28 mai 2015

Intermédiaires, médiateurs, traducteurs ? Catégoriser les acteurs des espaces d’interaction sino-africains

Journée d’étude ANR EsCA en partenariat avec le German Institute of Global and Area Studies, Hamburg

Coordination scientifique : F. Bourdarias (Université de Tours/ ANR EsCA), A. Galitzine-Loumpet (ANR EsCA), L. Marfaing (GIGA)

Diffusion en streaming sur http://www.archivesaudiovisuelles.fr/

Argument

Les publications sur les relations entre la Chine et les pays africains se sont multipliées ces dernières années. Pourtant, lorsqu’il s’agit  de désigner et de situer les acteurs impliqués, chinois ou africains, la plupart des auteurs privilégient la sphère de l’économique :  entrepreneurs, commerçants, courtiers, employeurs et salariés, intermédiaires… autant de figures dont les interdépendances doivent être placées au centre de l’analyse et corrélées à d’autres paramètres.

D’autres éléments peuvent en effet  être pris en considération. Citons entre autres les stratégies individuelles de formation ou de reconversion des employés ou des étudiants, les formes d’investissement des nouveaux espaces de mobilité  et de légitimation sociales qui s’ouvrent tant en Chine que dans les pays africains, l’appui d’éventuels réseaux, professionnels et/ou familiaux.

La diversité des pratiques observables  peut être mise en relation, pour les expatriés,  avec la durée du séjour et les modes d’intégration dans le pays d’implantation ; dans certains cas avec les formes de juxtaposition de différents champs d’activités, dans tous les cas, avec le degré de maîtrise de la langue des partenaires étrangers.

En prélude à son colloque final, le programme ANR EsCA souhaite ouvrir la réflexion sur ces catégorisations afin de contribuer, à terme, à un renouvellement des outils descriptifs et conceptuels.

Programme

Matinée – Discutant : Antoine Kernen (Université de Lausanne)

9h30 – Ouverture par Jean-Pierre Dozon (Directeur scientifique)

9h 45 – Karsten Giese (Giga Hamburg)  Chinese traders in West Africa: Colonizers or migrants? Settlers or sojourners? Transnationals or displaced persons?

It has always been a difficult task to grasp the nature of any form of spatial mobility in conceptual or categorical terms ever since. The recent presence of Chinese traders and their employees across the African continent has not helped to solve this problem. A closer investigation into the social realities of these agents of globalization from below rather adds to the existing ambigguity. Drawing on several waves of qualitative research since 2011 I will discuss how (un)fitting existing categories are for grasping the nature of the various states of inbetweenness of these Chinese in Africa.

10h15-  Françoise Bourdarias  (UMR CITERES Université de Tours; CESSMA) Elites maliennes formées en Chine : les définitions de l’Etat et du “bien public”

Les diplômés maliens formés en Chine se réfèrent couramment à un groupe d’appartenance qui les distingue des diplômés issus d’autres universités étrangères (occidentales ou africaines) ou locales.Déjà réunis au sein d’une « Amicale des anciens étudiants en Chine », ils ont récemment entrepris de se constituer en association. Je propose dans cette communication d’interroger le processus de construction de cette identité commune ainsi que les représentations de la société chinoise qui lui sont liées.J’utiliserai des matériaux recueillis en 2007 – 2010 concernant des ingénieurs et techniciens, puis en 2012-2014 concernant des médecins (médecine conventionnelle et médecine chinoise), tous  formés en Chine entre 1980 et 2000. Ces diplômés constituent un groupe très  hétérogène lorsque l’on considère leurs trajectoires professionnelles ainsi que les relations nouées avec les entreprises chinoises implantées au Mali et avec leurs cadres expatriés. Ces disparités contribuent à orienter les évaluations, parfois sévères,  de la présence chinoise au Mali et du comportement des migrants. Cependant il semble que la plupart partagent une même conception du « bien public », du rôle de l’État. L’État chinois est alors constitué en modèle. Ils se considèrent par ailleurs comme les membres d’une « nouvelle élite » fondée sur le mérite, issue de couches déshéritées de la société malienne et écartée du pouvoir par les élites « traditionnelles » corrompues et en voie de délégitimation.

