07 janvier 2014

Pourquoi lutter contre le DSM – Diagnostic and statistical manual of mental disorders ?

Débat avec Patrick Landman, Jean-Baptiste Legouis et Olivier Douville, membres du collectif « Stop DSM ».

L’obligation d’une référence diagnostique au DSM nuit à la scientificité ; elle contrarie le soin psychique ; elle est coûteuse pour les Etats ; elle paralyse la recherche et l’enseignement.  La « souffrance psychique » déborde la définition habituelle des maladies, car elle peut concerner chacun.  L’Organisation Mondiale de la Santé la considère comme une priorité. Mais l’O.M.S. s’est engagée sur ce terrain selon un choix univoque, en considérant comme un acquis scientifique le manuel de l’A.P.A. (American Psychiatric Association). Ce choix unique de l’O.M.S. porte un nom générique, celui du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental isorders). Sa troisième version stigmatise les conflits d’intérêt en psychiatrie et elle est contemporaine des recommandations de traitements comportementalistes et des TCC. Et comme ces méthodes sont aléatoires, elles participent de la promotion d’un complément pharmacologique…

Le DSM 5  a continué à accentuer les tendances à la surmédicalisation de l'existence, au surdiagnostic et à la surprescription qui existait dans les versions III et IV  comme en témoignent le trouble de l'hyperplasie qui est une gourmandise un peu excessive, le syndrome de rupture de l'humeur  chez l'enfant qui représente en fait des colères enfantines un peu trop fréquentes et surtout le "somatic syndrome disorder" qui est défini comme une préoccupation inquiète excessive chez des patients ayant un syndrome somatique autrement dit des patients inquiets de l'évolution de leur cancer par exemple. D'après les premières estimations ce "trouble" va affecter 15% des patients cancéreux et 25% des patients souffrant de douleurs chroniques ce "trouble" relève de la plus grande confusion entre somatique, psychique, effets d'annonce, anxiété légitime etc… Mais surtout le DSM 5  va  aggraver considérablement les effets nocifs sur la santé publique de la méthode DSM pour la raison suivante : Le DSM 5  reposait sur deux nouveaux paradigmes par rapport au DSM IV :


1) Aller vers plus de prévention.
Le pire a été évité avec l'abandon in extremis du " syndrome de risque psychotique". Abandon aussi du trouble mixte anxiété dépression qui ouvrait la voie à une immense surprescription.
Il reste comme conséquence de ce paradigme deux graves problèmes :
A) Le trouble neurocognitif mineur comme prévention factice et inutile pour le patient de l'Alzheimer.
B) Le deuil  devenant épisode dépressif majeur au bout de quinze jours là aussi prévention du deuil pathologique, ce qui est une absurdité clinique.
Enfin l'hyper prévention, la prévention agressive est remise en cause en médecine même par exemple dans la prévention des tumeurs de la prostate, donc anachronisme du DSM 5.

2) Aller vers plus de biologie ; sur ce point l’échec est total car il existe des avancées scientifiques mais pas d'applications cliniques notables, complexification croissante des problèmes, absence de marqueurs biologiques.
Des psychiatres et des psychologues, de plus en plus nombreux refusent cette hégémonie du DSM.

Présentation des auteurs
Olivier Douville (psychanalyste, pychologue clinicien), Patrick Landman (psychanalyste, psychiatre) et Jean-Baptiste Legouis (pychanalyste, psychiatre) sont tous trois membres du collectif « STOP DSM ».

Mini-Bibliographie
Douville O (2012) Clinique psychanalytique de l’exclusion, Paris, Dunod
Landman P (2013) Tristesse business, Paris, Max Millo


Détails

Lieu : La Maison Suger
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