19 mars 2014

Des œuvres si vivantes

Entretien avec Carmen Bernand et Caroline van Eck à l’occasion de la parution de François Lemée  et la satue de Louis XIV. Les origines des théories ethnologiques du fétichisme de C. van Eck aux éditions de la MSH

Le livre dont il est question s’ouvre sur la place des Victoires à Paris en 1686 au moment de l’inauguration du grandiose monument érigé à Louis XIV, et sur la polémique immédiate qu’il déclenche à propos de l’adoration des idoles.

La statue du roi, debout en habits royaux, est couronnée de la Victoire ; aux quatre coins d’un piédestal en marbre, orné de bas-reliefs illustrant les victoires de la France, des esclaves en bronze figurent les nations vaincues lors de la guerre de Hollande (1672-1678) ; à ses pieds, le roi foule Cerbère, symbole de la Triple-Alliance. Le monument est encadré de quatre hauts piliers terminés de lanternes qu’on éclaire à la tombée du jour. Le roi est alors accusé de se prêter à l’idolâtrie et de l’encourager comme sous l’antiquité. Le juriste François Lemée décide de récuser ces accusations par le Traité des Statues. A la première distinction qu’il note entre « statue » et « idole », s’en suivent d’autres qu’il puise dans l’histoire et la philosophie antiques et dans les récits de voyage.  Grâce à elles, il repense le rapport à l’idolâtrie et l’iconoclasme.

Au 18e siècle, la réflexion qu’il a initiée se prolonge prenant le nom de fétichisme, sans que le rapport idolâtre change : si l’on cesse de confondre la chose figurée avec la chose même, on continue à projeter des propriétés du vivant sur les choses figurées et inanimées. Les relations avec les études actuelles en anthropologie de l’art, revues par Alfred Gell, sont soulignées et posent la question du rapport au pouvoir prêté aux objets d’art.

Il y a quelques années deux grands auteurs spécialistes du Nouveau-Monde Carmen Bernand et Serge Gruzinski ont écrit De l’idolâtrie. Une archéologie des sciences religieuses. Ils montrent, entre autres, comment a été projeté sur ces mondes américains un ensemble de catégories religieuses héritées du paganisme antique, ensemble centré sur la notion d’idolâtrie.

Carmen Bernand et Caroline van Eck entreront en dialogue à propos du statut accordé par les hommes aux œuvres d’art.

Avec
Carmen Bernand, anthropologue, professeur émérite des universités, EHESS-CERMA
Caroline van Eck, philosophe et historienne, professeur d’histoire de l’art, université de Leiden


Détails

Lieu : Le Comptoir des Presses
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