18 novembre 2014

Le médicament qui devait sauver l’Afrique

Autour de l'ouvrage de Guillaume Lachenal, Le médicament qui devait sauver l’Afrique. Un scandale pharmaceutique aux colonies. La Découverte, 2014.

C'est l'histoire d'une piqûre magique, qui devait débarrasser l'Afrique d'une maladie qui décimait le continent. C'est l'histoire d'un scandale pharmaceutique oublié, enterré par les pouvoirs coloniaux de la fin des années 1950. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les médecins des colonies font de l'éradication de la maladie du sommeil leur priorité. Un nouveau médicament vient d'être découvert : la Lomidine. Dans l'enthousiasme, de grandes campagnes de « lomidinisation préventive » sont organisées dans toute l'Afrique. La méthode connaît quelques ratés - la molécule se révèle inefficace et dangereuse - mais ils ne freinent pas les médecins, au contraire. Il faut « lomidiniser » l'intégralité des populations, de gré ou de force. Ce livre montre comment les médecins s'obstinèrent à utiliser un médicament pourtant dangereux, au nom du rêve d'une Afrique libérée de la maladie ; comment la médecine a été un outil pour le colonialisme ; comment elle a servi de vitrine à l'« humanisme » européen et de technique de surveillance et de répression. La petite histoire de la Lomidine ouvre une fenêtre sur le quotidien des politiques coloniales de modernisation, révélant leur envers : leurs logiques raciales, leur appareil coercitif, leur inefficacité constitutive, et la part de déraison inscrite au coeur du projet de « mise en ordre » de l'Afrique par la science et la technique.

Guillaume Lachenal renouvelle le regard sur le gouvernement des Empires, qu'il saisit dans son arrogance et sa médiocrité, posant les jalons d'une anthropologie de la bêtise coloniale.

Ce séminaire Terrains et théories de la santé mondiale de la chaire Anthropologie et santé mondiale alternera la lecture d’œuvres théoriques et de travaux ethnographiques récents, dans le but de stimuler notre réflexion sur des formes contemporaines de prise en charge du vivant. Au carrefour de l’anthropologie, de la philosophie et des sciences studies, le séminaire accordera une attention particulière à différents dispositifs – rationalités, discours, interventions, etc. – visant aussi bien à produire des populations en santé qu’à protéger contre la menace, qu’elle soit épidémiologique, économique, politique ou écologique. Le séminaire abordera des thématiques variées parmi lesquelles les relations entre humains et organismes vivants non - humains (virus, pathogènes, etc.), les rapports entre soin et technologie et les visages contemporains du normal et de l’anormal (le monstrueux, la crise, etc.). Surtout, le séminaire se veut une plate - forme pluridisciplinaire d’échanges sur des objets et situations qui nous préoccupent.

Animé par Vincent Duclos et So Yeon Leem, chercheurs en postdoctorat, Collège d’études mondiales (FMSH, Paris).


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Lieu : Le France
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Séminaire