01 avril 2016

Réplique de la violence, réplique à la violence. Traumatismes iconiques à l’âge de l’Internet-meme

Intervention de Andrea Pinotti (Università degli studi di Milano)

L’image a toujours été reproductible. Dès les techniques préhistoriques de l’empreinte, répliques et copies ont toujours été possibles.

Pourtant, pendant ces dernières années, l’internet et les plateformes des “social networks” nous ont habitués à une réplication infinie et incontrôlée des images, à une véritable prolifération de l’iconosphère, que l’on caractérise souvent comme « bombardement ». Cette formulation tirée du champ métaphorique militaire peut presque être prise à la lettre quand l’on considère qu’une partie énorme des images qui circulent appartient au domaine traumatique de la violence et de la guerre. Mais le clonage indéfini des stimuli iconiques – qui se manifeste par excellence dans les dits « internet-memes » – aboutit maintes fois à une forme d’anesthésie qui finit par obnubiler et neutraliser la conscience critique et la réaction émotionnelle face aux images de violence. Il y a quand même des exceptions, qui réagissent à cette obnubilation et exploitent le jeu étroit qui s’ouvre entre la réplique en tant que réplication et la réplique en tant qu’objection.

Si en 1935 Walter Benjamin avait opposé à l’esthétisation de la politique une politisation de l’art qui devait se fonder sur la reproduction mécanique des images, aujourd’hui il s’agit plutôt de prendre en charge la désensibilisation provoquée par cette reproduction afin de vérifier la possibilité d’espaces résistants de politisation de l’iconique infiniment répliqué capables d’ouvrir à une re-sensibilisation du regard.

Andrea Pinotti est professeur à l'Université de Milan, où il enseigne l'esthétique et la théorie de l'art dans le département de philosophie. Il a été fellow auprès de plusieurs prestigieuses institutions de recherche internationales (Italian Academy New York, EHESS Paris, Warburg Institut Londres...). Il est directeur de programme au Collège International de Philosophie où il développe un projet sur le  "Monument Nonument. Politique de l'image mémorielle, esthétique de la mémoire matérielle". Parmi ses publications plus récentes, Empatia. Histoire d’une idée de Platon au posthumain (Vrin, 2016).

 


Le cycle de conférences Pouvoirs des images / Images de pouvoir, organisé sous la direction de Sara Guindani, se propose d'aborder le sujet du pouvoir des images selon une double perspective :

  • la manière dont le pouvoir est crée, véhiculé et légitimé par des images – l'étude de Louis Marin sur le "portrait du roi" reste une référence à ce sujet.
  • les pouvoirs intrinsèques d'une image – la progression de l’iconoclastie et la remise en question de la liberté d’expression font écho à ce sentiment de menace exercée par les images.

Les deux aspects de cette perspective soulèvent la question du rôle des images, de leur interprétation, des conditions de leur circulation dans un espace « globalisé » qui reste encore en grande partie indéfini et dont les effets sont souvent imprévisibles.

L’oscillation des images entre une sauvegarde du pouvoir institué et leur capacité d’insoumission sera le fil rouge de ce cycle de conférences.


Détails

Lieu : Le France
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Conférence