du 31 mai au 01 juin, 2017

Le renouveau philanthropique et les pratiques des fondations

Séances #12&13 du séminaire Le Capitalisme philanthropique : Quelle redistribution pour quel humanitaire ?

Il s’est agi d’abord de faire le lien avec l’intervention précédente d’Antoine Vacarro visant à caractériser les nouveaux philanthropes et leur volonté de réformer les pratiques pour s’adapter à la nouvelle économie, c’est-à-dire continuer de donner mais avec autant d’exigences qu’un investisseur classique. Il s’est agi aussi de présenter l’influence de la contribution de Peter Frumkin promoteur d’une philanthropie stratégique, comme dans le cas d’une entreprise et celle du cadre conceptuel pour structurer une fondation mis au point conjointement par l’Institut Marshall, la London School of Economics et la Fondation Rockfeller, cadre utilisant la « theory of the business » de Peter Drucker.

Puis il s’est agi de présenter la Fondation Carasso, une fondation familiale qui se veut stratégique. D’abord en se dotant de deux axes : l’alimentation durable et l’art citoyen ; mais aussi en explicitant ses deux métiers : la gestion du capital (stratégie d’investissement) et la gestion des programmes (stratégie de mécénat), avec l’objectif de mettre les deux en cohérence.

Madame Maradeix nous a ensuite détaillé le schéma de gouvernance, le processus de sélection des projets et les deux stratégies, d’investissement et de mécénat, réunies par le souci de l’impact, d’où l’importance accordée à sa mesure. L’illustration de cette exigence stratégique au service d’un objectif de changement nous a été donnée dans le cas du système alimentaire (sustainable food system strategy). Nous avons bien noté les exigences d’une telle approche : raisonner en programme plus qu’en projet, être systémique, mobiliser et croiser les expertises, engager un partenariat long, anticiper la « sortie » et collaborer avec les gouvernements et les agences internationales.

La fondation continue et continuera à faire des dons mais effectivement s’intéresse beaucoup à ces nouvelles dynamiques de l’entreprenariat qui amènent à raisonner aussi l’intervention en termes d’investissements, mais en concevant son rôle comme celui d’un investisseur qui accompagne.

La fondation consacre du temps et des moyens à la recherche et plus largement à la réflexion. L’année prochaine devrait être une année de capitalisation sur les expériences d’ingénierie sociale et de partenariat collaboratif, de fait acquises ; mais aussi sur ces nouvelles tendances à l’œuvre dans le monde de la philanthropie. Avec le souci, toujours stratégique, d’en dégager des nouveaux champs d’action.

Intervenante : Marie-Stéphane Maradeix / Fondation Carasso

 

Séance #13 du 1er juin : la rentabilité des entreprises sociales

J’ai présenté pour commencer les résultats d’une étude menée avec les collègues du groupe Cerise pour le compte du ministère des Affaires étrangères et du Développement international en précisant que ce n’était pas le nombre des entreprises étudiées (4) qui pouvait donner de la valeur à ces résultats mais plutôt la diversité de l’échantillon.

Ces résultats peuvent se résumer de la façon suivante :

  • Besoin indispensable d’une phase préparatoire longue (plusieurs années) et par conséquent du financement qui la permet.
  • Caractère contraignant d’une très grande rigueur de gestion (au sens large du terme) compte-tenu de la nécessité d’avoir à conquérir et maintenir un marché qui peut devenir vite concurrentiel.
  • Importance des conditions avantageuses de financement du capital de l’entreprise sociale.
  • Constat d’un modèle hybride quant aux sources de revenus, soit par un effet de péréquation, soit par des « subventions » publiques ou privées.
  • Une entreprise sociale ne peut pas se développer seule, elle a besoin d’un « écosystème » favorable, soit grâce à des politiques publiques, soit grâce à des coalitions d’acteurs.
  • La réalité de l’objectif social est déterminante, elle doit être démontrée mais elle n’est pas facile à mesurer (accès aux données, coût des enquêtes).
  • Il faut au moins 5 ans pour atteindre l’équilibre économique, qui reste de toute façon fragile.

Le collègue de l’AFD, en charge de l’entreprenariat social, a présenté l’expérience de l’Agence qui a mis en place des instruments financiers d’appui spécifiques et qui a l’ambition d’accroître son implication. En envisageant, convergence avec les résultats de l’étude, d’agir en direction des pouvoirs publics et d’apporter un appui à « l’écosystème ». En se confrontant également au « continuum » que génère un certain bouleversement des frontières entre entreprise classique et entreprise sociale. D’où l’importance, mise en évidence par le débat, de ne pas confondre le financement sur le bilan et le financement sur les activités, mais aussi de rester vigilant sur les nouvelles inégalités : il reste des populations qui ne peuvent pas être les « clients » des entreprises sociales.

