du 22 au 23 avril 2014

Perspectives croisées sur la Caraïbe. Institutions, États, cultures, concepts

Séminaire inter-centres du « Programme France Caraïbe »

avec le soutien de la FMSH – Direction scientifique – Programme Amériques

et de la direction des relations européennes et de la coopération du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche

Ce séminaire réunit les membres des trois centres de recherche et des institutions adossés
au « Programme France Caraïbe » : le Sir Arthur Lewis Institute of Social and Economic Studies (SALISES) et le Department of
Government à UWI (University of the West Indies), Jamaïque ; le Centre de Recherche sur les Pouvoirs Locaux dans la Caraïbe (CRPLC) de l’Université Antilles-Guyane, Martinique ; Les Afriques dans le Monde (LAM) de Sciences Po Bordeaux, France métropolitaine.

L’objectif de ce séminaire est d’offrir des perspectives « croisées » sur les recherches produites sur la Caraïbe par les chercheurs et enseignants qui collaborent depuis plusieurs années dans le programme d’enseignement Franco-Jamaïcain. Par ces rencontres, il s’agit d’alimenter un espace de dialogues et d’envisager des modalités futures de collaboration tout en ouvrant cet espace à tout collègue intéressé par les thématiques abordées.

Panel 1 : La problématique du « petit État insulaire » au prisme de la globalisation et des nouveaux rapports Nord/Sud
Panel 2 : Penser la Caraïbe, pensées de la Caraïbe
Panel 3 : Afrique, africanité, africanisation
Panel 4 : Autour du « Programme France Caraïbe ». Bilan et perspectives

Panel 1 : La problématique du « petit état insulaire » au prisme de la globalisation et des nouveaux rapports Nord/Sud

La problématique de la « petitesse » des états insulaires de la Caraïbe a longtemps hantée les approches sur la place de ces territoires dans l’économie mondiale et sur leur capacité à appartenir aux pays émergents. Au cours de ce panel il s’agira de revisiter la problématique de « l’État » insulaire dans des régions restées marquées par des héritages lourds. Que nous enseignent les trajectoires institutionnelles diversifiées sur le poids de ces héritages, sur le lien entre souveraineté nationale et dépendance économique internationale ? Quel bilan peut-on faire aujourd’hui sur les dynamiques de coopération régionale en lien avec la problématique du « petit état insulaire » dans un contexte de crise profonde ? Quelle est l’actualité de la problématique « étatique » face aux difficultés communes rencontrées dans la région ?Comment les petits Etats insulaires de la Caraïbe font-ils face à la faiblesse de leurs capacités institutionnelles, de leurs ressources humaines et financières afin de répondre aux enjeux du moment, notamment celui récurrent du développement, désormais baptisé de durable et solidaire ? Les dépendances ont-elles pris de nouvelles formes sous l’impact de nouveaux acteurs de plus en plus présent dans la région ? (Banque mondiale, FMI…).Les limites des États ont-elles été rendues poreuses, modifiées, affaiblies ou renforcées ? La coopération a-t-elle tracé de nouvelles frontières ? Les économies illicites ont-elles rendue caduque la notion de frontière ? Quelles configurations nouvelles donnent à voir la revendication portée par les membres du CARICOM sur les réparations du tort de l’esclavage demandées aux puissances européennes ? Que nous dit cette mobilisation inédite sur les nouveaux rapports de force entre Nord et Sud, sur les registres désormais engagés dans ces mobilisations ?

