La révolution documédiale - Du Capital à la Documédialité

Séminaire 2018 de l'initiative de recherche Documédialité

La documédialité, c’est-à-dire l’union entre la force institutive des documents et le dynamisme des médias, a transformé le monde social avec une rapidité et une puissance dont le seul équivalent est la révolution capitaliste du début du dix-neuvième siècle. Mais cette transformation n’a pas encore été conceptualisé, et elle est souvent interprétée comme une évolution du capitalisme, alors qu’il s’agit d’une transformation radicale introduisant une discontinuité dont les traits caractéristiques doivent être analysés.

Ce séminaire est organisé par Maurizio Ferraris, responsable de l’initiative de recherche Documédialité, Sara Guindani, Enrico Terrone et Angela Condello.

Toute séance sera introduite par une relation de Maurizio Ferraris et par un commentaire de Enrico Terrone.

Il se tiendra au forum de la bibliothèque (1er étage) de la Fondation Maison des sciences de l’homme, 54 bd Raspail, 75006, Paris.

 

Séances du séminaire

Au lieu de voir le moment actuel comme la phase ultime du capitalisme, cette séance propose d’identifier trois périodes qui se sont succédé dans le temps : le Capital au dix-neuvième siècle ; la Médialité dans la société de la communication du vingtième siècle ; et la Documédialité dans la société du web. Avec Maurizio Ferraris et Bernard Stiegler

Pour Marx, la marchandise est la solidification d’une relation sociale. Ce à quoi nous avons assisté lors du passage à la Médialité et à la Documédialité, c’est à la révélation de ce principe qui, chez Marx, apparaît encore comme un mystère : la marchandise devient spectacle, dans la phase médiale, puis document, dans la phase documédiale, c’est-à-dire qu’elle révèle en pleine évidence sa propre nature d’objet social. Avec Claire Scopsi et Michele Spanò

Le travail de l’âge capitaliste s’est transformé pour devenir la consommation de l’âge médial. Mais aujourd’hui, nous sommes face à une nouvelle phase : une masse énorme de travail continu et gratuit sur les réseaux sociaux, qui réalise la perfection de la mobilisation du travail, tout en faisant tomber la distinction entre travail et vie non travailleuse. Avec Marc De Vos et Angela Condello

L’objectif du travailleur de l’âge capitaliste était la subsistance ; l’âge médial promettait au contraire le divertissement. La caractéristique fondamentale de l’âge documédial, comme cela est particulièrement évident dans la politique de l’image accomplie par les selfies, est la reconnaissance : les selfies ne sont pas, comme on le soutient souvent en bon moralistes, un phénomène narcissique, mais ils constituent plutôt l’instrument essentiel d’une lutte pour la reconnaissance. Avec Alberto Romele et Matteo Treleani

La caractéristique fondamentale de l’âge documédial n’est pas l’aliénation, la cession de son propre travail ; bien au contraire, c’est justement l’auto-affirmation, qui se manifeste tant dans l’aspect militaire et schmittien des dynamiques du web que dans l’usage de la vérité comme facteur identitaire typique de l’époque de la post-vérité. Avec Janne Nielsen et Jacek Smolicki

L’organisation du monde social en classes, puis en groupes d’écoute à l’âge médial, se transforme en atomisation sociale caractéristique des « echo chambers » de l’âge documédial. On voit se créer des champs de sens qui proposent une nouvelle version de la monadologie, et cela parce qu’elles représentent l’univers tout entier (le WWW) à travers les perspectives des individus qui interagissent sur les réseaux sociaux. Avec Markus Gabriel et Jocelyn Benoist (TBC)

Tous les présentateurs étant intervenus dans le séminaire chercheront à tirer les conclusions des travaux et à indiquer des voies d’action pratique pour la gestion et la compréhension de l’âge documédial. 

 

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