l’énergie qui tient compte de l’existence d’arguments et de légitimité concurrentiels. Afin de rendre compatibles les modes de pensées avec leurs modes de vie, ils sont donc contraints d’ajuster leurs opinions régulièrement, en fonction des scènes sociales où ils discutent, du caractère public des conversations qu’ils tolèrent et du degré de conflit qu’ils sont prêt à accepter. Scène sociale, publicité et conflictualisation sont ainsi au moins trois des leviers qui permettent de mieux saisir l’évolution et la variabilité des opinions.

Références

  • BOUILLET Jérémy, « Débat privé, enjeu public ? : comment les citoyens ordinaires construisent des opinions sur le problème public de l’énergie », thèse de doctorat en science politique soutenue le 12 septembre 2017, sous la direction d’Yves Schemeil et de Mathieu Brugidou, Université Grenoble Alpes.
  • BOUILLET Jérémy, « La question énergétique : entre pratiques sociales et problème public. Un exemple en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) », p. 169-184, dans Pratiques sociales et usages énergétiques, sous la direction de GARABUAU-MOUSSAOUI I. et PIERRE Magali, Lavoisier, Paris, 2016, 248 p.

Détails

Séminaire

Jeudi 13 juin 2019
9h30-12h30

Maison Suger | 16-18 rue Suger,
Paris 6

Entrée libre

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