19 mai 2015

Autour de Jean Oury

Séance dans le cadre du séminaire Anthropologie, psychanalyse et politique. Regards sur les terrains, de l'Association française des anthropologues (AFA) Cycle 2014-2015 : La globalisation entre marchandises et sujets.

Olivier APPRILL, Jean-Claude POLACK et Anne QUERRIEN résenteront le numéro 84 de la revue Chimères : Avec Jean Oury

« Refaire le club thérapeutique, tout le temps. » Cette petite phrase de Jean Oury, extraite d’un dialogue avec Danielle Sivadon en 2004, aurait pu être prononcée au printemps dernier comme il y a cinquante ans. Elle exprime une constance mais aussi une exigence : donner du pouvoir aux malades, créer de la responsabilité, du mouvement, du possible. C’est à ces tâches essentielles que le fondateur de la clinique psychiatrique de La Borde se consacrait encore quelques jours avant sa mort, le 15 mai dernier, à l’âge de 90 ans.

Rendre hommage à celui que ses pairs considèrent comme l’un des meilleurs connaisseurs de la psychose, c’est d’abord prendre la mesure de cette passion médicale qui voit en chaque individu, plus ou moins fou, un sujet à part entière. C’est surtout honorer un engagement au jour le jour, une disponibilité, une présence confondue avec l’accueil permanent de l’autre.

Jean Oury n’a jamais cessé de l’affirmer : dans l’abord de la folie, le plus petit détail, un simple geste ou un sourire peuvent avoir une valeur inestimable. Ce souci de l’ambiance, ces paroles qui soignent, cet humour, cette bienveillance, ces moments féconds au cours desquels une existence parfois bifurque constituent l’arrière-fond sensible dont ce numéro de Chimères se veut l’écho, nourri d’expériences, de témoignages et de récits souvent placés sous le signe d’une « vraie rencontre ». Une sorte de constellation affective où les voix de plusieurs générations de patients, de « psychistes », d’artistes, d’amis proches ou de compagnons de route se mêlent pour composer un portrait multiple, polyphonique, de l’homme qui a tracé « son chemin en marchant » et su s’adresser, avec une qualité de parole incomparable, à ce qu’il y a de plus singulier en chacun.

En soutenant l’hypothèse que l’hôpital peut devenir un instrument thérapeutique et que la folie est aussi création, Jean Oury abroge toutes les formes de ségrégation et tout réductionnisme de la maladie mentale. Autant de révolutions partagées au long de son parcours commun avec son ami Félix Guattari : la machine bicéphale Oury- Félix occupe une place privilégiée dans ce numéro de Chimères. Un agencement foisonnant, tour à tour créateur et conflictuel, qui constitue le caractère le plus visible de cette amitié – terme sans doute à entendre ici dans le sens d’une « condition pour l’exercice de la pensée ». Pensée en extension chez l’un, locale et intensive chez l’autre, dont la complémentarité aura permis d’instituer un milieu et un lieu « qui n’en a jamais fini de se construire».

Ce lieu de soin, bien réel et pourtant toujours à venir, Jean Oury en a lui-même élaboré la formule logique, la topique, dans son concept princeps de « collectif ». Réussir à déchiffrer ce qui se passe dans la vie quotidienne, sur le terrain, au travail, entre les gens, afin qu’une organisation d’ensemble puisse tenir compte du désir inconscient, est au principe même d’une « psychiatrie concrète » (autre nom de la psychothérapie institutionnelle) pour laquelle le médecin directeur de La Borde a oeuvré sans relâche.

Tel est peut-être l’un des legs les plus manifestes de Jean Oury aux pensées qui n’ont pas renoncé à transformer l’état des choses. Un legs clinique, philosophique, politique, poétique, éthique, dont la « valeur humaine » imprègne toutes les pages qui suivent. Accueillir, soigner, penser, vivre avec la folie : la contingence, une vie...

