27 mars 2015

« Kossuth/Wittgenstein : approches parallèles de l’art et de la philosophie ? »

Séminaire "Détrôner l'être"

avec Natasha SMOLIANSKAIA (Université de Moscou)

“Il faut parfois retirer de la langue une expression et la donner à nettoyer – pour pouvoir ensuite la remettre en circulation.” Cette citation  de Wittgenstein (Remarques mêlées, 1940, ed. 2002, Flammarion, p. 98, tr. Cometti) pourrait être comprise comte tenu de l’habitude qui consiste à voir le renouvellement des formes d’expression (en art) comme un geste radical de refus, d’effacement des traits, comparable à une approche malévitchienne dans son “Carré Noir”, et ainsi de suite… L’élimination d’une expression correspond-elle à une rupture venue d’un désaccord entre une impression directe des choses et leur description au moyen de la langue? Quel sens prend alors cette rupture?
Chez les artistes conceptuels (Joseph Kosuth, Robert Barry, Sol Le Witt) l’effacement du trait personnel, d’une émotion provient de leurs parcours minimalistes, mais va encore plus loin, dans le refus de mettre cette impression explicite dans une forme correspondante, en remplaçant cette forme par la langue écrite.
Joseph Kosuth, qui, depuis son fameux texte “Art after Philosophy” de 1967 cite Wittgenstein, insiste sur la séparation entre l’art et sa forme de présentation, autrement dit, sur la séparation entre le sujet d’un énoncé artistique et son référent dans le monde “physique” des choses autour de nous. Pour Kosuth (comme pour Wittgenstein) est importante la situation où la langue (les outils d'expression) rend visible son fonctionnement, dessine son "visage".
Kosuth, dans son projet “ni apparence, ni illusion” de 2009 au Louvre, essaie-t-il de rompre le lien entre “la présence physique” d’un objet et des significations qu’il voudrait rendre explicites par son travail? Le parcours de cette installation au Louvre introduit le spectateur "physiquement" dans l'espace de phrases écrites sur l'ancien mur du donjon de Louvre, mais le parcours "physique" des phrases sur les murs du donjon realise surtout la concordance des traits dans leurs fonctions langagières.
Comment pourrait-on tracer ici des parallèles entre des procédés artistiques de création et ceux de l’argumentation philosophique?

En 1989, Kosuth a été le curateur de l’exposition, organisée en lien avec le centenaire de Witttgenstein, à Bruxelles et à Vienne, “The Play of the Unsayable”. Pendant cette exposition, à travers différentes compositions  artistiques, il  a montré que l’on pourrait, peut-être, associer ou trouver des allusions aux procédés philosophiques de Wittgenstein. Quelques années plus tard, en 1992, dans le livre d’artiste, “Letters from Wittgenstein, abridged in Ghent”, Joseph Kosuth revient sur la question des référents “physiques”, il met dans le livre de correspondance de Wittgenstein avec Paul Engelmann, des photos de Ghent, inpersonnelles et froides.
En étudiant ce livre, qui se trouve dans les archives de MACBA (le Musée d’Art Contemporain de Barcelone) et dans les fonds de la Bibliothèque Kandinsky (Paris), à travers la lecture des textes de Kosuth, et surtout, d'“Art after Philosophy”, à travers l’analyse de ses travaux, des travaux de ses amis conceptualistes, en particulier, de Lawrence Weiner, Robert Barry, et d’autres,  verra-t-on comment les instruments d’expression artistiques se transforment en éléments langagiers ou philosophiques? Telle sera notre question.
 


Détails

Lieu : Le France
Localisation : Salle 1
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