03 mai 2016

Le capitalisme « pluriel »

Séance #5 du séminaire Le Capitalisme philanthropique Quelle redistribution pour quel humanitaire ?

Pour illustrer cette hypothèse de la coexistence de plusieurs formes de production et d’insertion dans un territoire au sein d’un ensemble national, Denis Pesche a présenté de façon originale et stimulante, un projet de recherche en cours d’élaboration qui vise à comparer les dynamiques d’implantation de firmes privées sur plusieurs continents, en s’intéressant particulièrement à l’agro-alimentaire mais également à des investissements miniers et en infrastructures urbaines.

Ce futur projet s’inspire d’un premier travail de comparaison entre les cas de trois firmes installées dans une même zone au Sénégal, le Delta du fleuve Sénégal. La Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS), implantée de longue date ; la Senhuile, plus récente, qui ambitionnait de produire des agro-carburants (pour finalement produire du riz, du maïs et du soja), mobilisant des capitaux étrangers (italiens pour une part) et sénégalais, et qui a connu des difficultés d’acceptation locale avant de pouvoir s’installer en 2013 ; la West Africa Farm, productrice de produits maraîchers pour l’export, avec des capitaux anglais et sud-africains qui a su mieux négocier avec les populations son ancrage local. Il s’agit d’analyser entre autres, les nouvelles coalitions d’acteurs qui soutiennent ou, au contraire, s’opposent à ces installations ; les modèles de développement et notamment l’incidence des choix techniques sur l’emploi généré localement ; la coexistence de ces formes d’exploitations mobilisant des capitaux extérieurs avec les formes dominantes d’agriculture familiale ; les phénomènes de reconfiguration de l’action publique que ces situations illustrent avec une multiplication des niveaux de gouvernance. Ce projet, à travers cette comparaison large, interrogera les adaptations/transformations des projets d’investissements et leur « négociation » avec les populations et leurs représentants comme marqueurs de transformations du capitalisme dans ses modes de faire.

Emmanuel Marchant a livré avec une sincérité très appréciée, le cas de Danone, grande firme multinationale, engagée dans de nombreuses implantations dans les pays émergents et depuis 2007 dans le « social business », au nom de sa volonté de s’adresser à « tout le monde » et d’évoluer vers une « neutralité carbone » en 2050. La fonction de « laboratoire » des projets de Danone Communities en « social business » et de Livelihoods en « financement carbone », produit des idées fortes sur les conditions de la pérennité, sur l’intérêt des solutions hybrides en matière de financement, sur les sources d’une croissance durable, sur la mobilisation des individus versus celle des institutions, et sur le défi du changement d’échelle pour atteindre l’impact nécessaire. Le point important c’est que ces idées font bouger Danone, on passe « de l’alibi à l’impact », il ne s’agit pas seulement de coexistence mais d’une réelle influence de ces projets inclusifs et « zéro carbone » sur la stratégie de la firme et la façon de faire du « business ».

Détails

Séminaire

3 mai | 16H00

CIRAD
42, rue Scheffer, 75016 Paris

Entrée sur inscription

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Intervenants :

Denis Pesche (CIRAD),
Emmanuel Marchant (DANONE)

 

Le séminaire Capitalisme philanthropique : Quelle redistribution pour quel humanitaire ? est organisé sous la direction de Laëtitia Atlani-Duault & Marc Lévy.

Partenaires : IRD | Cirad | Grets

 

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