Panel 2 : Penser la Caraïbe, pensées de la Caraïbe 

La compréhension des phénomènes culturels dans la Caraïbe, et au-delà, dans les Amériques où l’esclavage a été pratiqué, a donné lieu à des interprétations inédites montrant toute la singularité des cultures formées dans la matrice esclavagiste. Le concept de « créolisation » (Brathwaite, Glissant), celui de « Black Atlantic » (Gilroy), d’hybridité (Hall) ont par exemple profondément marqué les sciences sociales. De même, les questions de mémoire ont-elles considérablement modifié l’approche des cultures en formulant l’idée inédite d’une amnésie collective généralisée (Patterson) ou d’une non-histoire (Glissant). Ces approches peuvent avoir aussi été novatrices sur le plan politique dans le sens où elles ont détaché les concepts de leur prétention à la rationalité pour les « attacher » résolument à des postures politiques.  La créolisation de Glissant n’est pas la même que celle de Ulf Hannerz. Que peut-on dire aujourd’hui des pensées de la Caraïbe, de leur évolution « politique », de l’engagement qui les porte ? Assiste-t-on à un renouvellement de la pensée ? La sphère intellectuelle reste-elle liée à l’activisme politique ou s’en est-elle détachée ? Que sont devenus les héritages de penseurs du 20ème siècle ? Les pensées de sciences humaines trouvent-elles toujours à s’appuyer sur une tradition intellectuelle forte de l’analyse de la domination et de la contestation de cette domination ? Les concepts ou les approches « inédites » forment-ils toujours les repères d’une pensée venue de la Caraïbe ?

Panel 3 : Afrique, africanité, africanisation

Penser les cultures de la Caraïbe et plus généralement de la « Black Atlantic » a toujours été lié au triptyque « créolité ; aliénation ; africanité », en donnant lieu à des clivages souvent âpres entre les tenants des diverses interprétations en présence. Qu’en est-il aujourd’hui de la dualité « créolité-africanité » qui a fini par prendre le dessus sur le troisième terme ? Que signifient les récentes tentatives de ré-africanisation des pratiques culturelles, la réémergence d’idées pan-africaines ? Quelles places tiennent ces pratiques aux côtés ou à l’intérieur de composantes culturelles plus floues et incertaines en proie à ce que Raymond Massé a appelé pour la Martinique « la détresse créole » ? L’africanisation appartient-elle aux registres urbains du 21ème siècle, à la violence et aux conduites urbaines de survie ou aux signes de la distinction des classes aisées ? Ou bien encore l’africanité est-elle à situer dans des pratiques qui se vivent comme telles sans se nommer, comme certains courants de l’anthropologie classique le statuaient en parlant de la centralité africaine dans les cultures antillaises ? Le mouvement des réparations est-il partie prenante de réseaux pan-caribéens inspirés par l’idée pan-africaine comme on peut le voir aujourd’hui à la Martinique ? Quelles sont les manifestations d’un renouveau de l’idée africaine, si renouveau il y a ? Et a contrario, y-a-t-il abandon de l’idée africaine et de l’africanité ?

Panel 4 : Autour du « Programme France Caraïbe »

Ce dernier panel est une occasion de rendre compte de l’expérience développée autour du programme France Caraïbe. Il s’appuie sur les témoignages des étudiants présents en quatrième année à la Jamaïque et de ceux ayant achevé leur cursus et ayant trouvé une insertion professionnelle en Jamaïque. De même, il mobilise l’équipe d’enseignants-chercheurs impliqués dans la mise en place de ce programme et dans son développement. Il tire les conclusions de 7 années de fonctionnement et tente de dresser un bilan des trajectoires des étudiants tout comme du développement des coopérations d’enseignement et de recherche entre les trois institutions. Sans complaisance, il essaye aussi d’évaluer les retombées de cette expérience et de confronter son bilan aux objectifs initiaux dont ceux liés à la mise en place de compétences « interculturelles » permettant en quelque sorte de permuter les rôles et les lieux, de créer des réciprocités de recherche et de troubler en définitive les relations asymétriques entre les universités du Nord et celles du Sud.

Intervenants

Au titre du « Programme France Caraïbe »

  • Jessica Byron , UWI
  • Justin Daniel, UAG, CRPLC
  • Aurélie Roger, UAG, CRPLC
  • Florence Gaillet, Sciences Po Bordeaux
  • Christine Chivallon, LAM, Sciences Po Bordeaux
  • Sébastien Nicolas, LAM, Sciences Po Bordeaux

Au titre du soutien de la FMSH pour la recherche développée à partir du « Programme France Caraïbe »

  • Jean-Pierre Dozon, directeur scientifique de la FMSH-Paris
  • Olivier Giron, DREIC, Ministère de la Recherche et de l’enseignement supérieur
  • Pauline Guedj, anthropologue, Université Lyon 2, chercheur associée au LAM
  • FabienneViala, literature comparée, University of Warwick etYesu Persaud Center for Caribbean Studies
  • David Howard, géographe, University of Oxford.


Détails

Localisation : University of the West Indies, Mona Campus, Jamaica
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