10 juin 2015

Remise du Prix d'histoire sociale 2015

Deux lauréates : Anaïs Albert et Marie-Paule Hille

Prix d'histoire sociale, attribué par la Fondation Mattei Dogan & la FMSH

Après délibération, le jury du Prix d’histoire sociale, attribué par la Fondation Mattei Dogan et la Fondation Maison des sciences de l’homme, a proposé pour le prix de l’année 2015 ex-æquo les thèses suivantes :

  • Anaïs Albert, « Consommation de masse et consommation de classe. Une histoire sociale et culturelle du cycle de vie des objets dans les classes populaires parisiennes (des années 1880 aux années 1920) », Université Paris 1, 2014
     
  • Marie-Paule Hille, « Le Xidaotang, une existence collective à l’épreuve du politique. Ethnographie historique et anthropologique d’une communauté musulmane chinoise (Gansu, 1857-2014) », EHESS, 2014

Le jury a souligné la qualité exceptionnelle des candidatures présentées à l’édition 2015 du Prix.

Le jury était composé de Jean-François Chanet, IEP Paris ; Patrick Fridenson, CRH, EHESS ; Hervé Joly, CNRS, ENS de Lyon ; Catherine Omnès, Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines ; Anne Rasmussen, Université de Strasbourg ; Charlotte Vorms, Université Paris 1.

La remise de prix officielle aura lieu le mercredi 10 juin 2015 à 17h30 dans la salle Jean-Pierre Vernant, immeuble Le France (190 avenue de France, 75013 Paris).

La cérémonie se déroulera en présence de Marta Craveri, directrice scientifique adjointe de la Fondation MSH ; Patrick Fridenson, président du jury ; Pierre-Cyrille Hautcoeur, représentant de la Fondation Mattei Dogan.

La remise du prix sera suivie d'un cocktail.

Pour en savoir plus sur les lauréates :

Anaïs Albert, « Consommation de masse et consommation de classe. Une histoire sociale et culturelle du cycle de vie des objets dans les classes populaires parisiennes (des années 1880 aux années 1920) », Université Paris 1, 2014

Cette thèse a eu comme point de départ la volonté d’affronter le silence de la recherche historique récente sur les classes sociales en général et sur les classes populaires en particulier. Or, l’analyse de la consommation de ce groupe social, dans une période de croissance économique et dans une ville – Paris – qui s’impose comme une capitale du luxe, permet d’aborder des questions restées ouvertes sur la construction d’une classe sociale et sur son existence au quotidien, appréhendées par le biais de la vie privée, des échanges économiques ordinaires et des relations de sociabilité. La consommation dévoile à la fois des distinctions internes et la position des individus dans la société englobante : elle est un champ complexe, traversé de rapports de pouvoir et de liens de solidarité, qui vient reposer la question classique de la domination et de la résistance. Cette thèse, à la croisée de l’histoire sociale et de l’histoire de la consommation, a donc pour ambition à la fois de revoir la périodisation de l’entrée de la France dans la « consommation de masse » et de mettre à jour ce que recouvre – et dissimule – cette notion, c’est-à-dire la complexité de l’achat, de la circulation et de l’utilisation des biens dans un groupe social très divers qui ne peut simplement être réduit à sa composante ouvrière.

Des années 1880 aux années 1920, la capitale française est le théâtre d’un élargissement significatif de l’accès aux biens, rendu possible par l’augmentation globale des revenus des classes populaires et par la mise en place de médiations nouvelles (le crédit et la publicité). On peut en ce sens parler d’une première phase de la consommation de masse. Cependant ces objets, les manières de se les procurer et de les user restent intégrés au sein des modes de vie et des quartiers populaires. Il s’agit donc toujours d’une consommation de classe qui se manifeste à la fois dans l’usage de choses et dans la conception de la valeur des biens. Les objets, dans les classes populaires, sont souvent des « consommations transitoires », pris entre le crédit à l’achat et le prêt sur gage. Leur possession reste fragile et les transactions qui les concernent sont au point de jonction de multiples rapports de domination dont l'étude met à jour les contraintes économiques et sociales qui continuent de peser sur les classes populaires à la Belle Epoque.

Marie-Paule Hille, « Le Xidaotang, une existence collective à l’épreuve du politique. Ethnographie historique et anthropologique d’une communauté musulmane chinoise (Gansu, 1857-2014) », EHESS, 2014

Le présent travail porte sur une communauté musulmane de langue chinoise du Gansu, le Xidaotang, fondée par Ma Qixi, un lettré confucéen, à la fin du XIXe siècle. Il résulte d’une enquête ethnographique en histoire et en anthropologie échelonnée sur dix années entre 2004 et 2014 principalement dans le Nord-Ouest de la Chine. L’objet d’enquête a porté en premier lieu sur l’histoire de cette communauté. L’analyse aborde l’histoire de ce groupe religieux non pas d’un point de vue sinocentré mais comme un processus historique local réagissant à l’histoire provinciale et nationale. Une ethnographie historique est mise en oeuvre pour croiser et décrire les points de vue et les pratiques des différents acteurs concernés sur des échelles temporelles variées de 1857 à 1957. L’histoire de cette communauté est envisagée dans son rapport à l’histoire politique de la Chine selon trois angles d’approche : les horizons d’avenir que chacun des contextes historiques dessinent, les ressources mobilisées par les acteurs pour faire face à la violence des crises locales et leur acuité politique pour appréhender chaque changement d’époque. Dans ce cadre général, l’ethnographie rend compte du lien politique institué à l’intérieur de la communauté : quelles ont été les compétences et les modes d’action des hommes qui l’ont gouvernée ? Selon quels critères de légitimité les croyants configurent la relation de pouvoir et d’autorité ? L’enquête met en relief un cadre de référence islamo-confucéen au sein duquel s’inscrivent les incitations à l’action.

Dans un second temps est présentée une ethnographie contemporaine, à partir de la politique des réformes et d’ouverture. Comme un miroir tendu à l’histoire, elle examine le rapport dynamique que la communauté entretient avec son passé en examinant les modalités de sa présence : usage des concepts, ancrage des normes et héritage des pratiques. Ainsi, une réflexion est entamée sur la capacité de la communauté à se refonder après ses difficultés à exister en tant qu’elle-même durant la période maoïste. Une ethnographie du religieux menée sur les lieux saints et au plus près des croyants rend compte des transformations en marche à l’intérieur du groupe, que ce soit dans sa façon d’affirmer son originalité en opposition aux autres courants islamiques ou dans sa manière de démontrer sa cohésion sociale et religieuse exemplaire. L’ethnographie du politique pratiquée ici scrute sur deux échelles : les jugements de légitimité qui instaurent une relation d’autorité entre le Maître actuel et ses fidèles, et le rapport que le Maître du Xidaotang entretient avec le politique. La tension entre un cadre politique contraignant et la vitalité religieuse ouvre une possibilité d’inscrire dans la réalité sociale des espaces d’autonomie et une capacité à pouvoir être soi.

Détails

Lieu : Le France
Localisation : Salle Jean-Pierre Vernant

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Mots-clés

Conférence