04 novembre 2015

La transmission et la sémantique de l'histoire | Education et apories de la transmission

1ère séance du séminaire de sémiotique 2015-2016, autour de la question de transmission : histoire, anthropologie, éducation.

Jean-François Bordron (CERES-Limoges) - La transmission et la sémantique de l'histoire

Un des intérêts de la question de la transmission en sémiotique est de nous obliger à reposer la question la plus difficile qui est celle de l’organisation d’un univers sémantique. Pour que quelque chose, une croyance par exemple, soit transmissible, il faut que cette chose ait acquis une certaine cohésion sémantique, une forme d’unité. Or la façon dont une telle cohésion est possible reste pour une grande part énigmatique. Nous essaierons de voir quelles réponses à cette question ont été imaginées par des auteurs divers comme J.- P. Sartre, Ph. Descola, M. Douglas.

Denis BERTRAND (Paris 8-Vincennes-Saint-Denis) - Education et apories de la transmission

L’éducation est liée à la transmission, comme son vecteur canonique supposé. Or, de nombreux essais sur l’éducation l’attestent, elle est aussi étroitement liée à la notion de « crise » et à sa périodicité (H. Arendt, D. Kambouchner). Ce paradoxe forme le foyer de notre proposition. On mettra tout d’abord l’accent sur le fondement du faire éducatif : lié à la natalité et étant par définition transgénérationnel, il vise l’intégration de nouveaux arrivants à un monde qui ne peut se maintenir que par cette transmission (cf. en grec, les enfants, o, sont les « nouveaux »). Ce faire est, du côté de l’éducateur, nécessairement tourné vers le passé : « Eduquer, selon les termes de Polybe, c’était simplement “vous faire voir que vous êtes tout-à-fait dignes de vos ancêtres” » (cité par H. Arendt). Les grandes disciplines des humanités (littérature, histoire, philosophie), mettent majoritairement en scène des morts qu’elles transforment en voix vivantes et familières. Par ailleurs, envisagée dans la perspective de la transmission, l’éducation problématise le rapport entre continuité (héritage sans heurt) et discontinuité (créativité et innovation) qui se présente alors comme enjeu décisif dans la sélection des contenus et des pratiques transmissibles. Entre pathos de la filiation et pathos de la nouveauté, on peut appréhender les enjeux conflictuels qui se trament autour du faire éducatif et le mettent inéluctablement en crise. Ainsi, l’éducation peut-elle être appréhendée, d’un point de vue sémiotique, à travers des configurations qui révèleraient, parce que foyers de polémicité, des apories de la transmission. Cette hypothèse repose sur l’examen de quelques propriétés de l’énonciation éducative, entre répétition du « par cœur » et invention de « l’inédit », autorité et autonomie, occultations et déformations, singularité et généralisation, etc. Autour des modalités de ces modes d’énonciation se présentent les enjeux passionnels de l’éducation comme transmission de crise.
 

 


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Lieu : La Maison Suger
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