Intervenants : Selvan Pajaniradja (AFD) et Marc Lévy (Gret)

 


Détails

Séminaire

FMSH | salle BS1-28 (1er sous-sol)
54, Bd Raspail | 750006 Paris

31 mai 2017 | 18h30-20h30
1er juin 2017 | 18h00-20h00

Inscription : Brigitte Dufeutrelle

Ajouter à mon agenda

 

Le séminaire Capitalisme philanthropique : Quelle redistribution pour quel humanitaire ? est organisé sous la direction de Laëtitia Atlani-Duault & Marc Lévy.

Partenaires : IRD | Cirad | Gret

Partager
Séminaire

Le Capitalisme philanthropique

Le séminaire interroge les nouvelles combinaisons entre logique de rentabilité et logique de solidarité, entre objectifs économiques et objectifs sociaux dans les pratiques d’action et de coopération de l’aide humanitaire internationale.

L’objectif est de comprendre, par une réflexion critique, tant à partir de terrains et d’objets particuliers que sur un plan conceptuel, si ces pratiques se développeront en conquérant un espace au sein du « système » sans vraiment le transformer ou bien si elles feront « système » engageant une nouvelle étape de transformation / adaptation.

Quand la directrice du FMI affirme que « trop d’inégalités nuit à la croissance »[1], quand le « bottom of the pyramid » devient un marché potentiel pour de grandes entreprises, ou quand le besoin de « croissance inclusive » fait à ce point consensus, on se dit que les temps changent et que le libéralisme a renouvelé son rapport à la redistribution.

Quand l’Etat-Providence s’essouffle à assurer les solidarités humaines et quand les philanthropes importent les méthodes du business (« Nous avons une vision entrepreneuriale », dit le directeur de la Fondation Bettencourt-Schueller[2]), on se demande s’il faut comprendre que la redistribution par le marché et les entreprises vaut mieux que celle assurée par l’Etat et l’impôt.

Un cas parfait d’application de cette pénétration de la logique et des pratiques entrepreneuriales est l’évolution du monde de l’humanitaire et du développement. Se sont ainsi généralisés : la pratique des appels d’offre et des relations contractuelles, la primauté aux projets au pas de temps court, les méthodes du « new public management » et du cadre logique, l’approche par les résultats (« results based management »), les méthodes d’évaluation d’impact avec des indicateurs de plus en plus quantitatifs malgré l’importance reconnue aux questions de gouvernance et de développement institutionnel, mais aussi, comme dans le monde des entreprises, les stratégies d’internationalisation et de grossissement des ONG. Par ailleurs, on constate aussi l’implication croissante des entreprises du secteur privé dans les problématiques de l’aide internationale. Que ce soit avec la multiplication des fondations, l’intérêt pour le « bottom of the pyramid », le « social business » ou le « marché des pauvres », avec également les principes de la « responsabilité sociale et environnementale », les « impact investments », et plus largement, la recherche de réponses adaptées aux demandes d’accès à la consommation des classes moyennes des « pays en développement », émergents ou non[3].

Une telle évolution est à l’image du bouleversement de la géopolitique mondiale, difficilement décrite en termes d’opposition entre les pays riches du Nord et les pays pauvres du Sud, compte-tenu de la montée quasi généralisée des inégalités venue perturber les frontières de la pauvreté ; mais aussi compte-tenu des pays émergents, devenus pour certains les locomotives de la croissance des richesses mondiales entrainant une forte redistribution du PIB mondial[4] ; et compte-tenu de la reconnaissance de la gravité des phénomènes environnementaux (réchauffement climatique en particulier) ayant renforcé la notion d’interdépendance entre les sociétés.

Une telle obsolescence du Nord/Sud, non pour autant synonyme d’homogénéisation du monde mais au contraire de sa plus grande fragmentation, semble cependant se traduire par des convergences nouvelles dans la recherche de modèles alternatifs de production et de consommation et, plus largement, de liens de solidarité et de modes de redistribution. Les négociations en cours dans les instances onusiennes sur la transformation des « Objectifs du millénaire pour le développement» (2000-2015) en « Objectifs du développement durable », se voulant à vocation universelle et ordonnés autour de la notion de dignité[5], en sont un signe, tout comme la multiplication des collaborations menées ces dernières années par un nombre croissant d’entreprises privées et de fondations, avec des ONGs, des Etats, des agences multilatérales ou encore des Universités.

