29 mars 2013

Le théâtre et l’exil

Non-Lieux de l'Exil, Langages d’exil V : “Le théâtre et l’exil” en partenariat avec le Laboratoire international de recherche sur les Arts (LIRA, Paris 3) et le Théâtre aux mains nues.

Après-midi d’étude, organisée par Eloi Recoing, membre du programme Non-lieux de l’exil et du laboratoire LIRA (Paris 3) et Alexis Nuselovici (directeur programme Non-lieux de l’exil).

A l’occasion de la création au Théâtre aux Mains Nues de Käthchen, mon amour, dans une mise en scène d’Eloi Recoing, d’après l’œuvre de Heinrich Von Kleist, il nous a semblé propice, dans le cadre des rencontres Non-lieux de l’exil, d’interroger par le prisme de Kleist cette relation entre le théâtre et l’exil.

L’œuvre de Kleist est inséparable de son auteur et de la solitude qui fut la sienne. Exilé dans son époque, trop fragile pour être au monde, dans un monde contraire à tout son être, Kleist s’exila dans son théâtre dans un geste de survie. Cet être inexprimable trouva dans la fiction et le simulacre une réponse provisoire à la crise éthique profonde qu’il traversait.

Il s’est fait le sismographe de sa vie psychique et il a produit un théâtre fantasmatique fort inquiétant. Pouvoir d’inquiétude en effet de ces drames où chaque personnage semble rêver la scène qu’il est en train de jouer. C’est un théâtre de la nuit, écrin de l’exilé, où la langue s’écorche et se blesse à dire l’innommable.
Un théâtre en lisière du rêve, dans l’entre-deux de la conscience, et qui pourtant ne bascule jamais dans l’onirisme. Un théâtre tout en tension, faisant surgir dans le réel un niveau de conscience exacerbé.

Le cas Kleist est sans doute exemplaire. Son théâtre est le lieu d’une expérience exilique. Et la cage de scène : un laboratoire de la conscience, un lieu de solitude où le sujet, dans un combat de soi avec soi, tente d’échapper à ses propres affects, cherche obscurément l’accès à la vérité de son histoire.

Comme il le rappelle dans son célèbre essai sur le théâtre de marionnette, l’homme est condamné à cette solitude, égaré qu’il est entre deux infinis : le pantin articulé et le dieu.

Au-delà de Kleist, cette dimension « exilante » de la scène, pour celui qui s’y expose, mérite d’être questionnée. Le traducteur, l’acteur, le metteur en scène, sont autant de figures exposées à l’exil : dans leur propre langue, dans les coulisses de leur rôle ou, dans le cas du metteur en scène, condamné à se tenir sur le seuil, entre la scène et la salle, dans ce va-et-vient permanent de projection de soi dans l’autre et de retrait, dans cette distance nécessaire qu’il faut construire avec son sujet, afin que le théâtre soit pour le spectateur une expérience exilique « réussie ».
 

Deux tables-rondes :

14h15 Table-ronde 1 : La scène comme exil

  • intervenants : Alexis Nuselovici (Nouss), André Markowicz, Wajdi Mouawad, Sedef Ecer, Marie Lelardoux
  • coordination : Eloi Recoing

16h30 Table-ronde 2 : Solitude de Kleist

  • intervenants : Eloi Recoing, Béatrice Gonzales-Vangell, Anne Françoise Benhamou, Flore Garcin-Marrou, Maëlle Dequiedt
  • coordination : Alexis Nuselovici (NOUSS)

20 h Représentation de la pièce  Käthchen, mon amour d’après l’oeuvre de Kleist

  • traduction et mise en scène Eloi Recoing
  • Au Théâtre aux Mains Nues, 7 square des Cardeurs 75020 Paris


Détails

Localisation : Médiathèque Marguerite Duras, 115 rue de Bagnolet, 75020 Paris
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