10h45 – Pause Café

11h- Laurence Marfaing (GIGA, Hamburg) La Chine, une escale dans les stratégies des hommes et femmes d’affaires ou une migration sud-sud ?

Notre groupe de recherche a apporté son point de vue aux études existant sur les organisations des entrepreneurs africains en Chine en nous concentrant nous aussi sur la sphère économique : catégorisation des acteurs de par leurs activités entrepreneuriales et commerciales certes. Cependant, nous voulions aussi par là établir des différences de stratégies entre les nouveaux arrivés dans cette activités et les commerçants issus de générations de commerçants africains et constater le maintien de réseaux qui se tissent sur leurs parcours d’affaires entre le monde occidental, les plaques tournantes que sont devenus Istanbul, Dubaï, Bangkok, Hong Kong etc.. et la Chine. C’est-à-dire que nous avons re-contextualisé cette présence africaine dans la longue durée des hommes et femmes d’affaires africains, pour ma part à l’exemple du Sénégal, de par le monde.

Cette présentation se concentrera sur le rôle des réseaux commerçants mais surtout familiaux dans l’espace d’activités « Chine », une escale parmi d’autres dans les parcours. Ceci, entre autres, nous permettra d’aborder la thématique de nombreuses études portant sur « les migrations sud-sud » ou sur « la Chine, comme une alternative à la migration en Europe » (Gosh 2010, Kaiyu Shao 2012, Cissé 2013) pour la déconstruire. 

11h30- Thibaut Curmi (doctorant Sciences Po) Etudiants africains de Wuhan : trajectoires individuelles et cohérences collectives.

Un terrain mené à Wuhan en décembre 2014 et janvier 2015 a été l’occasion de pénétrer dans les différentes strates du groupe des étudiants africains, présenté et perçu en Chine comme un groupe homogène. Deux phénomènes se profilent. D’une part les mobiles individuels du choix de la formation en Chine semblent trouver une cohérence d’ensemble dans le type de relation entretenu entre le pays Africain d’origine et la Chine. L’homogénéité du groupe des étudiants africains doit donc être remise en question. D’autre part, ces agrégats nationaux divergent fortement entre eux et offrent un panorama des relations sino-africaines contrasté. On y descelle à la fois des logiques contemporaines de formation de main-d’œuvre pour les entreprises chinoises implantées en Afrique, et des logiques plus anciennes de formation d’une élite politico-administrative pour les gouvernements africains.

12h – Débat

13-14 h – Déjeuner

Après-midi. Discutant : Eric Florence (Université de Liège)

14h–   Xavier Auregan (Université Paris Ouest-Nanterre) Les commerces chinois et leurs intermédiaires au Sénégal et en Côte d’Ivoire

Les dizaines de commerces chinois implantés à Dakar, à Abidjan et plus généralement en Afrique de l’Ouest francophone disposent, dans leur majorité, d’employés nationaux établissant ce lien entre clients et commerçants, en l’occurrence, de nationalité chinoise. Indispensables lorsque le commerçant asiatique ne parle pas ou peu français, ces « petits ambassadeurs », ces négociateurs, ces médiateurs, ces entre-deux du commerce chinois jouent toujours un rôle substantiel dans les relations, les négociations et la compréhension mutuelle entre Sénégalais, Ivoiriens et Chinois. En cela, leur rôle et statut dépasse leur simple fonction d’employé, informel dans la plupart des cas. Traduisant ici, négociant là, ils se font le relai des clients comme du vendeur chinois, mais assurent également ce lien entre deux « mondes » puisque répondant, pour partie, à certaines critiques locales adressées à cette « Chine » plurielle, hétérogène et indistincte. Dans un premier temps, une description sera faite des Chinamarkets abidjanais et dakarois, avec leurs commerces de « made in China par terre », mais surtout des hommes et femmes employés par ces ressortissants chinois. Dans un second temps, à l’échelle de ces deux capitales – économique pour Abidjan, économique et politique pour Dakar –, l’attention sera portée sur d’autres intermédiaires engagés d’une manière ou d’une autre auprès de la « communauté » chinoise de ces deux territoires. En guise de conclusion, un regard plus analytique sera proposé sur la thématique de la journée d’étude et sur les communautés chinoises dans ces États ouest-africains.

