22 novembre 2016

Relations entre la financiarisation et les politiques publiques

Séance #3 du séminaire Le Capitalisme philanthropique Quelle redistribution pour quel humanitaire ?

La présentation s’appuyait sur les séances d’un séminaire consacré aux relations entre la financiarisation et les politiques publiques. Elle en était, en quelque sorte, le résumé de la synthèse des séances écoulées.

L’approche privilégiée dans ce séminaire s’affirme doublement « matérialiste » car elle concerne à la fois l’organisation des circuits de financement (et donc le poids du capital) et les dispositifs techniques mobilisés.

Quant à la financiarisation qu’il s’agit d’analyser, elle ne désigne pas comme classiquement la transformation macro-économique du capitalisme mais la colonisation des dispositifs de gestion et des instruments politiques par une approche, des techniques et un regard financier. L’articulation étudiée entre la financiarisation et les politiques publiques est celle de la fabrication de politiques publiques avec les outils de la finance, tout particulièrement dans des domaines jusqu’alors à l’écart du monde financier. La financiarisation peut alors se voir comme une nouvelle façon de penser l’action publique, en particulier dans ses façons d’intervenir sur les acteurs privés.

La financiarisation est alors un processus qui consiste à transformer un problème qui n’a rien à voir avec la finance en un problème manipulable par les acteurs financiers, c’est-à-dire le plus souvent en quelque chose dans lequel il est possible d’investir. Ce processus est aussi ce qu’elle désigne comme « travail de financiarisation », un travail qui représente une mobilisation considérable de compétences, d’intelligences, qui exige la création d’innombrables textes, standards, outils, dispositifs, mesures.

Madame Chiapello nous a détaillé quelques-unes des étapes de ce travail de financiarisation, parmi lesquelles on peut citer : la production de « retours sur investissement » grâce à la requalification d’externalités sous forme de capital immatériel ; la fabrication de nouveaux actifs (traduction financière de la notion de capital) et de nouveaux passifs (traduction financière de l’idée de risque)  qui peuvent possiblement aller jusqu’à devenir de nouveaux objets dans la comptabilité ; la fabrication de titres permettant de vendre ces actifs et d’obtenir des fonds en échanges, ou encore l’utilisation d’argent public pour créer des rendements financiers (par exemple via des réductions fiscales ou des paiements aux résultats).

C’est ainsi, nous a-t-elle dit en conclusion, que semble se fabriquer une « utopie financiarisée » dans laquelle le capitalisme cherche à internaliser les externalités et à se prévaloir d’une efficacité supérieure dans le traitement des causes sociales et environnementales.

Détails

Séminaire

Maison Suger

22 novembre | 17h00

Entrée sur inscription

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Intervenants :

Eve Chiapello, EHESS

 

Le séminaire Capitalisme philanthropique : Quelle redistribution pour quel humanitaire ? est organisé sous la direction de Laëtitia Atlani-Duault & Marc Lévy.

Partenaires : IRD | Cirad | Grets

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