09 décembre 2013

La dialectique de l'enfant soldat à partir du roman de Kourouma : Allah n'est pas obligé

Séminaire du RIAM par Justin K. BISANSWA, Professeur Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en littératures africaines et Francophonie, Université Laval, Canada, Directeur d'études associé EHESS

Discutantes :  Tassadit YACINE, EHESS/LAS et Anne PIRIOU, RIAE

À travers la figure d’un enfant soldat (Birahima), Ahmadou Kourouma montre les rivalités et intrigues qui se cristallisent autour du pouvoir pour l’exploitation des gisements miniers et qui nous en disent beaucoup sur une certaine psychologie des rapports sociaux et toute une mise en scène de la vie quotidienne en temps de guerre en Afrique. Mais bien d’autres enjeux se profilent derrière ces concurrences mesquines qui incitent les individus à “se poser en s’opposant”. La soif de richesses qui accapare le petit monde kouroumien s’accompagnant de toute une mobilité individuelle, voyant les uns s’élever, les autres se déclasser, touche à bien plus fondamental. C’est de l’antagonsime entre vastes groupements qu’il est question en dernière instance et, n’ayons crainte de le dire, d’une lutte de classes qui, si elle n’est pas précisément celle que Marxa décrite, n’en a pas moins un statut historique.

Dans son entreprise, Kourouma reprend ainsi sur le mode fictionnel les questions que l’on se pose: qu’arrive-t-il dans une société quand les élites sont défaillantes au point de renoncer à leur rôle pilote? Comment cette société supplée-t-elle à ce manque? À ces questions, le romancier répondra sans pathos ni emphase, mais en faisant jouer toutes les ressources de la dialectique ironique dans laquelle il est passé maître. Ce sera pour exorciser les croyances nostalgiques de son personnage central, mais mieux encore, pour se donner une prise sur le monde qui le fasse échapper à ces écueils de la représentation réaliste que sont la description en tableaux et les inventaires exhaustifs. Instables par vocation, les personnages vont beaucoup circuler dans cet espace, y forcer la communication, y provoquer des ruptures et aboutir à faire sortir les autres d’eux-mêmes jusqu’à ce que ceux-ci s'avouent pour ce qu’ils sont, les produits d’un écheveau tourmenté de contradictions et de manipulations.

Si on analyse la représentation active de ces personnages dans le roman, on remarque que les classes – populaires – les plus dominées prennent part à la lutte des dominants. L'auteur est-il pris d’un accès d’esprit démocratique jusqu’à se demander si la véritable lutte révolutionnaire est le fait des gens du peuple? Ou encore célèbre-t-il l’avènement d’un prolétariat émancipé?


Détails

Lieu : Le France
Localisation : Salle 1 | Rez-de-chaussée
Ajouter à mon agenda

Partager
Séminaire