Appel à contributions pour le n° 10 de la revue Socio

Les nouvelles promesses techniques

La revue Socio lance un appel à contributions sur la thématique « Les nouvelles promesses techniques ». Le dossier est coordonné par Daniel Compagnon (centre Émile Durkheim, université de Bordeaux) et Arnaud Saint-Martin (Printemps, CNRSUVSQ).

Les intentions de contributions (titre, résumé de deux pages et bibliographie) doivent être envoyées à Socio avant le 14 avril 2017. Les articles devront être remis pour le 4 septembre 2017.

Argument

En ce début du XXIe siècle on assiste à un retour en force des discours sur la technique salvatrice, réponse à tous nos maux, à travers de nouvelles promesses techniques, qui font écho à l’idéologie du progrès qui triomphait sous les « Trente Glorieuses ». La magie de la technique réinventée est censée apporter des solutions à tous les problèmes globaux, y compris les crises écologiques pourtant engendrées par le développement technique luimême. Toute une série d’innovations techniques en cours ou à venir sont présentées au public comme autant de miracles à célébrer (il suffisait d’entendre sur France Inter le 12 janvier dernier le philosophe et ancien ministre Luc Ferry s’émerveiller des potentialités de l’« homme augmenté »), sans que leurs impacts sur l’humain, les sociétés et leur environnement naturel soient évalués. Or il s’agit souvent de véritables sauts dans l’inconnu, voire d’expérimentations à l’échelle planétaire. Ce qui ne manque pas d’inquiéter quiconque considère, à la suite d’Ivan Illich, de Jacques Ellul, de Günther Anders et de Bernard Charbonneau, que ce qui fait enjeu ici est d’abord la liberté et l’humanité, en ce qu’elles sont construites dans le rapport à l’autre et à la nature. De nombreux champs sociaux sont affectés, notamment :

  • La colonisation de tous les espaces et moments de l’existence par Internet, tendant à faire de l’humain une simple extension du réseau technique ;
  • la génération et le traitement de quantités énormes de données qui font l’objet d’une exploitation systématique (big data) à des fins commerciales ou sécuritaires (un jour politiques ?), permettant un encadrement croissant des déplacements et des activités, voire de la pensée ;
  • la combinaison des innovations en neurosciences, biologie cellulaire et informatique, dont ses promoteurs se font fort de rappeler qu’elle autorise désormais une intégration croissante entre le corps humain et la technologie, débouchant sur l’utopie de l’humain augmenté, voire une restructuration plus large encore du vivant ;
  • le traitement de la crise environnementale par des « technofix », tel le geoengineering climatique, censé limiter le réchauffement planétaire, faute de pouvoir stopper la croissance des émissions de CO2. Or ces prétendues solutions posent également de nombreux problèmes sociaux et environnementaux. Cette circularité de la technique et la « résilience » de l’idéologie qui l’érige en nécessité, parfaitement apte à récupérer toute critique sociale, avaient été soulignées de longue date par Jacques Ellul ;
  • le développement encouragé par les pouvoirs publics des nanotechnologies, supposés faciliter une bonne partie des innovations précitées et bien d’autres, mais dont les effets d’une diffusion incontrôlée dans le corps humain et l’environnement restent inconnus ;
  • sans oublier la sophistication croissante des techniques de communication et de surveillance révélée au grand public par Edward J. Snowden, générant des risques en proportion (cyberterrorisme, mais aussi cyberchaos accidentel) et donc des mesures supplémentaires de surveillance.

Face à cette avalanche de promesses, peu de voix critiques se font entendre aussitôt stigmatisées comme « passéistes », « néoluddites ».

Ce numéro de Socio, coordonné par Daniel Compagnon et Arnaud Saint-Martin, vise, dans une perspective pluraliste et critique, à rassembler des contributions traitant notamment :

  • des impacts sociaux envisageables de ces nouvelles technologies (y compris en termes d’exclusion sociale), leurs implications de long terme, en particulier en prenant en compte les effets de système qui résultent de leur combinaison et la dialectique chaos/système, intégration/désordre qui alimente leur développement ;
  • de l’idéologie techniciste, dans sa genèse comme dans son déploiement actuel, en ce qu’elle suscite et légitime le consentement paresseux de nos contemporains, qui ne sont certes pas tous des technofreaks dans l’âme, à une innovation technique incessante ;
  • des forces sociales qui soutiennent ce processus, pour des motifs différents : par exemple, scientifiques humanistes soucieux de faire le bien (notamment dans le milieu médical), capitalistes pressés d’exploiter les nouveaux marchés que ces innovation génèrent, mais aussi de philosophes « transhumanistes » rêvant d’une perfection post-humaine ;
  • des groupes minoritaires qui s’y opposent et leurs arguments, en analysant sans concession la pertinence de ceux-ci comme leurs chances objectives d’atteindre un public plus large ; mais aussi les tentatives de constructions sociales alternatives ;
  • des contours de ce qui pourrait être une gouvernance plus démocratique des choix technologiques, permettant une véritable délibération sur la direction prise par l’innovation technique et l’utilité réelle des changements imposés aux populations (on pense aux jurys ou conférences de citoyens beaucoup plus utilisés à l’étranger qu’en France).
  • ou de tout autre thème proposé par un auteur et jugé pertinent pour ce numéro.

Calendrier

Les propositions d’articles d’environ 5 000 signes (2-3 pages, bibliographies et notes incluses) sont à soumettre jusqu’au 14 avril 2017 au secrétariat de rédaction : socio@msh-paris.fr. Elles devront permettre de saisir précisément à la fois les matériaux de recherche sur lesquels reposera l’article, ainsi que sa problématique et la démarche intellectuelle dans laquelle l’auteur s’inscrit, les principales thèses et résultats des recherches menées et les principales notions et références mobilisées.

Après acceptation de la proposition, l’article, autour de 30 000 signes (notes et bibliographie comprises), devra parvenir à la revue au plus tard le 4 septembre 2017. Il sera alors soumis au comité de lecture de la revue et à des rapporteurs extérieurs. Il est attendu un effort particulier sur l’écriture et un style qui mettent suffisamment en perspective les enjeux de l’article pour qu’il puisse susciter un intérêt au-delà d’un cercle restreint de spécialistes.

Les auteurs sont invités à respecter autant que possible les recommandations figurant sur le site de la revue à l’adresse : https://socio.revues.org/547.

 

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