18 juin 2013

Fraternités, Emprises, Esclavages

Michel Brouta et Marie-Laure Dimon. 

Par son côté baroque, l’intitulé de cet ouvrage collectif situe notre réflexion au croisement de la psychanalyse et de l’anthropologie. Son originalité, c’est d’avoir envisagé la fraternité et l’esclavage dans leurs pluralités, leurs antinomies et conflictualités avec l’emprise comme courroie de transmission dès l’origine. L’ensemble des communications de ce livre a pour horizon les liens sociaux constitués sur des éléments de fraternité, de servitudes volontaires et involontaires rassemblant et articulant les individualités au social et à la culture. La fraternité anime les utopies, les idéalisations, les choix d’appartenance, elle fait des frères et des sœurs. Cependant, l’historicité du vivre-ensemble a rendu visible l’impensé de la fraternité sous-tendu par l’envie et la jalousie, la domination et la haine fratricide, la frérocité qui fait des non-frères, des faux-frères et des sœurs, avec lesquels il ne peut y avoir de fraternité en partage.

Nous ne limitons pas la notion de fraternité au politique ou à la religion, nous l’ouvrons du côté du fraternel et du sentiment de fraternité. Cette approche met en perspective au plus profond de l’humain les besoins affectifs et paradoxaux de l’entre-soi mais aussi les besoins d’identités et de frontières entre soi et l’autre. La fraternité, socle de l’intersubjectivité, noue la psyché singulière au fraternel dès l’enracinement du pulsionnel dans la mère des origines. En prolongeant la pensée freudienne avec les théoriciens de l’archaïque, nous avons choisi comme axe de réflexion de la fraternité et de l’esclavage « le complexe fraternel» et sa forme rivalitaire préœdipienne (René Kaës). Si la notion du double primitif (W. Winnicott) met en travail les rapports de domination entre les individualités, néanmoins, le refus du féminin produit l’impensable violence des discours sur les figures de l’oppression. A la Révolution française, Olympe de Gouges en revendiquant l’égalité des sexes a entamé la domination du patriarcat. Cependant, il faudra attendre la deuxième moitié du XXème siècle pour que se manifestent les prémices d’une reconnaissance de la fraternité entre hommes et femmes comme élément constituant du lien social. Avec la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la Révolution française a remis véritablement l’esclavage en question. Il faudra attendre là aussi la fin du dix-neuvième siècle pour qu’il soit aboli et nous constatons encore aujourd’hui qu’il n’a pas disparu.

Nous retracerons le cheminement de ces hommes, qui, dépossédés de leur humanité, la réinventeront jusqu’à créer une culture (créole) dont la vitalité est susceptible de nous interpeller aujourd’hui. Comment l’ultime du vital, qui est aux racines du désir et de la pulsion, a-t-il pu dévoiler l’emprise pour forcer le chemin de l’homme à  retrouver sa voie ? Ce parcours croise les interrogations de la psychanalyse, ce que nous en rapporte parfois la persistance de traces décelables dans l’actualité de la clinique de la cure. 

Michel Brouta, neurologue, psychiatre, psychanalyste membre du Collège International de Psychanalyse et d’Anthropologie, a écrit différents articles sur la désintoxication alcoolique, la position du psychiatre, les dessins d’enfant et l’histoire d’une institution. Plus récemment « L’empathie en séance » dans Psychanalyse et Empathie, et «  Le vaudou. Entre liberté et aliénation » dans Fraternités, Emprises, Esclavages, ouvrages des Rencontres-débat du CIPA.

Marie-Laure Dimon, psychologue clinicienne, thérapeute de couple, psychanalyste, présidente du Collège International de Psychanalyse et d’Anthropologie a écrit divers articles dans les revues Dialogue et Topique  sur les liens sociaux, le couple, la folie et l’institution psychiatrique, les médiateurs. Plus récemment elle a dirigé les ouvrages des Rencontres-débat du CIPA : Psychanalyse et Politique, Sujet et citoyen : Incompatibilités ?  dans lequel, elle a publié « La folie au risque des discours institutionnels », Psychanalyse et Empathie et dans Fraternités, Emprises, Esclavages a publié « La fraternité entre hommes et femmes : un élément constituant du lien social »


Détails

Lieu : La Maison Suger
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