04 mai 2015

Les éditions soviétiques en langues africaines: objectifs, répertoire, participation des Africains

Séminaire  Les éditions soviétiques en langues africaines: objectifs, répertoire, participation des Africains dans le cadre du programme ELITAF Élites africaines formées en URSS et dans les pays de l'ex-bloc soviétique.

Avec Nikolay DOBRONRAVIN, professeur à l’Université d’Etat de Saint-Pétersbourg, Faculté des Relations Internationales. L’histoire des éditions d’ouvrages et autres publications en langues africaines en URSS est très particulière, et fort peu connue à l’étranger. Cette histoire est aujourd’hui également oubliée en Russie postsoviétique ; les traducteurs et les éditeurs n’ont laissé que peu de traces accessibles aux chercheurs.

Cette intervention sera basée sur l’hypothèse selon laquelle traduire et publier en langues africaines était étroitement lié à la nature du régime soviétique. Lorsque ces publications ont commencé à apparaître, l’URSS était loin d'être le centre de la révolution mondiale.  Elle prétendait être le pôle alternatif aux États-Unis et au capitalisme, et de fait empruntait une idéologie qui n’était pas la sienne et l’adoptait aux besoins de l’État et de sa politique étrangère.
Le répertoire des éditions en langues africaines est très significatif. Contrairement à des représentations très répandues, c’est d’abord la littérature russe et soviétique qui a été traduite, y compris des publications destinées à la jeunesse. Les publications purement idéologiques sont apparues seulement durant les années 70 et 80, avec une espèce d'automatisme quelque peu irrationnel. Ces dernières publications remplissaient les rayons des librairies en URSS et parfois en Afrique. Leur échec tient sans doute au fait qu’elles n’étaient pas du tout adaptées aux besoins des militants et sympathisants pro-soviétiques en Afrique. La « traduction littérale » ne permettait pas de lire facilement les œuvres de Marx, Engels et Lénine, notamment leurs publications sur l’économie politique du socialisme, etc.

Quant aux belles-lettres russes et soviétiques, c’était un autre échec, mais sans doute moins évident. On traduisait en amharique, swahili et haoussa la littérature classique, par exemple Léon Tolstoï (Histoires pour enfants), Alexandre Pouchkine (Doubrovsky, Récits de feu Ivan Pétrovitch Bielkine), Constantin Stanioukovitch (Les Récits maritimes), les œuvres des écrivains russes et soviétiques du XXe siècle tels que  Maxime Gorki, Alexandre Beliaïev (surnommé le « Jules Verne soviétique »), Vera Panova, Arkadi Gaïdar (Tchouk et Gek, destiné aux enfants),  Mikhaïl Cholokhov, Alexandre Grine (prose romantique, et pas tout à fait pro-soviétique), Youri Naguibine, l'écrivain kirghiz Tchingiz Alitmatov, Salchak Toka (homme politique et écrivain touvinien), etc.  La sélection des livres traduits était dictée par les goûts des éditeurs et par la censure (d'où les mêmes livres en URSS et à l’étranger). Les contes et les bandes dessinées ont connu plus de succès, comme on le voit à la lecture de mémoires publiés en Inde ou en Angleterre. Par contre, il n’y eut pas de réactions importantes dans les pays africains. Les éditeurs soviétiques ne s’intéressaient-ils pas au point de vue des lecteurs en Afrique subsaharienne ?
Les tirages soviétiques en langues africaines ne sont pas connus avec précision, bien que l’URSS ait adopté un système fort rigide à cet égard. Selon l’évaluation d’Anna Tichkina, les différents tirages en swahili ont atteint au total 200 000 exemplaires, ce qui paraît peu, si l'on tient compte des tirages soviétiques d’alors (100 000 exemplaires pour une publication était une norme).
L’échec des éditions en langues africaines en URSS contraste avec le succès d'audience de « Radio Moscou», qui apparaît dans les souvenirs de nombreux militants africains. 

 


Détails

Lieu : Le France
Localisation : Salle 318
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