13 juin 2017

Rivalités mimétiques et Transformations militaires au Levant

Une relecture du conflit israélo-arabe

Séminaire Hestia Expertise dans le cadre de la chaire de géopolitique appliquée

Intervention de Chloé Berger, Conseiller Recherche pour la Faculté Moyen-Orient du Collège de Défense de l’OTAN à Rome

Avant de rejoindre le Collège de Défense à Rome, Chloé Berger a passé plus d’une dizaine d’années au Moyen-Orient. Arabophone, elle a notamment enseigné dans plusieurs institutions académiques françaises (CCF Damas, ESLSCA Business SchoolEgypt). En parallèle, elle a exercé une activité de consultant dans le domaine de la veille sécuritaire et stratégique (Syrie, Egypte). Elle est aujourd’hui chercheur associé à l’IFRI et au Centre Thucydide (Paris II). Ses travaux de recherche portent principalement sur les questions stratégiques et politico-militaires du Levant et de l’Afrique du Nord, les évolutions de la guerre de partisans moderne au Moyen-Orient, le mimétisme conflictuel et les relations OTAN/MENA.

Au cours de cet entretien d’Hestia, Chloé Berger analysera la guerre au Levant au prisme d’un concept efficace mais subtil : l’imitation.

Les conflits du Levant ont atteint un tel niveau de complexité qu’il est bien souvent difficile de comprendre les motivations des différentes factions armées. Mais, au fur et à mesure que le conflit s’enlise et que la fragmentation s’accroit, les belligérants semblent apprendre les uns des autres ; comme si les meilleures pratiques au niveau opérationnel et organisationnel se transmettaient d’un groupe à un autre, sans considération des fractures idéologiques et géographiques. Ces effets d’adaptation/imitation contribuent à complexifier la lecture de ces nouveaux conflits, au sein desquels les contours de la figure de l’ennemi deviennent de plus en plus flous. La véritable nouveauté de ces conflits réside donc dans la capacité des acteurs non étatiques à se transformer et à se réinventer.

Après le cycle imitation / transformation, il faut s’interroger sur les possibilités d’une « régularisation » ou d’une « normalisation » de ces acteurs irréguliers. Il s’agit de proposer une typologie des différentes formes de partisans existant de nos jours dans l’espace levantin, élargi à l’Irak. Il importe en effet d’intégrer les nouveaux acteurs que sont Da’ech ou Jabhat al Nosra dans la réflexion afin d’identifier les ruptures et les continuités qui existent entre ces groupes et les acteurs « historiques » du conflit israélo-arabe. Il importe aussi de s’intéresser à l’impact de ces évolutions sur les partisans eux-mêmes, c’est-à-dire au niveau individuel. Celles-ci suggèrent des pistes de réflexion très stimulantes en ce qui concernent les évolutions des figures de l’ennemi et du combattant d’une part et les ressorts psychologiques du basculement dans la violence armée d’autre part.

Les dynamiques conflictuelles liées au conflit israélo-arabe tendent donc à devenir secondaire au profit d’autres formes de violence. Ces dernières reflètent un dépassement des modèles de la crise et du conflit en même qu’elles expriment une tentative de remise en cause des Etats-nations issus du délitement de l’empire ottoman.

L’ambition est de contribuer à une meilleure compréhension des partisans modernes et éventuellement aider à anticiper leurs évolutions. Elle s’inspire aussi bien de la théorie de la rivalité mimétique de René Girard, que des travaux sur la révolution dans les affaires militaires et de la Théorie du Partisan de Carl Schmitt.

Au-delà du conflit israélo-arabe, cette nouvelle grille de lecture peut contribuer à une meilleure compréhension des comportements des groupes armés engagés sur d’autres théâtres d’opérations et aider à anticiper leurs évolutions.   

Détails

Maison Suger | 16 rue Suger | 75006 Paris

Mardi 13 juin | 18h-20h

sur invitation uniquement ; réservation obligatoire : hestia@msh-paris.fr

Ajouter à mon agenda


Sur invitation uniquement,

réservation obligatoire sur hestia@msh-paris.fr en précisant vos noms et qualité.

Partager

Mots clés

Séminaire

Voir aussi