11 octobre 2018

Les femmes, la guerre et le processus de paix. Le cas colombien

Séminaire - Jeudi 11 octobre

Séance co-organisée par le séminaire de la chaire Destins mondiaux de l'Amérique latine et la plateforme Violence et sortie de la violence

L'intervention de Maria Emma Wills se concentrera sur la notion de paix en lien avec le genre, en s’appuyant notamment sur l’expérience colombienne pour mettre en évidence la complexité du sujet. Son expérience récente au Centre national de la mémoire historique de Colombie l'a amené à se concentrer sur le rôle du passé et sur l'importance de la mémoire dans ce processus, ainsi que sur l'idée de tendre la main, de tisser des liens, de résoudre les conflits passés et aller de l'avant.

Bien que très peu de personnes nieraient aujourd'hui que les femmes ont été exclues des lieux de décision du pouvoir depuis longtemps, certaines simplifient la solution en pensant que l'inclusion ne fait référence qu'à un processus physique. Ils estiment qu’en incluant les femmes - leur présence - aux partis politiques, aux parlements, au gouvernement ou à la table des négociations, la représentation des intérêts, des revendications et des aspirations des femmes sera garantie dans ces arènes politiques. Cette réponse simple à un défi complexe repose sur la fausse hypothèse que le fait d’avoir un corps de femme implique à lui seul une position politique vis-à-vis de la discrimination des femmes. Cependant, la présence de corps féminins dans les cercles du pouvoir politique est loin de constituer une masse critique pour défendre le droit des femmes à l’inclusion et à la non-discrimination, que ce soit « la politique habituelle » ou à des moments plus exceptionnels.

Compte tenu de ces considérations, il devrait être clair que la mise en place de processus de paix ne se limite pas à amener les femmes à la table des négociations. Il s'agit de faire à un effort constant pour représenter les intérêts des femmes à des moments cruciaux, lorsque de nouvelles normes et de nouveaux pactes sociaux sont élaborés pour conduire les sociétés d'une dynamique violente à une convivialité fondée sur le dialogue, des manifestations nouvelles et des compromis.

Face à ces processus de paix, Maria Emma Wills a deux arguments. Le premier soutient que ce processus de représentation des intérêts ne devrait pas se limiter aux préoccupations actuelles. Les discriminations et les exclusions auxquelles sont confrontées les femmes sont mieux comprises lorsque le passé et les souvenirs qu’ils évoquent sont intégrés à la discussion et font la lumière sur les mécanismes qui maintiennent les inégalités en place. En d’autres termes, les conversations sur les intérêts et les aspirations des femmes devraient tenir compte non seulement des conditions actuelles, mais aussi de l’histoire des historiens professionnels, des défenseurs des droits des femmes, des praticiens et des leaders communautaires avec leurs souvenirs personnels et collectifs. En effet, le fait de regarder le passé du point de vue de la mémoire historique permet une compréhension complexe du présent et permet d’imaginer des voies possibles pour parvenir à un avenir plus inclusif et équitable, en tenant compte des obstacles à long terme qui entravent le changement.

Le deuxième argument souligne le fait que le processus de construction consensuelle des programmes devrait toujours rester attentif aux perspectives laissées de côté et essayer de maintenir un dialogue avec les partis « de l’autre côté de la barrière ». En effet, la conversation en elle-même a une valeur pédagogique et cristallise ce qui est en jeu dans une négociation de paix : la volonté des partis adverses de s’asseoir autour de la même table pour discuter et expliquer leurs points de vue opposés.

Par Maria Emma Wills, sociologue, ancienne responsable du Centre National de la Mémoire Historique (Colombie). Membre de la Commission Historique sur le conflit et ses victimes dans les négociations de paix entre le gouvernement colombien et les FARC. Auteure de nombreuses publications sur conflit armé colombien, les droits de l’homme, la mémoire et le genre. Invitée du programme DEA (FMSH), 2018.

La séance sera suivie d'un cocktail.
La séance est filmée et sera prochainement disponible sur la chaine Canal-U de la plateforme Violence et sortie de la violence.

Avec le concours du Centre de Recherche et de Documentation des Amériques (CREDA/IHEAL) et de l'Association CADIS International.

Détails

Séminaire

Jeudi 11 octobre 2018
16h30-18h30

Salle A3-35
FMSH | 54, bd Raspail, Paris 6

Sur inscription

Séance en espagnol

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