12 janvier 2016

S’installer en zone périurbaine

Stratégies résidentielles et position sociale

Séminaire du GRETS avec Josette Debroux, Maître de conférences en sociologie à l’Université Lyon-2, membre de l’équipe Modes, espaces et processus de socialisation du Centre Max Weber (UMR 5283). Ses travaux portent notamment sur les migrations vers l’« espace rural isolé » et les mobilités résidentielles vers les espaces périurbains..

La séance sera introduite par Elodie Merle (EDF R&D).

Ce séminaire porte sur la question du choix résidentiel dans les zones périurbaines. Cette question, fortement traversée ces dernières années par le débat public autour des « fractures territoriales », intéresse tout particulièrement EDF : en tant qu’interlocuteur commercial des collectivités territoriales concernées, se devant de mieux connaître ces ménages résidants d’un habitat pavillonnaire périurbain, souvent touchés par le « coût résidentiel » de leur localisation.
Espaces de promotion des « nouvelles classes moyennes » salariées dans les années soixante-dix, les zones périurbaines seraient devenues dans les années 1990, des espaces de « repli » pour des « classes moyennes » hantées par le déclassement.
Les travaux sur les « trajectoires résidentielles » ont cherché à rendre compte des « motivations »ou des déterminants qui conduisent les individus à privilégier tel type de logement, telle localisation, tel statut d’occupation, les trois dimensions étant interdépendantes dans la configuration d’un parc immobilier donné. Les choix résidentiels dépendent du contexte de l’état du marché immobilier et des politiques du logement favorisant tel ou tel segment, mais également des propriétés sociales des individus, de leur socialisation qui influe sur leur préférence.

Mais ces choix ne peuvent se comprendre indépendamment de ce qui se joue dans les autres sphères de la vie sociale, en particulier celles du travail, de la famille et des liens familiaux. Parce que la position résidentielle contribue à définir la position sociale de l’individu, le choix résidentiel peut être étudié en lien avec les appartenances sociales.

Si les travaux d’inspiration structuraliste ont montré les liens étroits qu’entretiennent positions résidentielle et sociale, l’importance des atouts détenus conditionnant fortement la position résidentielle (statut d’occupation, type de logement, localisation), d’autres travaux tout aussi nombreux ont montré que l’ordre résidentiel n’est pas le strict reflet de l’ordre social, et qu’il recoupe imparfaitement la hiérarchie des ressources Une enquête menée auprès de ménages installés entre 1996 et 2008 dans deux communes périurbaines de Grenoble révèle cependant une diversité de trajectoires sociales qui correspondent à des rapports différenciés à l’espace résidentiel. Alors que les individus en situation de mobilité ascendante mais peu assurés dans leur nouvelle position accèdent rapidement à la maison individuelle après la stabilisation de leur situation conjugale et professionnelle en choisissant l’espace périurbain, évitant le sur-classement, les individus en situation de déclassement ou qui n’ont pu accéder à la position sociale espérée par leurs parents cherchent à faire correspondre leur position résidentielle à leur catégorie de référence.
L’inscription dans la sphère résidentielle diffère ainsi fortement selon les trajectoires sociales : alors que les premiers se tiennent à l’écart de la vie locale pour « être tranquilles », les seconds investissent fortement la maison pour les plus populaires ou la vie locale pour les plus dotés en capital culturel.


Références

Debroux J., « Division sociale de l'espace : une spécialisation socio-spatiale relative ? », in Aux marges de la ville Paysages, sociétés, représentations Sous la direction de Sophie Bouffier, Claude-Isabelle Brelot et Denis Menjot, Paris, l’Harmattan, 2015, pp. 205/217

Debroux J., « S’assurer une position résidentielle en zone périurbaine : des pratiques résidentielles marquées par l’origine, la trajectoire sociale et les perspectives de mobilité professionnelle », Regards sociologiques, n°45/45, 2013, pp. 209/223.

Debroux J., « Pourquoi s’installer en zone périurbaine ? Une explication par les trajectoires sociales », Métropolitiques, 15 novembre 2013. URL : http://www.metropolitiques.eu
Debroux J., « Accéder à la maison individuelle en zone périurbaine : passé résidentiel, position dans le cycle de vie et sphères d’identification », Métropoles [En ligne], le 15 mai 2012, URL : http://metropoles.revues.org/4505

Debroux J., « Stratégies résidentielles et position sociale : l'exemple des localisations périurbaines », Espaces et sociétés, 2011, n° 144-145, pp. 121-139.

Détails

Lieu : La Maison Suger

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