du 15 au 16 septembre 2017

Masculinités socialistes. Les hommes en Europe de l’Est – ruptures, transformations et continuités au XXe siècle

Workshop international les 15 & 16 septembre 2017

Ce workshop international est organisé avec le soutien de la FMSH dans le cadre du programme d'invitation d'intervenants étrangers à des manifestations scientifiques. Il se déroulera les 15 et 16 septembre sur différents site de l'EHESS.

 

Historiens, sociologues, politistes et anthropologues s’intéressent depuis plusieurs décennies à l’histoire des femmes sous le socialisme en Europe de l’Est et en Europe centrale. Ils ont observé la transformation de la famille en commençant par les expériences révolutionnaires en Union soviétique. Ils ont analysé l’intégration des femmes dans le travail « productif » et la socialisation des tâches domestiques (la garde d’enfants, la création des cantines, etc.). Leurs recherches portaient sur les représentations de la « nouvelle » femme dans l’art, les médias et les discours politiques. Leur regard critique pointait la « double journée » des femmes et mettait en lumière les insuffisances de la « libération » des femmes de la part des socialistes au pouvoir. Plusieurs chercheurs ont, récemment, renouvelé cette histoire des femmes est-européenne en soulignant la contribution est-européenne au féminisme du XXe siècle et en mettant en avant l’« agency » et l’« Eigensinn » des femmes sous le socialisme.

Or, une figure que semblent éviter les chercheurs est l’homme et le père. Quel rôle joue-t-il dans la construction de la « nouvelle » famille socialiste ? Quelles transformations connaissent les constructions des masculinités dans les mouvements et pays socialistes ? Contrairement aux analyses qui se concentrent sur les femmes, leur travail, leurs responsabilités domestiques et leurs « double journées », cette journée d’étude interrogera précisément la place de l’homme et du père dans la famille et la société socialistes ; et ce de deux perspectives : l’une s’intéressant aux idéologies, aux utopies et aux réflexions théoriques sur la place de l’homme dans une future société communiste, l’autre questionnant le quotidien des hommes et pères socialistes (ou bien des hommes et pères vivant sous le socialisme).

Peu d’auteurs se sont penchés sur les questions de la masculinité et, encore moins, de la paternité socialistes. La plupart de leurs contributions portent sur les représentations artistiques de la masculinité ou bien sur les transformations de celle-ci après l’effondrement du socialisme. Plusieurs études analysent l’homosexualité masculine pendant le socialisme. Géographiquement, la plupart des recherches concernent l’histoire de l’Union soviétique et de la Russie.

Pourtant, s’interroger sur les masculinités a considérablement contribué à enrichir et élargir notre réflexion sur les rapports de genre, que ce soit d’un point de vue historique, sociologique ou anthropologique. Les Men’s Studies ont, entre autres, mis en évidence le caractère anhistorique et essentialiste de la notion du « patriarcat » et ont proposé de la remplacer par une analyse dynamique et performative des relations entre hommes, et entre hommes et femmes. Le sociologue R.W. Connell a, pour ce faire, développé le concept de la « masculinité hégémonique ». Des historiens ont également commencé à historiciser le « patriarcat » en s’interrogeant sur les interactions, les dynamiques et les négociations qui sont au coeur du quotidien familial. C’est précisément un des mérites de la nouvelle histoire des masculinités de remettre en cause la « norme » masculine, à l’aune de laquelle sont mesurées les femmes. Grâce à cette inclusion des masculinités, exigée déjà dans les années 1970 par Natalie Zemon Davis, nous devrions être capables de renouveler entièrement l’histoire des femmes en écrivant une histoire du genre véritablement relationnelle, interactive et dynamique.

 

Découvrez le programme

Socialist Masculinities - Programme (PDF)

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Journée d'étude