27 septembre 2017

Terrains vagues : fil tendu entre initiatives bottom-up et espace public, à Rotterdam et à Paris

Séminaire Global Street organisé par Saskia Sassen

Séance de séminaire du projet Global Streets, projet développé au sein de la chaire Villes globales 
A noter que le même jour, une projection du documentaire
La friche de Magali Roucaut suivi d’une discussion sera animée par Catherine Visser, Magali Roucaut et Sébastien Penfornis à la Villa Vassilieff. En savoir +
 

Depuis la perspective de sa propre expérience en tant que « city-maker », habitante et architecte à Rotterdam, Catherine Visser (DaF-architecten) soulèvera des questions autour de l’espace public inclusif et des réseaux sociaux à Paris avec l’architecte paysagiste Sébastien Penfornis (Taktyk). Une partie du séminaire se déroulera sur le site de la Chapelle Charbon et inclura une promenade commentée.

Rotterdam Ouest : une expérimentation de développement inclusif

En 2015, trois initiatives de quartiers à Rotterdam Ouest qui travaillaient de manière collaborative, ont réussi à convaincre la municipalité de Rotterdam d’acquérir et préserver sept hectares de rails de chemin de fer à l’abandon pour en faire un espace vert urbain. Catherine Visser soutient que ceci a été possible en incorporant au projet des ‘soft values (le besoin d’espaces verts inclusifs pour une population diverse) et des ‘hard’ values (le besoin d’espaces de rétention d’eau à bas coûts).

L’autorité municipale chargée de la planification territoriale, l’autorité régionale en charge de l’eau et les habitants ont réussi à définir ensemble un cadre commun pour le développement de Essenburgpark, cadre qui se veut sciemment vague et flexible. Essenburgpark est une pierre angulaire de Groene Connectie, une promenade de près de 8 km qui relie de nombreuses initiatives vertes de citoyens, petites ou grandes, à Rotterdam Ouest, et transforme ces sites solitaires en un réseau physique et social dédié à la question de la santé et de l’inclusion dans un espace vert urbain.

La Chapelle Charbon : un parc transitoire près de la porte de la Chapelle

L’ancienne infrastructure sur le site de la Chapelle Charbon est un terrain vague intéressant, une friche, à un emplacement stratégique près de la porte de la Chapelle.  La mairie de Paris compte développer le site en un parc résidentiel dans les années à venir. Penfornis, directeur de Taktyk et mandataire du COLLECTIF CHAPELLE CHARBON, sera en charge d'activer la transformation du site . Durant 36 mois, 12 saisons, ils proposent de créer une série d'actions pour désenclaver le site et animer ses franges :

- des ateliers avec les habitants du quartier, ainsi que les milieux associatifs situés à proximité de ce futur parc de la ville de Paris.

- de créer des nouveaux usages sur le site et de l'ouvrir sur la ville.

- d'organiser des événements qui porteront une dimension culturelle et sociale et qui permettront de faire du site une nouvelle destination dans le XVIIIème arrondissement de Paris. Leur rôle sera d'inventer et d'esquisser avec les habitants les contours de ce parc transitoire, pour faire de ce lieu en marge, un espace de recherche et d'expérimentation.

Paris : observations sur le « terrain vague»

Les promenades de Paris forment un modèle iconique de vie publique. Elles ont émergé au XIXe siècle et mis en scène la rencontre tranquille de l’immigration et de la bourgeoisie, des riches et des pauvres. Avec le temps, les promenades ont perdu cette capacité d’inclusion et leur caractère vague. Elles sont devenues le domaine exclusif de la vie bourgeoise, des représentations surdéterminées de l’urbanité gentrifiée.

Diamétralement opposée à la promenade, la « friche » est le nouveau point focal de la vie publique parisienne. Les friches sont transformées en espaces publics temporaires et utilisent le genius loci d’anciens sites de production. Ce sont des espaces spécifiques et clos avec un esprit fortement convivial, festif et interactif. Alors que les promenades sont des espaces formels qui appartiennent au réseau urbain, les friches sont informelles et littéralement  séparées du réseau urbain. La magie et l’attrait des friches repose sur leur isolation et leur condition éphémère : les visiteurs entrent dans un autre monde qui cessera bientôt d’exister. D’une part, la programmation éphémère des friches génèrent une valeur culturelle immédiate et implique différents groupes sous-représentés dans la vie publique en créant un lieu sûr pour l’interaction et la rencontre. D’autre part, leur cycle de vie est caractérisé par la discontinuité et la perte. Les friches fonctionnent comme des lieux publics durant une phase transitoire, en attendant que le développement de projets immobiliers sur le site ne commence.  De même que l’ancienne production industrielle est oblitérée quand le site devient une friche, la production culturelle, la mixité et l’excitation disparaissent quand la friche est aménagée.

Ce cycle de transformation n’est pas un modèle urbain nouveau. Paris a eu dans son histoire de nombreux exemples de terrains vagues, de zones frontière, qui ont été transformées en espaces verts formels après d’intéressantes phases transitoires.  Ils forment un recueil intéressant d’histoires de transitions sociales et spatiales.

Discussion

Alors que Paris s’engage dans une nouvelle ère de création à grande échelle d’espaces publics sur des friches industrielles et ferroviaires autour de la zone-frontière du Périphérique, il est important de questionner et discuter des valeurs et des idéologies qui sous-tendent tant le développement que les pratiques transitoires. Durant le séminaire, nous confronterons les idéologies actuelles du paysage public avec des exemples et des développements dans d’autres villes, qui visent à faciliter une conversation critique autour des possibilités et des défis des processus contemporains de transformation de Paris. 

 

Catherine Visser (Paris, 1966) a obtenu en 1994 son diplôme de l’université de Delft avec un projet d’architecture du paysage pour Gibellina, un village en Sicile détruit par un tremblement de terre et ses conséquences. Elle a commencé DaF-architecten avec Daan Bakker en 1998. Depuis lors, ils ont développé une pratique mélangeant recherche et design. L’agence construit, entre autres, des ponts, des belvédères, des centres d’accueil et des centres de soin. Leurs champs de recherche et d’intervention sont l’histoire urbaine, le patrimoine, l’archéologie et l’architecture du paysage. Pour elle, la rénovation urbaine devrait renforcer l’inclusivité du domaine public par l’utilisation d’un contexte historique stratifié et les identités multiples de la ville contemporaine. En participant comme acteur local dans différentes initiatives bottom-up à Rotterdam, elle combine son engagement à la recherche-action. Pour la région de Rotterdam, son agence travaille à la transformation de la frange nord en un lieu, où être et à chérir, et promeut l’accès à pied et à vélo à un paysage ouvert. Elle a été curatrice d’un événement sur l’architecture sociale réformiste dans les années 1970 et 1980 à Rotterdam et a participé à plusieurs projets sur la transformation urbain dans des aires précaires à Rotterdam, Amsterdam et Buenos Aires. Depuis 2003, elle travaille à la préservation et l’interprétation de la frontière romaine sur le delta dynamique du Rhin (Unesco, liste potentielle). Elle enseigne l’histoire urbaine, l’archéologie et le domaine public à l’université de Delft et dans d’autres écoles d’architecture. 

Crédits photo : Catherine Visser

Détails

mercredi 27 septembre 

17h-19h

Salle du Conseil B
Fondation Maison des sciences de l'homme
56 boulevard Raspail, 75006 Paris

 

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