14h30 Alexandra Galitzine-Loumpet (ANR EsCA /FMSH) Se faire entendre. Compétences linguistiques et représentations culturelles (exemples camerounais)

Des entretiens menés  à Yaoundé et à Paris en 2012 et 2014 auprès de camerounais parlant chinois qu’ils aient été formés en Chine ou qu’ils aient appris la langue chinoise au Cameroun, soulignent l’interdépendance, pourtant non exclusive,  entre diversification professionnelle et compétence linguistique. Au-delà de cette quasi-évidence demeure la question de la maitrise de la langue, réelle ou proclamée, de la création d’un parler lui-même intermédiaire plus ou moins spécialisé, des attentes et imaginaires supposés de cette maitrise, de l’entregent individuel mais aussi de ces limites.    D’autres caractéristiques de connaissance, d’expérience ou de statut doivent ainsi être prises en compte (durée du séjour en Chine, formation, alliances matrimoniales..), afin d’évaluer plus précisément compétences et trajectoires et contribuer à préciser différentes catégories d’actions et d’acteurs, mais aussi de façon plus large, les représentations de la Chine.

15h15– Pause thé

15h30 – Olivia Anani (curatrice indépendante)  « A Compatibility Between Value Systems »: Repenser le dialogue Afrique(s) – Asie(s) par l’art contemporain 

Alors que la production artistique du continent et de la diaspora africaine s’impose à l’international, le projet FAST FORWARD se présente comme une occasion de faire dialoguer par l’art contemporain l’Afrique et l’Asie, en commençant par la Chine, cette première puissance économique du XXIe siècle et premier partenaire économique d’un continent en pleine transformation. Il s’agit de remettre en cause une conception des relations entre ces aires géographiques multiples, qui soit uniquement basée sur la politique, l’économie et la philanthropie. 

Inspirée par les textes de l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ, l’exposition se construit comme un «rite de passage» urbain, qui pousse le spectateur à déambuler dans les rues de Lagos, Johannesburg, Paris et Port of Spain, à la recherche des clés de compréhension d’une entité évanescente, multi- formes, existant simultanément sur plusieurs continents et dans plusieurs cultures… 

16h – Kathryn Batchelor et Catherine Gilbert  (Université de Nottingham, UK) Soft Power, Translation and Agency: Exploring 21st Century Sino-African Dynamics

In the context of China’s ever-increasing involvement with Africa and of the competing and conflicting discourses that surround that involvement, this paper presents findings from an AHRC project exploring contemporary Sino-African dynamics through the prism of cultural exchange and translation. Firstly, using frameworks that outline connections between translation import/export patterns and power relations, such as those developed by Itamar Even-Zohar, Richard Jacquemond, José Lambert and Lawrence Venuti, the paper summarizes literary translation imports and exports between China and Africa between the years 2000 and 2014 and assesses the extent to which the patterns that emerge are characteristic of north-south or south-south exchange patterns, and thus how far they support or counter the official discourse put forward by Chinese and African governments, which casts the relationship as one of south-south co-operation. At the same time, the paper examines the actors involved in the translation process, in order to determine who decides what is to be translated and for what reasons. This will enable us to understand at what level the decisions are being made and how they correspond to the soft power strategies of the respective governments. Secondly, drawing on a number of examples of literary translations into Chinese that do not conform to the usual patterns governing translation selection, the paper suggests that translation can represent an important, if often overlooked, soft power tool, offering significant media opportunities for conveying a positive intercultural relations image, even if the translations themselves do not enjoy huge success in the target culture. By exploring the processes through which these translations came to be published in Chinese and contextualizing them within patterns of agency in translation selection more generally, the paper argues that these instances of soft power translation point to imbalances in the Sino-African relationship, in contrast with official discourses that stress equality and mutual benefit.

16h45 – Débat

17h30 – Fin des travaux

Détails

Lieu : Le France
Localisation : Salle CNRS 640

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