29 avril 2014

Penser en vidéo, une pensée du temps

Séminaire de recherche post-doctoral du Collège d'études mondiales avec Chun‐Yi Chang, post-doctorante de la chaire l'Altérité.

Les penseurs chinois d’aujourd’hui, rencontrant des concepts occidentaux comme celui de « temps », peuvent d’emblée et de façon générale éprouver leur commodité. Mais, plus on accepte désormais cette notion de « temps » comme allant de soi en employant communément en chinois contemporain le terme shijian (時間) traduit de l’occidental, c’est-à-dire sans penser à l’interroger, plus on risque de perdre la pensée chinoise d’avant l’occidentalisation dont la ressource, concernant ce qui est appelé « temps » en Europe, ne me paraît pas épuisée, mais disparaît sous ce concept.

Car la traduction du terme occidental de « temps » par le chinois shijian (時間) perd à la fois la valeur propre de shi (時, le « moment » saisonnier) et de jian (間, l’« entre »-moments exprimant la « durée » des processus). Si la pensée du « temps » en Europe prend consistance en rapport à l’« événement » (début et fin, création du monde, etc.), il n’en va pas de même, en effet, dans la tradition chinoise où la dimension processuelle est essentielle. De là la question : comment élaborer une ressource de la notion de temps qui soit désormais commune, en tant que phénomène exploitable par les différentes pratiques artistiques contemporaines (dont par exemple l’image vidéo), et ce sans la limiter aux choix selon lesquels la notion de temps est advenue en Europe ? C’est à cette question que tente de répondre mon essai et qui en conduit la démarche : en dialoguant avec l’art et l’esthétique européennes, mais sans laisser perdre le sens fécond de shi (時) et de jian (間), L’entre-temps de l’art ré-attribuera sa valeur et sa force à la notion de shijian (時間), de façon à ouvrir une nouvelle possibilité dans l’Art.

Alors que l’art chinois contemporain s’éloigne de plus en plus des pratiques chinoises traditionnelles, donc que les notions de l’esthétique chinoise sont rarement utilisées en dehors du commentaire des œuvres de la Chine ancienne, je souhaite, à travers ce livre, contribuer à ceci : que la pensée chinoise de l’art d’avant l’occidentalisation, non seulement ne soit pas oubliée, mais se trouve réfléchie et réactivée en regard des catégories occidentales. Cela de sorte qu’elle ne paraisse plus une culture ancestrale exotique. Car c’est seulement à cette condition que la pensée chinoise de l’art pourra faire valoir sa fécondité dans une relance de l’art contemporain. 

Détails

Lieu : Le France
Localisation : salle 1

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