28 novembre 2014

Les rebelles à la transmission | L’immanence en question

Avec Ivan Darrault et Alessandro Zinna

Ivan Darrault, Université de Limoges, CeReS

Les rebelles à la transmission

Dans le contexte international actuel de mouvements de protestations adultes inédits (Occupy Wall Street, Indignés espagnols, Mouvement des Tentes de Tel Aviv, etc. suscités dans la mouvance et la dynamique du Printemps Arabe, avec cette attitude partagée de non-réception, de non-assomption de la transmission d’un monde inégalitaire), il est une rébellion profonde à la transmission, plus diffuse dans ses effets, à bas bruit (quoique !) et bien moins médiatisée,  bien que tout aussi assembléiste et mondiale, celle du peuple adolescent, pour autant, bien entendu, que l’adolescence existe dans l’organisation sociale considérée.

La sémiotique doit identifier les actants, les valeurs en jeu et la syntaxe de cet échec de la transmission, les diverses formes de ce refus, d’autant plus que les adolescents, on le verra, résistent à accueillir ce au sein de quoi ils sont nés, ainsi le langage adulte et ce fait incontournable que tout un chacun est le fruit de la rencontre de ses géniteurs. Et, tout particulièrement, que l’on hérite d’un génome et d’un corps, voire d’une histoire familiale et d’un imaginaire, d’une économie psychique qui provient en grande part du fin fond des générations antérieures.

Si les Stoïciens faisaient un net départ entre les choses qui dépendent de nous et celles contre lesquelles nous ne pouvons strictement rien, tout se passe comme si les adolescents remettaient en cause, y compris dans leurs passages à l’acte auto- et hétéro-agressifs, cette distinction, tentant de réussir ce que nous avons appelé un acte d’auto-engendrement sur fond de création d’un langage nouveau.

Cette approche sémiotique de l’échec de la transmission et des actes de rébellion qui sont induits en permettrait une lecture originale et pourrait, par exemple, alimenter des programmes de prévention pertinents des conduites à risque par lesquelles les adolescents mettent en danger leur santé et leur vie même, dans une société, la nôtre, qui a peu à peu déconstruit tous les rites de passage.

Alessandro Zinna, Université de Toulouse – Jean Jaurès, Equipe « Médiations sémiotiques »

À propos du numéro de Tópicos del seminario « L’immanence en question » (vol. 1)

Les responsables du séminaire de Paris, répondant à un débat commencé l’année précédente lors de la présentation de l’appel à communication de la revue Tópicos del seminario, avaient décidé de poursuivre cette discussion en ouvrant le débat, pour l’année 2013/14, sur la thématique de l’immanence. La parution du premier volume « L’immanence en question », est l’occasion de prolonger idéalement les conclusions par les articles édités dans la revue de l’Université Autonome de Puebla[1].

L’invitation à réfléchir sur la thématique choisie se voulait, à ce moment, une réponse à l’exigence manifestée à plusieurs reprises par les mêmes chercheurs, à savoir, celle d’une mise à jour du concept d’immanence. En qualité d’éditeurs des trois numéros de la revue – Luisa Ruiz Moreno et moi-même – nous avions alors synthétisé ce débat tout en le résumant dans l’appel à communication par trois attitudes critiques : 1) le sens n’est pas immanent au texte car il se construit grâce au travail de l’interprétation ; 2) un retour à la phénoménologie de l’expérience et de la perception renvoie à la transcendance du vécu et de l’objet ; et, finalement, 3) le fondement de la praxis énonciative est considéré comme l’acte de production plutôt qu’un passage de l’immanence des structures narratives au discours. Les recherches menées en sémantique et en sémiotique interprétative, ainsi que celles en sémiotique de l’expérience et de la praxis énonciative, conduisant à se questionner sur la nécessité, selon les cas, de garder ou d’abandonner les fondements immanents ou plutôt de saisir la voie d’une nouvelle définition de l’immanence.

La centralité et la portée de ce concept dépassent en définitive la querelle sur le structuralisme ou le post-structuralisme, et cela non seulement grâce à fonction de soutien épistémico-méthodologique, capable d’indiquer par la méthode les objets de recherche propres à la sémiotique, mais aussi par le fait que le concept fait office de passerelle avec les autres disciplines. L’immanence, non seulement concentre sur elle-même des fonctions de connexion, mais elle relie historiquement notre discipline à d’autres domaines avec lesquels la confrontation est vitale pour l’évolution même de la discipline : d’une part, la Linguistique, de l’autre, la Philosophie, mais plus récemment aussi la Phénoménologie et les Neurosciences. Pourtant, pourrions-nous soutenir que, dans ces différents domaines de recherche, nous pensons tous à une définition univoque lorsque nous mentionnons l’immanence ? Et, si nous reconnaissons un plan ou un champ sémiotique de l’immanence, il y aurait-il aussi un horizon non-sémiotique de l’immanence ? Pour répondre convenablement à cette question, nous devons prendre en compte non seulement la complexité de sa définition, mais prévoir aussi les usages dans les autres sciences car ce concept non seulement intègre un ensemble de caractéristiques distinctes les reliant dans un champ sémantique commun, mais devrait nous permettre d’intégrer aussi la sémiotique dans l’horizon des autres sciences.

Aux conclusions déjà avancées lors de la dernière séance du séminaire en juin 2014 s’ajoutent maintenant les propositions recueillies par les nombreuses réponses à l’appel à contributions. Introduisant ces autres sources pour alimenter la réflexion, l’intervention souhaite esquisser une première synthèse de la recherche en cours sans oublier d’indiquer les points de convergence, les ouvertures et les lignes de fuite proposées par les différentes contributions des auteurs.


[1] Le succès de l’initiative éditoriale nous a incités à prédisposer plusieurs numéros pour accueillir les propositions reçues. Nous les avons distribuées selon les thématiques dans trois volumes : «L’immanence en jeu » (vol. 1), « L’immanence absolue et ses contradictoires » (vol. 2), «Les stratégies de l’immanence » (vol. 3).

 


Détails

Lieu : La Maison Suger
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