Ce sont ces nouvelles combinaisons entre logique de rentabilité et logique de solidarité, entre objectifs économiques et objectifs sociaux dans les pratiques d’action et de coopération internationale que nous nommons, pour le moment, « capitalisme philanthropique ». La question est de savoir, par une réflexion critique, tant à partir de terrains et d’objets particuliers que sur un plan conceptuel, si ces pratiques se développeront en conquérant un espace au sein du « système » sans vraiment le transformer ou bien si elles feront « système » engageant une nouvelle étape de transformation / adaptation.

 

Programme de la deuxième "saison" | Octobre 2016 - juillet 2017

Les deux séances de la première "saison" nous ont permis de cadrer le sujet par rapport à la nouvelle géopolitique mondiale (avec Bertrand Badie) et aux évolutions du capitalisme (avec Eve Chiapello). Les trois séances suivantes ont illustré et amorcé son analyse en nous intéressant, (1) aux nouvelles philanthropies des fondations (avec Bathylle Missika) et des investisseurs (avec Gaspard Verdier) ; (2) aux pratiques du capitalisme « responsable » de Total (avec Christine Hamot) et du Point de Contact français d’application des principes de l’OCDE (avec Jean-Marie Paugam) ; (3) aux pratiques des firmes agroalimentaires à travers le cas de firmes implantées au Sénégal (avec Denis Pesche) et celui de Danone (avec Emmanuel Marchant). Pour conclure ce premier cycle, Henry de Cazotte et Christine Rossellini ont examiné la nouvelle stratégie adoptée par le Ministère français des Affaires étrangères et du Développement international pour promouvoir des nouveaux modèles d’économie sociale et inclusive.

Les évolutions « macro » du système tant économique que géopolitique et les pratiques « micro » d’une variété d’acteurs apparemment soucieux de responsabilité, d’équité, de redistribution, variété que nous réunissons pour le moment sous le vocable de philanthropie, doivent effectivement être rapprochées. Ce rapprochement est illustré par tous les questionnements qui l’accompagnent, par cette volonté de la politique française de coopération au développement de promouvoir l’économie sociale et inclusive.

Lors de la saison 2, la réflexion se poursuivra de deux façons. Tout d’abord avec trois séances de type plutôt « systémique ».

En octobre, le mercredi 26 précisément, Charles Sellen qui s’est intéressé à ces nouvelles philanthropies, décortiquera les deux termes de l’expression « capitalisme philanthropique », pour se demander quel sens on peut voir dans leur accolement. Le mardi 22 novembre, Eve Chiapello, qui conduit un séminaire parallèlement au nôtre sur la financiarisation des politiques publiques, reviendra présenter la synthèse qu’elle en a tirée et nous nous demanderons si ces nouvelles formes de philanthropie ont à voir avec cette financiarisation du monde. Le mercredi 14 décembre, Isabelle Guérin de l’IRD qui, elle aussi, conduit un séminaire concomitamment au nôtre visant à forger une grille d’analyse critique des pratiques de « business social », « d’impact investing » et du marché du « bas de la pyramide », viendra nous présenter l’état de sa réflexion.

Au cours de l’année 2017, sera étudiée la façon dont ces questions sont prises en compte et analysées dans d’autres contextes nationaux.

Découvrez le programme de la saison 1 et les séances passées.

 

Ce séminaire fermé se tient à raison de 6 séances par an, sur deux ans, à la Maison Suger (16 rue Suger 75006 Paris).

 


[1] Au cours de l’émission « L’angle éco » sur France 2 du 14/02/15.

[2] La plus importante de France avec 50 millions € de dons prévus en 2015.

[3] 80% des classes moyennes sont dans les pays à revenus intermédiaires / PRI.

[4] Le PIB des pays de l’OCDE ne représente plus que moins de 50% du PIB mondial.

[5] « La dignité pour tous d’ici à 2030 : éliminer la pauvreté, transformer nos vies et protéger la planète ». Rapport de synthèse du Secrétaire général des Nations unies sur le programme de développement durable pour l’après 2015. 04/12/14.

 

Thèmes de recherche : 
Image principale : 
Sous-titre : 

Quelle redistribution pour quel humanitaire ? [Projet terminé]

Rubrique (Parent) : 
Recherche
Programmes : 
L'humanitaire dans la globalisation
Site Type : 
Pôles : 
Imported : 
Focus : 
Le renouveau philanthropique et les pratiques des fondations
Répartition des richesses, creusement des inégalités et nouvelle "théorie" des fondations
Projet Terminé : 
Type de contenu : 
nouveau contenu
Language : 
fr
Type de programme : 
Séminaire

Voir aussi