14 avril 2016

Le capitalisme « pluriel »

Séance #4 du séminaire Le Capitalisme philanthropique Quelle redistribution pour quel humanitaire ?

Les questions liées au changement climatique, combinées aux pressions de la société civile et récemment à la baisse du prix du pétrole, ont certainement joué un rôle pour mettre la « responsabilité » au cœur des activités de Total, avec un engagement fort sur l’impact climatique et sur l’impact social. De ce point de vue, ce n’est pas de la philanthropie, disons classique, car ce sont des pratiques en lien direct avec les opérations, pour servir le développement du « business ». Il s’agit de « faire le bien » en faisant du « business », sans se substituer aux acteurs de développement mais plutôt en s’inscrivant comme partenaires. Nous avons eu des exemples du mode de dialogue avec les parties prenantes, du type de projet de développement des territoires mis en œuvre, de la façon de gérer les impacts négatifs, des innovations en matière d’accès à l’énergie, qui sont les quatre piliers du pôle sociétal.

Face à la mondialisation qui déséquilibre les rapports de force entre le capital et le travail, face aux drames de l’environnement, la « responsabilité sociétale et environnementale » poursuit une dynamique forte en s’intégrant dans le cœur du « business » des entreprises. En France on pratique une voie médiane entre l’impératif moral et l’obligation juridique et pour ce qui est de la mise en œuvre, on promeut la « diligence raisonnable » en cherchant encore des arguments convaincants pour lier la RSE et la performance. Le PCN, par sa composition tripartite (administration, syndicat, patronat), régule par l’information et la médiation, l’application des principes de l’OCDE incitant les entreprises à contrôler leur impact. C’est un parfait exemple de l’intérêt des pratiques de « soft law » face aux saisines déposées contre les entreprises par les syndicats et les ONG (25 depuis de le début, environ 4/an). Un tiers débouche sur des solutions mais il n’y a ni réparation, ni indemnisation, il s’agit surtout de mettre un terme au trouble constaté et de faire reconnaître le droit.

Détails

Séminaire

14 avril | 17H00

Maison Suger

Entrée sur inscription

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Intervenants

Christine Hamot, Déléguée Sociétal à la direction du Développement Durable & Environnement de Total
Jean-Marie Paugam, Direction du Trésor, Président du « Point de Contact National / PCN»

 

Le séminaire Capitalisme philanthropique : Quelle redistribution pour quel humanitaire ? est organisé sous la direction de Laëtitia Atlani-Duault & Marc Lévy.

Partenaires : IRD | Cirad | Grets

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Séminaire

Le Capitalisme philanthropique

Le séminaire interroge les nouvelles combinaisons entre logique de rentabilité et logique de solidarité, entre objectifs économiques et objectifs sociaux dans les pratiques d’action et de coopération de l’aide humanitaire internationale.

L’objectif est de comprendre, par une réflexion critique, tant à partir de terrains et d’objets particuliers que sur un plan conceptuel, si ces pratiques se développeront en conquérant un espace au sein du « système » sans vraiment le transformer ou bien si elles feront « système » engageant une nouvelle étape de transformation / adaptation.

Quand la directrice du FMI affirme que « trop d’inégalités nuit à la croissance »[1], quand le « bottom of the pyramid » devient un marché potentiel pour de grandes entreprises, ou quand le besoin de « croissance inclusive » fait à ce point consensus, on se dit que les temps changent et que le libéralisme a renouvelé son rapport à la redistribution.

Quand l’Etat-Providence s’essouffle à assurer les solidarités humaines et quand les philanthropes importent les méthodes du business (« Nous avons une vision entrepreneuriale », dit le directeur de la Fondation Bettencourt-Schueller[2]), on se demande s’il faut comprendre que la redistribution par le marché et les entreprises vaut mieux que celle assurée par l’Etat et l’impôt.

Un cas parfait d’application de cette pénétration de la logique et des pratiques entrepreneuriales est l’évolution du monde de l’humanitaire et du développement. Se sont ainsi généralisés : la pratique des appels d’offre et des relations contractuelles, la primauté aux projets au pas de temps court, les méthodes du « new public management » et du cadre logique, l’approche par les résultats (« results based management »), les méthodes d’évaluation d’impact avec des indicateurs de plus en plus quantitatifs malgré l’importance reconnue aux questions de gouvernance et de développement institutionnel, mais aussi, comme dans le monde des entreprises, les stratégies d’internationalisation et de grossissement des ONG. Par ailleurs, on constate aussi l’implication croissante des entreprises du secteur privé dans les problématiques de l’aide internationale. Que ce soit avec la multiplication des fondations, l’intérêt pour le « bottom of the pyramid », le « social business » ou le « marché des pauvres », avec également les principes de la « responsabilité sociale et environnementale », les « impact investments », et plus largement, la recherche de réponses adaptées aux demandes d’accès à la consommation des classes moyennes des « pays en développement », émergents ou non[3].

Une telle évolution est à l’image du bouleversement de la géopolitique mondiale, difficilement décrite en termes d’opposition entre les pays riches du Nord et les pays pauvres du Sud, compte-tenu de la montée quasi généralisée des inégalités venue perturber les frontières de la pauvreté ; mais aussi compte-tenu des pays émergents, devenus pour certains les locomotives de la croissance des richesses mondiales entrainant une forte redistribution du PIB mondial[4] ; et compte-tenu de la reconnaissance de la gravité des phénomènes environnementaux (réchauffement climatique en particulier) ayant renforcé la notion d’interdépendance entre les sociétés.

