04 mars 2014

De la nécessité d'un critère de cohérence performative dans l'évaluation des indicateurs de soutenabilité

Séminaire de recherche du Collège d'études mondiales avec Géraldine Thiry, post-doctorante pour la chaire Ecologie, travail et emploi de Dominique Méda.

Les indicateurs au-delà du PIB sont-ils les potentiels catalyseurs d'un changement paradigmatique ou l'outil de légitimation d'un statu quo dans la conduite des sociétés? Au regard des enjeux politiques soulevés par la mobilisation croissante des indicateurs dans les modalités de gouvernement, il importe de distinguer, parmi les indicateurs mis en débat aujourd'hui pour aller au-delà du PIB, ceux susceptibles de porter un changement de cap dans l'orientation des sociétés, de ceux qui, dans leurs modes de construction, englobent les ferments d'un système qu'ils prétendent par ailleurs dépasser. Si les indicateurs sont adéquatement construits, la quantification pourrait ne pas être inéluctablement le vecteur d'un mode d'organisation sociétale caractérisé par la transposition généralisée d'un principe de rationalité gestionnaire à l'ensemble des sphères de l'existence.

Or, la plupart de choix de quantification rencontrés dans les débats actuels apparaissent inadaptés pour quantifier la soutenabilité d'une manière cohérente : des contradictions sont observées entre le signal normatif lancé par la prise en compte d'une dimension dans l'indicateur et les implications performatives de la méthodologie adoptée pour quantifier cette dimension. Ces contradictions impliquent de réfléchir aux conditions méthodologiques, théoriques et épistémologiques nécessaires à l'élaboration d'indicateurs cohérents.

L'objectif de cette communication est de proposer un nouveau critère d'évaluation des indicateurs de soutenabilité : la cohérence performative. Ce critère découle de l'articulation de la triple perspective que nous adoptons pour aborder les indicateurs de soutenabilité : ceux-ci sont appréhendés comme objets de convention, comme rouages d'une forme de gouvernementalité inscrite dans la mutation du rapport de l'État à la statistique et comme construits technico-théoriques à finalité empirique et normative, donc porteurs de performativité. Nous montrons que la référence à ce critère est indispensable à appréhender les indicateurs de soutenabilité dans toute leur complexité. La recherche des conditions méthodologiques, théoriques et épistémologiques d'indicateurs performativement cohérents nous amène à discréditer l'économie néoclassique et à considérer les apports du courant heterodox ecological economics, mettant de facto en exergue son adéquation à la complexité des enjeux de soutenabilité.

La communication est structurée comme suit. Après une clarification terminologique sur notre usage du concept de soutenabilité (section 1), nous établissons un diagnostic des fondements conceptuels discutables de la plupart des indicateurs proposés aujourd'hui (section 2). Nous développons ensuite le principe de cohérence performative comme nouveau critère d'évaluation des indicateurs, susceptible de faire évoluer l'appréhension des enjeux de la soutenabilité par la quantification (Section 3). La section 4, abordant les conditions théoriques et épistémologiques de la cohérence performative des indicateurs, souligne l'intérêt d'une posture post-normale comme levier d'un changement paradigmatique. Une telle posture soulève la question de sa légitimité. Celle-ci est traitée en section 5. La section 6 conclut.


Détails

Lieu : Le France
Localisation : salle 1
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