LES AUTEURS

Olivier Apprill, psychanalyste, journaliste, rédacteur en chef d'Arte-Magazine, auteur de documentaires radiophoniques, réalisateur du film Jean Oury, le séminaire de La Borde (L'Albedo Films, 2004). Il a notamment publié Naissance d'une (Zinc éditions, 2008) et Une avant-garde psychiatrique - Le moment GTPSI (1960-1966) (Epel, 2013). Il dirige la publication des Actes du GTPSI en onze volumes aux Editions d'une.

Jean-Claude Polack est psychiatre et psychanalyste. Il a travaillé à la clinique de La Borde, est directeur de la revue Chimères. Il a notamment publié La Borde ou le droit à la folie (Calmann-Lévy, 1976) et L'Intime Utopie (PUF, 1991) avec Danielle Sivadon, ainsi que Epreuves de la folie (Erès, 2006) et L'Obscur Objet du cinéma (Campagne Première, 2009).

Anne Querrien a participé au travail de Félix Guattari dans la recherche en sciences sociales (CERFI). Elle anime diverses revues comme formes d’intervention collective de la recherche dans le domaine social : Education Permanente, Annales de la Recherche Urbaine, Multitudes, Chimères. Elle est l’auteur de L’Ecole mutuelle, une pédagogie trop efficace ? (Seuil, 2004), et notamment de plusieurs articles contestant la nouvelle hégémonie du concept de genre avec Monique Selim, dans Chimères, Multitudes et L’Homme et la Société.

SOMMAIRE

Olivier Apprill Vivre avec la folie

Jean Oury L’élève Tabard

HISTOIRE(S)

Laure Murat Le temps de la transmission

Pierre Delion Tosquelles et Oury, parce que c’était eux…

Paul Bretécher Le psychiatre des champs et le désaliéniste urbain

Patrick Chemla Une réinvention permanente

Shigeru Taga Colère de Jean Oury

Ginette Michaud Hommage à Jean

Patrick Coupechoux Rebelle

Zorka Domic Lettre à mes collègues « lacano-américains »

LA MACHINE OURY-FÉLIX

Danielle Roulot La Borde, jeudi, 18 h 30

Jean-Claude Polack Oury avec Félix

Pierre Johan Laffitte Une praxis, deux pensées

Emmanuelle Guattari Le docteur Oury a toujours garé sa voiture au même endroit

Brivette Buchanan et Lucien Martin En compagnie d’Oury-Félix

François Pain Le facteur C

LOGIQUE DES SENSATIONS

Linda De Zitter Mezza voce

Olivier Apprill « Sor les gotes muse… »

Philippe Dockès L’effet retard

Valérie Marange Toujours un témoin

Damien Cru et Jean Oury « Louper la façade »

Alexis Forestier Pour les oiseaux

CLINIQUES

Anik Kouba Greffes d’espace et territorialités

Christophe du Fontbaré Et l’embarras, dans tout ça ?

Flora Fridja Un DU de psychothérapie institutionnelle

Mathieu Bellahsen et Benjamin Royer Couscous, balais et distinctivité

Mayette Viltard Les syndicats, c’est l’objet « a »

Danielle Sivadon et Jean Oury « Pour qu’un schizophrène puisse s’y reconnaître… »

Amaro de Villanova Une approche sensible du soin

PARADIGME ESTHÉTIQUE

Claude Rabant Remuer ciel et terre

Catherine Vallon et Jean Oury Le clown et le conférencier

Alejandra Riera Un endroit où l’on peut aller...

Nicolas Philibert Cher Monsieur

Patrick Faugeras Tourné vers ce qui me regarde

CONSTELLATIONS

Danielle Roulot Ceci n’est pas un hommage...

Joris De Bisschop Persistance de l’image

Agnès Bertomeu Le songe du grand

Pierre Babin Jeune homme

Clara Novaes Les bulles de savon

Club de La Borde Tant de chemins décroisés

Ariane Hofmans Funambule en avant

Aulde Leray Souvenirs de l’homme penché

LVE

Anne Querrien Jean Oury, Postcriptum à Félix Guattari

Anne Querrien Jean Oury, Essai sur la création esthétique

Dessins et photos : René Caussanel, Naoko Tamura, Club de La Borde.


Détails

Lieu : La Maison Suger
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