07 novembre 2017

Une géographie du Jihād ou l’idéologie spatiale en Islam militant

Séminaire Hestia Expertise

La séance du séminaire Hestia du 7 novembre accueillera Matthieu Cimino, chercheur Marie Skłodowska-Curie à l’université d’Oxford (Oriental Institute), associé à l’IREMAM d’Aix-en-Provence et enseignant à Sciences Po. Historien et politologue arabisant, ses travaux portent sur les disputes territoriales, les frontières, et leurs significations dans l’imaginaire collectif des communautés nationales. Plus particulièrement, ses recherches questionnent les interactions entre le Liban, la Syrie et la Palestine/Israël.

Depuis l’avènement de l’État islamique (Dā’ish), très peu de travaux ont cherché à questionner l’idéologie territoriale et les représentations spatiales qui sous-tendent l’imaginaire politique du mouvement salafi-djihadiste. En écho à la vague d’attentats perpétrés en Europe depuis 2015, chercheurs, journalistes et acteurs politiques se sont en effet polarisés sur les phénomènes dits de « radicalisation », négligeant – volontairement ou non – le sens et la portée des enjeux territoriaux et les mécanismes de conquête et d’administration de l’espace en cours au Proche- et Moyen-Orient.
 
Or, en 2014, après avoir pris le contrôle d’une large portion de territoires – environ 91.000 km², incluant la ville de Mossoul – Dā’ish proclame la restauration d’un « califat », c’est-à-dire de la structure politique ayant accompagné les Empires islamiques de la mort de Mahomet (632) jusqu’à l’effondrement de l’Empire ottoman (1920), appelant par ailleurs à la « fin des frontières issues de Sykes-Picot ». Au-delà d’une logique d’exportation systémique de la violence, l’EI propose essentiellement d'agencer, au Moyen-Orient, un ordre géographique nouveau.
 
Afin de mettre en œuvre ce projet, le groupe salafiste s’est donc engagé dans un processus de construction de l’État et de sédimentation nationaliste, notamment à destination de la jeunesse : dans les territoires qu’il contrôle, Dā’ish entretient ainsi des écoles, forme des professeurs et met à jour un cursus scolaire. En l’occurrence, lors de multiples terrains conduits au cours des derniers mois, M. Cimino a pu se procurer un matériel considérable : des livres scolaires « officiels » à destination d’étudiants du primaire et du secondaire, notamment en histoire-géographie, mais également des fascicules de propagande ainsi que des documents édités par le « Ministère de l’Éducation » et détaillant les logiques et objectifs pédagogiques théorisés par le groupe.
 
Cette présentation, fondée sur l’analyse systématique de ces documents, entend donc explorer les stratégies et mécanismes par lesquels le groupe crée, matérialise et diffuse son idéologie spatiale et territoriale : comment l’EI projette-t-il sa conception du monde qui l’entoure dans une réalité spatiale ? Que signifie les notions d’espace, de territoire et de frontière(s) pour ce mouvement transnational dont l’idéologie transcendante en appelle à l’unité d’une Umma fondée sur le refus d’appartenance aux groupes ethniques, raciaux et nationaux traditionnels ? Et, surtout, Dā’ish est-il véritablement porteur d’un « ordre nouveau » ?
 

Détails

Mardi 7 novembre | 18h-20h
Maison Suger, 16 rue Suger, Paris 6ème

Sur invitation uniquement
Réservation obligatoire : hestia@msh-paris.fr

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