Accumulations et accélérations

Séminaire

Depuis quelques années, l’informatisation de la société a actualisé les promesses et les craintes que la vitesse des trains, voitures et avions suscitaient déjà au XIXème et XXème siècles. Les accélérations techniques créent des besoins de régulation et donc d’anticipation individuelles et collectives. Sans nécessairement en donner les moyens : aujourd’hui, la société et l’individu, devenus entretemps hypermodernes, doivent toujours plus mais peuvent sans cesse moins prévoir et préparer les étapes à venir. Comme le corps humain, lors de son déplacement motorisé, s’immobilise dans des projectiles, ils subissent un « enfermement sur le présent » (François HARTOG) par leur dynamisation privée de direction. Cette spirale vicieuse amène l’impression d’une fin de la politique en tant que possibilité de façonner le futur.

Or, si l’augmentation des vitesses est réelle, le gain de temps attendu l’est moins. Une voiture coûte beaucoup de temps de travail, l’autoroute peut être bouchée, les mails sont plus nombreux que les lettres… Au lieu de nous donner du temps libre, l’accélération a donc l’air de provoquer saturations et stress. Pour percer ce mystère, il faut ajouter à l’échelle temporelle la dimension spatiale au sens le plus large, c’est-à-dire la grandeur et le nombre des objets et des choses. En effet, si l’accélération ne tient pas ses promesses, c’est qu’on est simultanément sommé de faire ou d’avoir plus : croissance économique, extension des connaissances, multiplication de nos photos de vacances, etc. Ces mouvements découlent de l’impératif capitaliste d’accumulation du capital dont Karl MARX avait déjà relevé le caractère anonyme, contraignant et insatiable.

Mais l’accumulation n’est pas qu’une obligation économique, elle relève aussi d’un devoir éthique. De plus en plus privé de ses sources traditionnelles de sens, à savoir de l’horizon spirituel et du lien physique et affectif à autrui, l’individu, pour donner une raison à sa vie, doit au mieux la remplir d’objets, d’activités et de sensations. « La recherche d’intensité a remplacé la quête d’éternité » (Nicole AUBERT).

Les maîtres-mots de ce monde, ne sont-ils donc pas intensification et emballement, tels une boule qui s’agrandit et se densifie en dévalant la pente ? Ce mouvement s’étend aux affects : De plus en plus d’individus fuient dans des ressenti¬ments, délires ou rages variés, sont pris dans une tourmente identitaire ou se défoulent sur des boucs émissaires.

La spirale vicieuse du “toujours plus et plus vite” semble régressive aussi, en ce qu’elle valorise les sensations primaires les plus addictives (sucrée, rythmée, imagée). Cette régression est à la fois soutenue et manifeste à travers l’actuelle électrification de la vie humaine : en entravant le développement des jeunes générations et en désocialisant les adultes, celle-ci pourrait rétrécir le champ de conscience de l’individu.

 


Ière et IIème sessions : Accélérations et régulations

IIIème et IVème sessions : Accumulations et accélérations, l’emballement du monde

Vème session : Accumulations et accélérations : les emballement techniques et affectifs

Responsables

Focus

Les emballements techniques et affectifs

Séminaire Accumulations et accélérations 2019
Les injonctions courantes de faire plus et plus vite suscitent des dispositifs techniques de plus en plus puissants, à la fois de par leur performance matérielle et grâce à leur force de séduction. Ainsi, l’ « intelligence artificielle », pourtant aussi idiote que tout autre...