25 mars 2016

La guerre des images : la panique du visuel

Intervention de Giovanna Borradori (Vassar College, New York)

La “panique du visuel” se fonde sur le fait que les images, en particulier les photographies, nous lancent toujours déjà un appel bien spécifique. Il arrive qu’elles nous appellent de façon familière et rassurante, et confirment ainsi les attentes, souvent idéalisées, que nous avons de nous-même. Il arrive aussi, lorsqu’elles nous perturbent, nous semblent graphiques, ou nous posent un problème d’éthique, qu’elles nous interpellent, c’est-à-dire qu’elles questionnent qui nous pensons être. Il s’en suit que, lorsque nous regardons une image, ce que nous pensons voir inscrit dans sa surface est en réalité un déplacement de cette interpellation.

Qu’elles nous aident à confirmer qui nous pensons être ou qu’elles nous perturbent, les images nous tiennent captifs, ou même nous prennent en otage, et nous façonnent en des communautés de spectateurs.

Giovanna Borradori est professeur au Vassar College de New York. Elle est spécialiste de philosophie continentale et d'esthétique, ses recherches ont porté sur les questions liées à la violence et au terrorisme. Parmi ses publications en relation avec ces thèmes, nous rappelons le dialogue avec Jacques Derrida et Jürgen Habermas recueilli dans le livre Le Concept du 11 septembre (Galilée, 2003).

 


Le cycle de conférences Pouvoirs des images / Images de pouvoir, organisé sous la direction de Sara Guindani, se propose d'aborder le sujet du pouvoir des images selon une double perspective :

  • la manière dont le pouvoir est crée, véhiculé et légitimé par des images – l'étude de Louis Marin sur le "portrait du roi" reste une référence à ce sujet.
  • les pouvoirs intrinsèques d'une image – la progression de l’iconoclastie et la remise en question de la liberté d’expression font écho à ce sentiment de menace exercée par les images.

Les deux aspects de cette perspective soulèvent la question du rôle des images, de leur interprétation, des conditions de leur circulation dans un espace « globalisé » qui reste encore en grande partie indéfini et dont les effets sont souvent imprévisibles.

L’oscillation des images entre une sauvegarde du pouvoir institué et leur capacité d’insoumission sera le fil rouge de ce cycle de conférences.

La prochaine conférence :

Réplique de la violence, réplique à la violence.
Traumatismes iconiques à l’âge de l’ « Internet-meme »

Andrea Pinotti (Università degli studi di Milano)
1er avril | FMSH - Salle à confirmer

 


Détails

Lieu : Le France
Localisation : Salle 3
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Conférence