Une telle obsolescence du Nord/Sud, non pour autant synonyme d’homogénéisation du monde mais au contraire de sa plus grande fragmentation, semble cependant se traduire par des convergences nouvelles dans la recherche de modèles alternatifs de production et de consommation et, plus largement, de liens de solidarité et de modes de redistribution. Les négociations en cours dans les instances onusiennes sur la transformation des « Objectifs du millénaire pour le développement» (2000-2015) en « Objectifs du développement durable », se voulant à vocation universelle et ordonnés autour de la notion de dignité[5], en sont un signe, tout comme la multiplication des collaborations menées ces dernières années par un nombre croissant d’entreprises privées et de fondations, avec des ONGs, des Etats, des agences multilatérales ou encore des Universités.

Ce sont ces nouvelles combinaisons entre logique de rentabilité et logique de solidarité, entre objectifs économiques et objectifs sociaux dans les pratiques d’action et de coopération internationale que nous nommons, pour le moment, « capitalisme philanthropique ». La question est de savoir, par une réflexion critique, tant à partir de terrains et d’objets particuliers que sur un plan conceptuel, si ces pratiques se développeront en conquérant un espace au sein du « système » sans vraiment le transformer ou bien si elles feront « système » engageant une nouvelle étape de transformation / adaptation.

 

Programme de la deuxième "saison" | Octobre 2016 - juillet 2017

Les deux séances de la première "saison" nous ont permis de cadrer le sujet par rapport à la nouvelle géopolitique mondiale (avec Bertrand Badie) et aux évolutions du capitalisme (avec Eve Chiapello). Les trois séances suivantes ont illustré et amorcé son analyse en nous intéressant, (1) aux nouvelles philanthropies des fondations (avec Bathylle Missika) et des investisseurs (avec Gaspard Verdier) ; (2) aux pratiques du capitalisme « responsable » de Total (avec Christine Hamot) et du Point de Contact français d’application des principes de l’OCDE (avec Jean-Marie Paugam) ; (3) aux pratiques des firmes agroalimentaires à travers le cas de firmes implantées au Sénégal (avec Denis Pesche) et celui de Danone (avec Emmanuel Marchant). Pour conclure ce premier cycle, Henry de Cazotte et Christine Rossellini ont examiné la nouvelle stratégie adoptée par le Ministère français des Affaires étrangères et du Développement international pour promouvoir des nouveaux modèles d’économie sociale et inclusive.

Les évolutions « macro » du système tant économique que géopolitique et les pratiques « micro » d’une variété d’acteurs apparemment soucieux de responsabilité, d’équité, de redistribution, variété que nous réunissons pour le moment sous le vocable de philanthropie, doivent effectivement être rapprochées. Ce rapprochement est illustré par tous les questionnements qui l’accompagnent, par cette volonté de la politique française de coopération au développement de promouvoir l’économie sociale et inclusive.

Lors de la saison 2, la réflexion se poursuivra de deux façons. Tout d’abord avec trois séances de type plutôt « systémique ».

En octobre, le mercredi 26 précisément, Charles Sellen qui s’est intéressé à ces nouvelles philanthropies, décortiquera les deux termes de l’expression « capitalisme philanthropique », pour se demander quel sens on peut voir dans leur accolement. Le mardi 22 novembre, Eve Chiapello, qui conduit un séminaire parallèlement au nôtre sur la financiarisation des politiques publiques, reviendra présenter la synthèse qu’elle en a tirée et nous nous demanderons si ces nouvelles formes de philanthropie ont à voir avec cette financiarisation du monde. Le mercredi 14 décembre, Isabelle Guérin de l’IRD qui, elle aussi, conduit un séminaire concomitamment au nôtre visant à forger une grille d’analyse critique des pratiques de « business social », « d’impact investing » et du marché du « bas de la pyramide », viendra nous présenter l’état de sa réflexion.

Au cours de l’année 2017, sera étudiée la façon dont ces questions sont prises en compte et analysées dans d’autres contextes nationaux.

Découvrez le programme de la saison 1 et les séances passées.

 

Ce séminaire fermé se tient à raison de 6 séances par an, sur deux ans, à la Maison Suger (16 rue Suger 75006 Paris).

 


[1] Au cours de l’émission « L’angle éco » sur France 2 du 14/02/15.

[2] La plus importante de France avec 50 millions € de dons prévus en 2015.

[3] 80% des classes moyennes sont dans les pays à revenus intermédiaires / PRI.

[4] Le PIB des pays de l’OCDE ne représente plus que moins de 50% du PIB mondial.

[5] « La dignité pour tous d’ici à 2030 : éliminer la pauvreté, transformer nos vies et protéger la planète ». Rapport de synthèse du Secrétaire général des Nations unies sur le programme de développement durable pour l’après 2015. 04/12/14.

 

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Quelle redistribution pour quel humanitaire ? [Projet terminé]

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Le renouveau philanthropique et les pratiques des fondations
Répartition des richesses, creusement des inégalités et nouvelle "théorie" des fondations
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