18 novembre 2015

L'anthropologie sémiotique de la transmission

Séance du Séminaire de sémiotique avec :

Jacques Fontanille (IUF, CERES-Limoges)

Les travaux de la première année du séminaire ont mis en évidence le rôle des différents types de sémioses dans le processus de transmission, c’est-à-dire non pas des systèmes immanents du contenu ou de l’expression, mais bien de leur réunion dans des sémiotiques-objets dont le mode d’existence réalisé soulève des questions rarement abordées ou prudemment évitées dans le champ de la sémiotique de l’Ecole de Paris. La confrontation avec les approches anthropologiques de la transmission, qui visent la caractérisation d’« ontologies », encouragent d’autant plus à questionner le rapport de la sémiotique avec l’existence.

Les schèmes de la pratique en général, à l’instar de toutes nos actions dans le monde, sont des manières d’interagir avec des entités de toutes sortes, à qui l’on prête des propriétés spécifiques exigeant en retour des types de conduite et de médiation. Dans cette perspective, nature et société, humains et non-humains, individus et collectifs, ne se présentent plus à nous comme déjà distribués entre des substances différentes, mais comme les expressions qui résultent de relations entre l’ensemble des existants dont le statut ontologique varie selon les positions qu’ils occupent les uns par rapport aux autres. C’est donc la pratique qui détermine la distribution des relations entre existants, et ce sont les différents types de distribution qui permettent de distinguer les existants les uns des autres.

La transmission est l’un de ces schèmes de relation, qui se caractérise par l’emprise des morts sur les vivants par l’entremise de la filiation. L’expression la plus nette de cette relation se donne à voir là où les morts sont convertis en ancêtres à qui l’on rend un culte, une façon d’unir dans une chaîne de dépendance des vivants voués à l’ancestralisation et des morts encore vifs (non morts) dont le pouvoir et la volonté se font sentir en toutes circonstances. Parallèlement, les vivants visés par la transmission sont déjà traités comme de futurs morts (non vivants), qui devront veiller à transmettre à leur tour. Du point de vue de l’axiologie vie/mort, le moment de la transmission se passe entre des existants traités respectivement comme « non morts » et des « non vivants ».

Néanmoins, on ne peut pas limiter l’examen du processus de transmission à ce qui se passe entre les vivants et les morts, car ce qui se transmet doit déjà être constitué entre les vivants eux-mêmes comme transmissible ou à transmettre, et c’est ce processus préalable qu’il faut regarder plus attentivement. En somme : comment des vivants se préparent à être des « non vivants » à travers la manipulation de formes sémiotiques destinées à être transmises, et constituées pour l’être.

et Paolo Fabbri


Détails

Lieu : La Maison Suger
Ajouter à mon agenda

Partager

Mots-clés