03 juillet 2012

L'Himalaya à l'épreuve de l'expérience ethnographique

Retrouvez en vidéo cette rencontre des Entretiens du comptoir des presses grâce aux Archives audiovisuelles de la recherche 

Avec Pascale Dollfus - Les nomades du Ladakh et Stéphane Gros - les Drung du Yunnan

Les ouvrages

Les bergers du Fort Noir. Nomades du Ladakh (Himalaya Occidental), par Pascale Dollfus, Publications de la Société d'ethnologie, Nanterre, juin 2012 Kharnak, « le Fort Noir », ainsi se nomme l'une des trois communautés nomades du Ladakh, ancien royaume himalayen situé au nord de la péninsule indienne. Éleveurs de yaks, de chèvres et de moutons, ses habitants vivent à plus de 4 200 mètres d’altitude aux confins du plateau tibétain.

Fruit de nombreux séjours effectués entre 1993 et 2010, ce livre analyse la façon dont cette société pastorale se pense, occupe et définit ce qu’elle nomme son « pays » : un espace aux frontières floues, centré sur un monastère bouddhiste et ancré par des montagnes, palais de divinités protectrices.

Au fil des pages se dessine l’histoire d’éleveurs nomades qui ne l’ont pas toujours été et, bientôt, ne le seront plus. En effet, cette petite société n’est pas saisie en dehors du temps dans une permanence qui confinerait à l’éternité. Elle vit et se transforme. En quinze ans, elle a perdu plus de quatre-vingts pour cent de sa population qui, désireuse de bénéficier des facilités du monde moderne, est descendue s’installer près de la ville de Leh. Aussi cet ouvrage constitue-t-il, à son corps défendant, le témoignage d’un mode de vie mais aussi de savoirs et de savoir-faire en train de disparaître.

La part manquante. Échanges et pouvoirs chez les Drung du Yunnan (Chine), par Stéphane Gros, Publications de la Société d'ethnologie, Nanterre, juin 2012. Les Drung (Dulong), habitants des confins montagneux de la province du Yunnan en Chine, à la frontière du Tibet et de la Birmanie, s'affichent souvent comme des démunis. Au fil de l’enquête, l’expression d’un manque revenait souvent dans les propos de mes interlocuteurs comme un argument identitaire rendant compte de leur situation passée et présente. Or, l’avènement de la République populaire de Chine (1949) a marqué une profonde rupture. D’esclaves en puissance, les Drung sont devenus une « nationalité minoritaire » qui s’efforce de trouver une place au sein de la société chinoise. Comment perçoivent-ils cette transition entre l’oppression passée et la situation sociale présente ? La mise au jour d’une logique historique de dépossession, qui a structuré cette société, ouvre sur une analyse transversale de la morphologie sociale. Dans la pratique du tatouage facial féminin, dans les relations d’alliance et de filiation, émerge la figure du manque, qui rend compte d’un ensemble de traits fondamentaux de cette société. « La part manquante », au cœur de la dynamique sociale, anime les échanges et assure le flot de la fertilité, la continuité des pouvoirs nécessaires à la perpétuation de ces relations — et donc de la société. Cette étude sur les Drung, la première en langue occidentale à ce jour, livre ainsi une ethnographie détaillée des relations de pouvoir et des principes régissant la reproduction sociale.

 

 


Détails

Lieu : Le Comptoir des Presses
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